L’unique Citroën signée Pininfarina a presque 20 ans!

Voici la naissance d’Osée (2001), unique concept-car Pininfarina-Citroën, racontée par son design français : Nicolas Jardin.

Retrouvez la genèse des plus emblématiques concept-cars Citroën dans l’ouvrage “Concept-cars et prototypes d’études Citroën” aux Editions BJB : https://www.bjbeditions.com/products/concept-cars-et-prototypes-detudes-citroen

Le designer français Nicolas Jardin qui œuvre aujourd’hui au sein de Renault Design Industriel après avoir travaillé chez Pininfarina, n’a jamais franchi les portes du design Citroën. Il est pourtant l’auteur d’une pièce unique, siglée du double-chevron, qui reste aujourd’hui une exception dans l’histoire du style de la marque, car il est signé Pininfarina.

La carrozzeria italienne en cette décennie 1990 est comme toutes ses amies et concurrentes : à la recherche perpétuelle de clients. Côté clients italiens, tout va à peu près bien puisque Pininfarina continue de signer des carrosseries époustouflantes pour la célébrissime marque au cheval cabré. D’ailleurs, en cette fin des années 1990, des « mulets » de Ferrari 348 tournent sur la piste de Fiorano et cachent en réalité la mécanique de la future Ferrari Enzo (ci-dessous), un modèle iconique qui sera commercialisé en 2002. C’est bien sûr Pininfarina qui sera l’auteur du style de cette Ferrari avec Ken Okuyama (de son vrai prénom Kiyoyuki) aux commandes du bureau de style de la carrozzeria italienne.

Mais le carrossier italien sent bien que le vent est en train de tourner, notamment avec le renforcement du bureau de style interne à Ferrari.Il faut donc trouver des clients… Nicolas Jardin se souvient de cette période puisqu’il intègre le bureau de style italien dans la seconde moitié de cette décennie 1990. « A l’époque, cela fait une année que je suis chez Pininfarina. Je suis arrivé en Italie après avoir effectué un long stage chez Matra où j’ai découvert pour la première fois l’ambiance d’un bureau de design. Après un an d’armée, j’ai envoyé des lettres partout dans le monde et j’ai été recruté par Ken Okuyama qui était à la tête des designers Pininfarina depuis peu.» Ken Okuyama est connu pour être l’auteur de la Ferrari Enzo, mais aussi de la Honda NSX. Pourtant, côté design, nous préférons rappeler qu’il est le père de la Rossa présentée par Pininfrina en 2000.

Dans le petit centre de style italien, les designers œuvrent sur de nombreux projets, qu’ils soient Ferrari, Mitsubishi ou Honda.  « Nous ne sommes pas nombreux à cette époque » se souvient Nicolas. « Moins de dix designers.» Pininfarina saisit l’opportunité de révéler un concept-car au début des années 2000 en ressortant des travaux effectués auparavant sur un coupé sportif à moteur central. Ce sera une Citroën, car si l’italien travaille avec Peugeot, il n’est pas impensable qu’il puisse en faire de même avec l’autre marque du groupe PSA.

Accessoirement, Pininfarina sait que Bertone a eu pour client privilégié le constructeur français depuis de longues années et que même Giugiaro a travaillé pour des programmes de série en grand secret. C’est décidé, le concept-car du début de la décennie 2000, celle du nouveau millénaire, sera une Citroën ! « Pininfarina a eu envie de proposer ce show-car en hommage à Citroën pour envisager une écriture stylistique qui pourrait les intéresser» nous précise aujourd’hui Nicolas Jardin. Dans le bureau de style de Cambiano, le designer français se met à la tâche avec son collègue de bureau, Carlo Bonzanigo. « Je travaille sur ce projet Osée avec lui. Nous sommes tous les deux dans le même espace, lui orienté vers le style intérieur et moi sur l’exter. »

Carlo Bonzanigo fera un passage au cœur du design Citroën à la fin des années 2000 avant de revenir sur ses terres en Italie, et prendre la place de patron du style de Pininfarina en succédant à Fabio Filippini. A la fin des années 1990, il adopte pour l’Osée l’architecture intérieure des trois places avec pilote au centre. Pininfarina est un adepte de cette disposition qu’il a inauguré avec la Ferrari 365 P Berlinetta Speciale de 1966. Cette architecture est un classique pour de nombreux designers, comme Giorgetto Giugiaro qui, en 1968, en a doté son premier concept-car Manta.

