L’histoire du premier concept-car Scénic. C’était il y a 27 ans déjà…

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Seuls les plus robustes des groupes automobiles ont conservé une offre monospace “classique” dans leur gamme comme Volkswagen avec le Touran aux côtés de son SUV Tiguan et surtout Renault avec ses deux silhouettes de Scénic aux côtés du SUV Kadjar. Evoquer aujourd’hui l’univers du monospace compact peut paraître incongru tellement ce concept a subi depuis sa naissance les coups de boutoirs des SUV. Chez Peugeot par exemple, les “monospaces” d’hier sont remplacés par des SUV qui conservent la modularité d’un monospace mais qui s’habillent avec les codes du monde des SUV…

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Pourtant alors que les GTI pullulaient sur nos routes, personne n’avait encore pensé à donner aux enfants le confort et l’environnement à bord dont ils pouvaient revendiquer les droits, autant que leurs parents assis confortablement, tout là-bas, devant eux… Personne ? Pas tout à fait : en 1988 alors que la Supercinq est au mieux de sa carrière et que la Clio ou la Twingo n’existent pas encore, le (nouveau) patron du design Renault, Patrick Le Quément, rédige une note qui signe le point de départ d’une la fabuleuse aventure, celle de toutes les générations de Renault Scenic.

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Adressée à Aimé Jardon, directeur général adjoint de Renault à la direction technique, à Jacques Cheinisse, directeur du produit et à Georges Douin, directeur du bureau d’études, la note de service 90/88 issue du service 0895 du Design Renault. « C’est une lettre que j’ai envoyée le 25 octobre 1988 et dans laquelle je rédigeais un bilan de l’opération Mégane, notre concept-car haut de gamme dévoilé au salon de Paris 1988 » raconte Patrick Le Quément. « Dans cette même note, je faisais des propositions pour le concept-car du salon de Paris 1990. Dès le deuxième feuillet, j’évoquais un concept monospace compact nommé Minimax, un modèle sensé se baser sur les dimensions de la R19 fraîchement dévoilée. Cette note expliquait que cette extension de l’image du monocorps vers des valeurs traditionnelles de l’automobile était nécessaire pour préparer nos projets à venir, que ce soit l’Espace de la seconde génération ou le dérivé de la future W64, la Mégane de 1995 que nous évoquions déjà. »

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En plus de ce concept architectural, la fameuse missive de 1988 évoquait également la partie « passion automobile » avec le concept de ce qui allait devenir le roadster Laguna en 1990. Renault choisira de présenter d’abord le roadster (Paris 1990) puis le Minimax qui deviendra le concept-car Scenic à Francfort en 1991. Cette note est accompagnée par deux esquisses des roadster Laguna et Scenic. Ces dessins sont signés Jean-Pierre Ploué…

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Alors que la réalisation de la maquette Laguna suit son cours pour être dévoilée au Salon de Paris 1990, le projet Scenic, seulement connu sous le nom de code Z01, bascule dans le giron de Jean-François Venet alors responsable des concept-cars. Comme pour tous les projets, un concours est lancé. Jean-Pierre Ploué et Xavier Allard participent au programme. Anne Asensio réalise de son côté la gouache de synthèse retenue pour la réalisation du prototype.

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Pour l’intérieur, la planche de bord et les sièges sont réalisés par Udo Hischke alors que le pilotage du design intérieur est suivi par Yves Legal. Patrick Lecharpy et Jean-Pierre Ploué vont œuvrer à la mise au point de la console centrale coulissante chez le sous-traitant italien Coggiola, une console que nous retrouverons sur la seconde génération de Scenic et non sur la première, car Renault n’avait pas su gérer les coûts de cet équipement…

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A bord, le bloc de la climatisation disparaît de sous la planche de bord pour se loger dans un double plancher –solution reprise plus tard par l’Espace-, une architecture pensée par l’équipe du design avancé et par l’ingénieur Christian Dutot. Elle permit de gagner en habitabilité. Deux portes coulissantes à droite, un moteur 2.0 litres et quatre roues motrices –c’était l’époque qui le voulait…- et le premier Scenic était né.

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Restait à lui donner une âme de voyageur, ce que fit l’équipe de Martine Chevillot qui dirigeait l’équipe couleurs et matières. Avec elle, Sophie Milenovich et Bénédicte de Sainte Marie vont développer le premier « cahier des charges poétique » de l’histoire de l’automobile : un carnet de voyage qui, en 1990, renferme déjà toutes les astuces de modularité et de vie à bord du Scenic de la première génération.

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” Cet ouvrage, c’est la philosophie du produit faite grâce à ces jeunes femmes intellectuelles ! Elles racontent une histoire qui commence avec de la poésie : faire moins et mieux ne suffit plus. Il faut vivre l’écologie, ressentir la séduction, mémoriser le passé, approfondir la réflexion. Aujourd’hui on ne peut plus tricher, l’énergie humaine cérébrale et physique doit habiter les produits pour qu’ils aient une force, une aura, une âme, c’est l’heure de vérité, c’est maintenant ou jamais. Il y a vingt ans, on évoquait déjà l’écologie ! » La lecture de ce document dans les mains de Patrick Le Quément alors patron du design Renault ci-dessus, est à mille lieues de la lecture d’un cahier des charges austère et rigide. Ici pourtant, dans ces pages, se cachent déjà toutes les (bonnes) idées que l’on retrouvera, six ans plus tard, à bord de la première Renault Scenic de série.

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C’est donc finalement au salon de Francfort 1991 que le concept Scenic fait sa première apparition officielle. Pourtant, il a bien failli ne jamais recevoir l’aval de la direction générale, comme s’en souvient Le Quément. ” Comme c’était le premier concept-car conçu sous la tutelle du Design, j’ai voulu le révéler à la Direction avant sa présentation officielle. Lorsque je suis entré dans la salle, catastrophe : le concept était peint dans une teinte mate horrible qui donnait la sensation que le véhicule pesait des tonnes ! Ce jour-là, le projet a bien failli passer à la trappe ! “

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Le concept validé, il restait désormais à l’intégrer dans le programme de développement de la première génération de Mégane. Le premier Scenic est dû au crayon d’un designer américain, Bill Hirsch. “L’architecture était tellement révolutionnaire à l’époque que j’ai pris le parti qu’il fallait un style automobile, voire classique pour faire passer la pilule ! On n’a pas essayé de faire un véhicule qui soit très avant-gardiste.”

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“A l’intérieur, nous avons beaucoup plus peiné car il fallait reprendre la planche de bord de la berline. Pour le style extérieur, on était dans l’ère de l’ellipse, un thème fort et récurent sur toute la gamme Mégane de la première génération. Ce que je regrette aujourd’hui, c’est justement de ne pas avoir pu proposer un intérieur spécifique car celui-là n’a aucune personnalité puisqu’il héritait des éléments de la berline. Et puis j’aurais aussi aimé que le restyling soit là dès le début ! Il est facile de dire aujourd’hui qu’on aurait pu aller plus loin en style mais à cette époque, on ne savait pas vraiment si on allait en vendre 350 ou 3000 par jour !”

 

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