ARCHIVES – C’était il y a 45 ans : le projet Alpine A105 !

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Voici l’histoire d’une Alpine assez méconnue et à l’architecture inédite : le projet A105, issu du grand programme NGA (Nouvelle Gamme Alpine) devait donner naissance à une berlinette au design reposant sur une compacité extrême, un volume arqué et offrant des prestations habitacles incroyables. Alors qu’il est styliste au sein de la toute petite équipe des designers Renault sous la responsabilité de Gaston Juchet (voir nos posts consacrés à ce grand designer : http://lignesauto.fr/?p=5718  http://lignesauto.fr/?p=5768  http://lignesauto.fr/?p=5796) Robert Broyer affronte tous les nouveaux programmes comme autant de révolutions à tenter.


A la fin des années 1960, Robert Broyer pose au côté de ses sculptures “sabot” qui ont inspiré le style de la Renault 12 qu’il a lui-même dessinée.

Pour la Renault 12 de 1969, il part d’une maquette appelée “le sabot”, car son profil en coin, plongeant, avec son dénivelé à l’arrière du pavillon marque les esprits. Broyer tente sur ce projet d’adopter une calandre asymétrique avec un seul phare côté conducteur et deux côté passager (ci-dessous). La Renault 12 hérite du concept stylistique osé mais conserve une calandre classique et un châssis à essieu arrière rigide.

Plus tard, lorsque son collègue Michel Boué dessine la R5 d’un trait de génie, il s’associe au programme pour l’intérieur et dessiner une planche de bord simpliste puisqu’elle… n’existe pas, simplement représentée par un rembourrage de l’auvent de la baie de pare-brise. Ingénieux.


Le responsable du site LIGNES/auto à gauche au côté de Robert Broyer, quelques années plus tard (!!), devant l’un de ses produits, la Renault 14 dessinée en 1971 et commercialisée en 1976.

Enfin, juste avant de quitter la Régie pour implanter son propre bureau de design en Bourgogne, il dessine la Renault 14 (ci-dessus), une berline compacte osée et moderne, très habitable et première Renault dotée d’un moteur transversal. En fait, les éléments mécaniques proviennent de la Peugeot 104 suite à l’accord que Renault et Peugeot avaient acté à l’époque.

Peu de temps après avoir fondé son propre studio de design, Robert Broyer travaille pour Audi mais, très vite, la direction du style Renault aux mains de Gaston Juchet fait appel à sa sous-traitance. C’est tout d’abord un projet de coupé Renault 14 qui est lancé (ci-dessus) capable d’aller chercher une nouvelle clientèle et surtout, de faire tourner l’usine de Guy Ligier suite à l’arrêt de la Citroën SM. Robert Broyer en étudie tous les domaines : style extérieur, style inter et même l’industrialisation. L’affaire va très loin mais le lancement des coupés R15/R17 en 1971 et l’arrivée de la Matra Simca Bagheera en 1973 font capoter le projet. Il ne fallait gêner ni les modèles internes, ni Jean-Luc Lagardère !

Qu’à cela ne tienne. Renault contacte à nouveau Robert Broyer pour œuvrer sur le programme NGA : la Nouvelle Gamme Alpine. Broyer est consulté sur le projet d’une berlinette répondant au nom de projet A105. Cela tombe bien puisque lorsqu’il travaillait au style Renault, il avait esquissé un projet de coupé sportif “arqué” en 1970. Quatre ans plus tard, voici que Robert Broyer reprend son projet à la demande de Renault…

Cette étude est longtemps restée secrète.  Elle atterrit donc en 1974 dans le bureau de style indépendant de Robert Broyer. Ce designer est consulté par Renault pour s’occuper du projet de la berlinette A105, plus compacte que l’A310, avec seulement 3,73 m de longueur (contre près de 4,20 m pour l’A310) et un moteur quatre cylindres en position transversale arrière.

Robert Broyer va se battre pour que cette architecture transversale arrière soit retenue. Celle-ci favorise effectivement la présence d’un vaste coffre de rangement de plus de 350 dm3 et ce profil en demi-goutte d’eau favoriserait l’aérodynamique, ce que l’on ne peut pas confirmer puisque la maquette n’a pas été testée en soufflerie.

Pour loger ses passagers, Robert Broyer invente un design révolutionnaire : le style « arqué ». Cette petite berlinette mesure 3,73 m pour une hauteur de seulement 1,17 m. L’empattement long de 2,34 m permet une architecture technique osée avec le moteur en position transversale arrière. On note que pour gagner encore de la place, la roue de secours est disposée verticalement en arrière du moteur.