Quelles sont les lignes directrices de ce premier et unique concept-car Citroën Pininfarina ? Nicolas Jardin se souvient « qu’iln’y a pas eu vraiment de brief de départ pour ce gramme. C’était une époque où Pininfarina réalisait des « one-shot » notamment pour le sultan de Brunei ou des petites séries pour développer son business. » Mais devant le tarissement de ce type de projets, l’idée de proposer un show-car badgé Citroën prend tout son sens, même si, en cette fin de la décennie 1990, la collaboration avec Peugeot est toujours d’actualité. « Mais tout ce travail coïncidait avec l’arrivée de Jean-Pierre Ploué »nous rappelle Nicolas. « Il a constitué au tout début 2000 un studio de design puissant, et n’avait alors plus de raison de conserver ou de créer des consultations avec des bureaux de style extérieurs. »

La volonté de Pininfarina de nouer des liens avec Citroën se fait jour alors que Jean-Pierre Ploué ferme les portes à ce type de collaboration. Mauvais timing ! Depuis, Pininfarina a perdu Peugeot ainsi que Ferrari, mais perpétue sa politique des « one-shot » et a signé le design d’une supercar qui sera produite par une société sœur Pininfarina Automobili. Sans compter ses liens avec certains constructeurs chinois et vietnamiens. Mais revenons à l’Osée qui porte si bien son nom car il fallait avoir de l’audace pour tenter de trouver une ouverture au sein du groupe PSA ! « Avec Carlo, on a bossé sur ce projet dans les années 1998-1999 » précise Nicolas Jardin, «et puis il a été mis en pause quelques mois. Le thème que j’avais choisi était un ensemble constitué d’arches sur lesquelles je venais tendre des toiles. Je voulais jouer avec ces volumes parfois concaves, parfois convexes. »

Plonger dans un univers nautique… « C’est un peu ça, l’univers de la voile. Je voulais exprimer un véhicule léger, agile, presque vide à l’intérieur avec des baleines qui structurent les voiles, comme sur un Zeppelin ! En outre, j’aimais cette idée de perforer le tout par des fentes très fines, avec des feux qui viennent percuter la toile ! Ce thème m’est venu assez naturellement. » Et si vous pensez que pour un tout jeune designer – qui plus est français – œuvrant pour un maître italien, la pression devait être forte sur les épaules de Nicolas, détrompez-vous ! « Je n’ai pas senti de pression particulière. Au contraire ! Il y a en davantage lorsque vous devez dessiner une Ferrari et qu’autour de vous, des senior-designers font ça avec toute leur expérience ! Faire un show-car Citroën, c’est quand même plus aisé quand vous êtes un jeune designer ! J’étais relativement détendu sur le sujet. »

Pourtant, la Citroën Osée a demandé beaucoup d’abnégation à Nicolas qui s’est parfois senti un peu seul devant la maquette en plâtre de son bébé. «On m’a laissé participer à l’élaboration de la maquette échelle 1. Tout s’est bien passé mais en fait, on ne se souvient que des bons moments. J’en ai connu d’autres, de plus grande solitude devant la voiture, car même si c’est un travail d’équipe on reste dans un univers très concurrentiel. Et accessoirement, le plâtre est une technique de maquettage assez lourde. Je me souviens vouloir positionner mes « tapes » (scotch noir servant à marquer les lignes sur la maquette)qui n’adhéraient pas sur le plâtre ! Je crois que j’ai participé à la création de l’une des dernières maquettes en plâtre chez Pininfarina qui était déjà passé en partie aux maquettages en Epowood, une résine bien plus moderne pour ce type de travail. Je pense même que ce devait être la dernière. Et quelque part, tant mieux ! »

Quant à la rumeur qui veut que ce prototype de salon ait été pensé d’abord pour… General Motors, Nicolas Jardin la balaie d’un revers de main en précisant toutefois qu’il avait réalisé des travaux similaires pour Mitsubishi. Pour Nicolas, avoir dessiné l’Osée avec tout à la fois le double-chevron et le sigle Pininfarina reste une étape importante de sa carrière. « Pour moi c’était un rêve qui se matérialisait. »Un rêve qui perdure aujourd’hui puisque Nicolas Jardin a enfanté depuis d’autres projets ou concept-cars. Ce sera à lire dans un autre volume de cette collection « Concept-cars » …

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