Du compteur de la 2 CV au “i-cockpit”

Avec l’arrivée annoncée, attendue (?) et confirmée de la voiture dotée de différents modes de conduite autonome, l’habitacle de nos futures automobiles va évoluer très sensiblement. Notre environnement va muter puisqu’il ne sera plus focalisé sur une instrumentation complexe mais au contraire totalement libéré afin de nous offrir un espace nu, seulement parsemé d’écrans. Si l’on se contente aujourd’hui d’écrans plats et de taille encore limitée, rien n’empêche les esprits créatifs d’imaginer des écrans souples habillant l’intégralité de notre espace pour nous offrir de nouvelles sensations de voyage, puisqu’il ne sera bientôt plus nécessaire de “piloter”.
Bref, le style intérieur va devenir LE domaine d’innovations majeures dans le futur proche, bien plus que le style extérieur totalement maîtrisé par chacun des constructeurs qui ont, pour certains, la fâcheuse tendance du coup à “en rajouter un peu plus” : ne nous plaignons pas trop, il reste encore un peu de tôle autour des gigantesques calandres de plastique et de faux chrome pour constituer une identité de marque…
Mais revenons à bord : LIGNES/auto vous propose un raccourci saisissant de l’évolution de l’architecture d’une planche de bord à travers les âges. Rien d’exhaustif, mais un coup d’œil révélateur, amusant et, peut-être, des idées à retenir pour les designers en herbe 🙂

Ci-dessus, ce n’est évidemment pas la première “planche” de bord de la Citroën 2 CV qui offre ici un très luxueux volant à deux branches et un “tableau” d’instrumentation des plus sophistiqués dans la recherche de la sobriété : un compteur gradué jusqu’à 100 km/h et un voyant d’alerte lorsque la frêle Citroën est prête à décoller. On demande au conducteur de l’époque de prioritairement s’occuper du pilotage d’un engin sous-motorisé sur des routes pas toujours bitumées… Bienvenue à bord de l’automobile des années 1950/1960.

Soixante-dix ans après la naissance de la 2 CV, l’habitacle de nos voitures ressemble désormais à celui d’une navette spatiale. Ici, celui de la nouvelle Peugeot 508 et son “i-cockpit”. Première sensation : l’évolution du mobilier qui constitue l’habillage de cet habitacle désormais très protecteur. Ici, l’idée est de développer le concept du “i-cockpit” de Peugeot avec son instrumentation située en position haute et de valoriser la dynamique du véhicule par un petit volant. Ce système offre de multiples avantages, à commencer par la fin de la double architecture finalement coûteuse du combiné classique associé à la vision tête haute comme le proposent de nombreux constructeurs.

Le concept du “i-cockpit” a fait son apparition sur le concept-car SR1, un coupé splendide dévoilé en 2010 qui inaugurait les prémices de cette architecture de bord. Le développement de la 208 a permis de porter ce concept en grande série. Non sans avoir testé de nombreuses solutions entre le positionnement des compteurs en “altitude” et la taille du volant. Ci-dessus, l’une des maquettes de développement du design intérieur de la Peugeot 208.

Mais l’idée de regrouper l’instrumentation ou d’en faciliter la lecture ne date évidemment pas d’hier. Voici par exemple la solution retenue par Giorgetto Giugiaro sur son prototype de salon Maserati Boomerang au début des années 1970. L’idée du moyeu fixe est retenue – Citroën le réinterprètera entre-autre avec la C4 et la C5 – et l’intégralité des compteurs et commodos est regroupée au centre du volant. Pour leur lecture, c’était Byzance ! Pourquoi ne pas retenir cette solution aujourd’hui ? Parce que le volant à moyeu fixe coûte bien plus cher qu’une colonne de direction classique et surtout, parce que sa structure fait partie d’un “module” de la plateforme EMP2 qui est transversal aux différentes marques du groupe. La différenciation à ce niveau à un coût trop élevé pour être retenue.