La relative compacité de ce projet A105 impose un style inédit, le fameux style “arqué” qui constitue toute l’originalité du coupé. Robert Broyer l’avait imaginé dès le début des années 1970 comme on le voit avec les deux dessins plus haut, mais en 1974, lorsque le projet A105 prend corps, il faut adapter ce concept à la réalité de la conduite. Ce style “arqué” permet de réduire le porte-à-faux avant à seulement 74 petits centimètres, mais en 1974, cela ne choquait personne !

C’est surtout au niveau de la rétrovision que le concept bouscule les habitudes : l’Alpine A105 n’a pas de rétroviseur intérieur mais se dote d’un périscope qui permet, grâce à une ouverture dans le petit pavillon, de voir comme dans un rétro classique ! On remarque sur le dessin technique ci-dessous que Robert Broyer a conçu cette pièce dans les règles de l’art et qu’il est totalement opérationnel. En théorie !

Le coffre quant à lui s’étale sur toute la largeur du coupé et surplombe un réservoir de 95 litres, une contenance exceptionnelle augurant d’une belle autonomie. Bref, l’A105 embarque deux passagers mais peut trimbaler les bagages de quatre personnes ! On accède à ce volume de chargement par deux portillons taillés dans les flancs de la carrosserie. Robert Broyer est un designer qui pense aussi à l’utilisation au quotidien de ses projets, même s’il s’agit d’un coupé sportif !

Le pilote, lui, est assis à seulement 33 cm du sol, la monte pneumatique est en 13 pouces, ce qui fait sourire aujourd’hui, avec des 185×60 à l’avant et de plus généreux 225×60 à l’arrière. Malheureusement, l’Alpine A105 ne dépassera pas le cap de la maquette. Car en 1976, le constructeur français nourrit de grandes ambitions sportives qui ne passeront plus par la présence d’Alpine sur les routes et circuits, mais par celle de Renault.

La maquette de la future Renault 5 Turbo à moteur central (ci-dessus) est lancée avec un dessin de Marc Deschamps et une réalisation finalisée chez Bertone. Elle met définitivement sous l’étouffoir le programme NGA et le projet A105. Cette maquette donne naissance au salon de Paris 1978, à la première version de cette R5 bodybuildée. En 1980, après que Renault a remporté son premier GP de F1 (1979) et les 24 Heures du Mans (1978), la Renault 5 Turbo prend le relais sur les pistes et en rallyes.

La gamme Alpine de route ne pourra dès lors compter que sur la version A310 V6 en 1976, sur la GTA en 1985 puis sur l’A610 en 1990. Cette dernière signant le chant du cygne de la marque avec seulement 818 exemplaires produits… L’A105 (ci-dessus) n’aura hélas pas dépassé le stade de la maquette échelle 1/10. C’est fort regrettable, car son architecture inédite aurait bousculé l’univers des coupés sportifs généreux en taille sans pour autant offrir des prestations d’habitabilité ou de coffre aussi spectaculaires que celles de l’A105.

En 2012 pourtant, la marque est relancée par Carlos Ghosn et le premier modèle (A110 ci-dessus dans l’usine de Dieppe) reprend joliment le thème esthétique de la berlinette née au début des années 1960. Peut-on pour autant rêver d’une super-berlinette à l’audace d’une A105 pour compléter la gamme ? Non, hélas…

BONUS : L’Alpine A105 à moteur longitudinal !

Robert Broyer est un styliste qui a toujours cassé les codes. Les modèles qui portent sa signature le prouvent. Pour autant, ce designer porte ses travaux bien au-delà de la seule recherche esthétique. Il sait prendre en compte toutes les subtilités d’un cahier des charges et s’il a appuyé pour que le projet A105 repose sur l’architecture à moteur central arrière, offrant de multiples avantages, il n’en a pas moins étudié également une version de l’A105 à moteur longitudinal.

Les deux vues du plan de cette version plus classique dévoilent des différences importantes avec celle à moteur transversal. Sa longueur évolue de 3,73 m à 3,93 m se rapprochant ainsi dangereusement de l’A310. Elle repose sur un empattement plus long de 13 cm alors que son coffre ne propose que 140 litres de contenance. Enfin, son réservoir n’est que de 42 litres. Son seul intérêt, outre l’utilisation de moteurs en position longitudinale (leurs versions Turbo allaient fleurir à cette époque dans la gamme Renault), était de proposer 2+1 places.

Il demeure aujourd’hui une question sans réponse : que serait devenue la marque Alpine si le projet A105 avait vu le jour dans la seconde moitié des années 1970 ? Il aurait parfaitement tenu son rang entre une berlinette A110 vieillissante et une A310 plus classique. Cette nouvelle Alpine aurait pu dynamiser l’usine de Dieppe et éviter sans doute le long chemin de croix emprunté par les évolutions successives de l’A310 jusqu’à l’A610.

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