L’après Citroën SM chez Ligier…

Lorsque Michelin décide de se séparer de Citroën et que Peugeot est un peu poussé par l’État à acquérir la firme créée par André Citroën en 1919, c’est un cataclysme pour certains.
Je passerais sur les commentaires des indéfectibles de la marque au double-chevron pour ne retenir aujourd’hui que l’effet collatéral de ce regroupement des marques Peugeot et Citroën au sein de PSA auprès d’un industriel français passionné : Guy Ligier.

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Guy Ligier, d’abord pilote, va produire son propre coupé de sport en mémoire de son ami décédé en compétition à Rouen en 1968 : Jo Schlesser.
En 1969, c’est le galop d’essai avec la JS1 qui sera suivie en 1971 par la JS2 aux ambitions bien plus élevées.
La JS2 est un coupé sportif dessiné par Pietro Frua qui devait à l’origine être équipé du moteur de la Ford Capri 2600 RS mais qui héritera finalement du moteur V6 Maserati de la SM (voir ci-dessous) puis celui de la Maserati Merak en 1973.

L’accord signé entre le petit constructeur de l’Allier et le géant Citroën au début des années 1970 aura plusieurs débouchés.
Outre la fourniture de moteurs (Citroën avait racheté Maserati en 1968), Ligier bénéficiera des concessions de la marque française pour exposer et vendre ses coupés.
Les ateliers de Guy Ligier en produiront seulement 78 exemplaires sur la période de 1971 à 1975.
Mais Ligier a de l’espoir car les liens noués avec Citroën vont lui permettre de produire la dernière centaine de Citroën SM de la fin de l’année 1974 à 1975.

Guy Ligier est un battant. Il a bien anticipé cette rupture de charge annoncée dans ses ateliers d’Abrest, en périphérie de Vichy.
Car après son intégration dans le giron de PSA, Citroën va être contraint d’abandonner la production de la SM…
Il est désormais question pour Ligier de produire un autre coupé pour le concurrent de Citroën : la Régie Nationale des Usines Renault (ci-dessous).
Un coupé que vous connaissez si vous êtes un fidèle visiteur de ce site.
C’est Robert Broyer qui en est l’instigateur. Après avoir dessiné la berline Renault 14, il en dérive un coupé à l’histoire rocambolesque.

Laissons la parole au designer : “Ce nouveau concept fut étayé par des plans et dessins de style. Le 19 juillet 1974  je présentais à Bernard Hanon et François Wasservogel alors les décideurs du Marketing Renault le produit de mes réflexions.
L’accueil fut enthousiaste, hélas nuancé par l’impossibilité de fabriquer un nouveau véhicule non prévu dans la planification.
Le projet retourna donc dans mes tiroirs, quand un an plus tard en 1975,  Ligier alors l’assembleur de la Citroën SM vit sa sous-traitance terminée par l’arrêt du modèle.
Il proposa sans succès à Citroën un coupé banal (voir plus bas dans ce post NDA…) puis s’adressa chez Renault pour offrir ses services de sous-traitance.”


“Bernard Hanon ayant toujours à l’esprit ma proposition vit l’occasion de pouvoir la concrétiser.
Un accord fut conclu avec Ligier pour la fabrication en petite série de 20/25 véhicules/ jour, révisable selon l’accueil commercial.
Le coupé serait un Renault-Ligier compte tenu des retombées bénéfiques des succès de l’époque de la Formule 1 Ligier.
Coup de théâtre début octobre, Renault renonce au projet.
La raison? les grandes qualités du break de chasse auraient cannibalisé les coupés « maison » 15/17 dans une catégorie et un prix comparables.
Il fallait donc faire un choix.”


Le planning théorique du lancement commercial du coupé break de chasse “Renault-Ligier”.

Une autre raison que nous pouvons révéler maintenant, c’est la très forte pression qu’exerça Matra auprès de Renault pour écarter une concurrence qui se serait avérée fatale à la Bagheera.
Si le projet avait continué, une série de confirmation de 28 véhicules auraient été construits en 1977 de mi-février à fin avril avec une présentation officielle au Salon de Genève, puis une montée en cadence de série de 64 véhicules au mois de mai, 119 au mois juin, 227 au mois de juillet et 407 en septembre: volume nécessaire pour le lancement de la commercialisation début octobre.”
Ajoutons à ces raisons, celle liée au sport puisque sur les pistes du championnat du monde de F1, Ligier et Renault se concurrençaient au milieu des années 1970 !Heureusement, Ligier n’avait pas mis tous ses œufs dans le même panier.

Bien avant que le projet du coupé Renault n’atterrisse sur le bureau du patron, ce dernier avait lancé avec le designer français Marc Deschamps le projet d’un autre coupé (ci-dessus), avec son allié Citroën, et reposant sur la plateforme de la récente Citroën GS Birotor à moteur à pistons rotatifs, présentée en 1973.

Ce coupé “GZ” (ci-dessus) aurait pu sauver les ateliers Ligier, mais le programme n’a pas dépassé le stade de la maquette à échelle réduite.
Qu’à cela ne tienne, Ligier songe également au marché potentiel des véhicules qu’on n’appelle pas encore “SUV”.
Le petit constructeur d’Abrest veut s’attaquer aux mastodontes Land Rover et Jeep avec un concept étonnant : un coupé sportif 4×4 !
Ce projet dessiné par Marc Deschamps (ci-dessous) pour Ligier avait une certaine gueule et anticipait surtout le monde de ces “coupés SUV” que l’on a finalement vu apparaître avec le BMW X6… trente ans plus tard !

Il était là encore destiné à sauver la petite ligne de production de l’usine Ligier d’Abrest mais n’eut pas plus de suite que le coupé Citroën GS Birotor.
Pourtant, la première maquette d’habitabilité (ci-dessous) révélait un engin plutôt polyvalent.

Ci-dessous, Guy Ligier pose aux côtés de la maquette d’habitabilité de “son” SUV sportif. Un concept avant-gardiste pour l’époque…

Mais avec son programme de F1 qui prend forme pour l’année 1976, Guy Ligier a d’autres ambitions encore : le titre de champion du monde dans la catégorie reine du sport automobile.
Et malgré sa JS2, malgré la production des dernières Citroën SM, malgré les projets de coupés Citroën GZ et Renault 14 et malgré le programme d’un SUV sportif, les ateliers d’Abrest ont été obligés de se tourner vers la production de “quadricycles” à moteur, ceux qu’on appelait alors les “voiturettes”…
Côté compétition, Guy Ligier connaît alors bien plus de succès que pour ses projets de production : les F1 françaises brillent à la fin des années 1970 dans le championnat du monde, luttant pour le titre face à Ferrari ! Sans hélas devenir championnes du monde.

Aujourd’hui, alors que le fondateur Guy Ligier s’est éteint en 2015, l’entreprise Ligier existe toujours et rencontre un beau succès.
Elle est désormais aux mains du petit-fils de Guy, François Ligier, et l’usine produit désormais plus de 14000 “quadricycles” à moteur et montre un dynamisme étonnant.
Après la reprise de Microcar en 2008, voilà que Ligier s’est également lancé dans la production de navettes autonomes pour les zones privées, remportant là aussi un joli succès.

Cette suite de l’histoire foulant sur des territoires bien différents de ceux de l’année 1970 est à découvrir sur le site officielle : http://www.ligier.fr
… et merci à Patrice Vergès 🙂

 

 

 

 

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