Au milieu de la décennie suivante – en 1986 -, Giugiaro toujours s’offre un concept auto-moto avec sa Machimoto sur base de Golf GTI et déploie l’instrumentation sur la largeur complète de la planche de bord. L’affichage analogique reste cependant de mise aux côtés de l’instrumentation numérique qui fait ses premiers pas. Sans doute vous souvenez-vous de la Citroën BX Digit ou des voitures dotées de la synthèse vocale ! Un petit goût suranné et vintage bienvenu…

Pour en finir avec Giugiaro, découvrons ici le tableau d’instrumentation de son concept-car Audi “Asso de Picche” de 1973 qui reprenait le thème vu sur le concept-car  Toyota EX-7 de 1970 : un cylindre est perforé de multiples cavités dans lesquelles apparaissent des informations lumineuses ou analogiques. Ce dispositif n’avait pas d’utilité pratique mais avait l’avantage de surprendre le badaud des expos. Tout juste peut-on imaginer que ce cylindre fixé à la colonne de direction facilitait la transformation “conduite à droite” – “conduite à gauche” d’une éventuelle mise en production…

Les années 1980 sont celles de l’apparition des jeux vidéo, de l’ordinateur (presque) pour tous de chez Apple et de la navette spatiale capable de revenir sur Terre. Le marketing automobile s’empare de cette technicité pour l’introduire à bord des nouveaux produits. Chez Citroën, le maître Michel Harmand – et ses disciples -, déjà auteur de la lunule de la CX et des satellites de la Visa va concevoir pour la grande berline de haut de gamme une planche de bord révolutionnaire avec l’esprit de la lunule adapté aux évolutions technologiques : on trouve deux claviers pour lesquels il faut passer la main au travers le volant (!) afin de les manipuler, surplombés de deux écrans alors que l’affichage est du type tête haute. Enfin, deux satellites encadrent l’ensemble de cette platine de commande, digne de celle d’un Airbus. Notons pour le confort que les sièges coulissaient le long d’un bandeau latéral se prolongeant jusque sous la planche de bord : une astuce que l’on aimerait retrouver aujourd’hui dans nos voitures…

A partir de l’an 2000, les jeux vidéo sont devenus des amis du quotidien pour toute une génération, à tel point que les constructeurs conçoivent des produits dédiés par exemple au jeu Gran Turismo. La GTbyCitroën de 2008 offre ainsi une planche de bord réalisée en impression 3D et le pilote reste maître de ce coupé avec un volant multi-modes et un indicateur de rapport logé… dans le pavillon !

La décennie 2010 fait la part belle aux écrans. La nouvelle Mercedes Classe A de 2018 offre ainsi une planche de bord vierge de toute instrumentation. Pour cette dernière, le constructeur clipse un large écran (tenu par de simples vis cruciformes en arrière de la planche) capable de prendre en charge toutes les fonctions. L’intelligence artificielle s’en mêle et avec un simple appel vocal de votre part “Hey Mercedes”, la voiture fait à peu près tout ce que vous voulez. Sauf le café… Cette architecture est intéressante car elle devrait permettre de suivre l’évolution technologique très rapide des écrans et des logiciels sans avoir à redessiner une planche de bord : il suffira de changer seulement l’écran. Malin.

Et demain ? Voici ci-dessus l’intérieur de la Peugeot Instinct dévoilée l’an dernier. Outre une planche de bord adaptée à la conduite autonome avec un ensemble colonne de direction/instrumentation mobile et occultable, le concept se pare d’écrans de grandes dimensions en lieu et place du tablier, afin d’offrir une nouvelle façon de vivre l’automobile dans les phases de délégation de la conduite.

La prochaine étape ? Ce sera peut-être l’hologramme avec une instrumentation capable d’apparaître et de disparaître au bon vouloir du conducteur ou des passagers comme ici sur la future grande berline 100% électrique de Volkswagen programmée pour 2022. En cas de “bug” sévère, verra-t-on apparaître l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon en plein meeting ? Tout est sous contrôle. Enfin, je crois…

 

 

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