Renault Design : de Patrick Le Quément à Laurens van den Acker

Lors de notre entretien avec Laurens van Den Acker (voir ‘post’ précédent), j’ai évoqué avec lui son prédécesseur : Patrick Le Quément qui prit la succession de Gaston Juchet (*) à la tête du “style Renault” en 1987 pour porter ce département au rang respectable de “design industriel Renault” placé sous la responsabilité directe du Président Schweitzer.
J’ai fait mention à van den Acker d’un patron de design alors plus orienté vers le concept que vers le style.
Les concept-cars de l’ère Le Quément respiraient pour la majorité d’entre eux une intelligence conceptuelle qui ne fut pas toujours suivie en série.
Il suffit de rappeler l’élégance des concept-cars Initiale et VelSatis face à la version de série (de gauche à droite ci-dessous).
Ce projet reste d’ailleurs la grande frustration de Patrick Le Quément, alors tout à la fois responsable de la qualité et du design du groupe, et qui a dû à regret laisser trop de liberté à la direction du produit de l’époque qui imposa cette berline haute aux côtés d’un Espace déjà fort volumineux…

 

J’ai demandé à Laurens van den Acker sa vision de cette époque :
Est-ce que les équipes de Patrick Le Quément étaient trop axées vers le “concept” en délaissant parfois le “style” à proprement parlé ?
“Je pense qu’il faut les deux. Le style reste important. Je trouve que le style et la beauté étaient un peu sous-estimés chez Renault quand je suis arrivé. En fait, un designer tente d’associer style et concept. Mais on peut dire ce que l’on veut, Renault a eu énormément de succès avec une approche conceptuelle forte : la R16 de 1965, la R5 de 1972, l’Espace de 1984, la Twingo de 1992 et le Scénic de 1996 – ci-dessous, maquette de la génération 2 – . Ce sont de beaux succès avec un concept plus fort que le style !”

“Je crois que c’est justifié de dire qu’à mon arrivée, j’ai essayé d’équilibrer ‘style’ et ‘concept’. J’ai voulu donner plus de poids au style car on est en France, un pays où la séduction est reine ! C’est notre obligation de rendre la vie plus belle, une attractivité qui passe par le style.”


Plus de sensualité dans les lignes des Renault d’aujourd’hui ?
La communication sur le premier concept-car de l’ère Laurens van den Acker (DeZir) le suggérait fortement !

“Après, nous explique Laurens, il faut le fond, la substance du projet. C’est comme un mariage ! Nous avons réussi cette symbiose avec les gammes Scénic (ci-dessous), Espace et Twingo notamment. On peut également prendre l’exemple de Dacia qui a trouvé aussi cet équilibre.”

Patrick Le Quément, ci-dessous dans son bureau de l’époque, aura fortement marqué  -avec ses équipes- deux décennies de l’histoire du design Renault : les années 1990-2000.
Laurens van den Acker l’a souligné. Le Scénic et la Twingo, nés sous son règne, l’attestent.

Et ce sont bel et bien des concept-cars qui ont aidé à la création de certains des modèles phares de la gamme de ces décennies-là, comme l’Argos de 1994 (ci-dessous) qui a confié certains de ses gènes à la Clio de 1998. Une Argos dessinée par un certain Jean-Pierre Ploué, aujourd’hui patron du design du groupe PSA… Citons également la Mégane 2 qui a emprunté son arrière à lunette panoramique au concept-car VelSatis de 1998.

Sans négliger un drôle d’engin, l’Ondelios de 2008 ci-dessous (dessiné par Nicolas Jardin) qui préfigurait ce que pouvait être un remplaçant de l’Espace avec ses six places dans un fuselage d’avion. Un thème dont l’Espace actuel s’est sans doute inspiré.

Evidemment, il y eu des flops ou des concept-cars qui ont dû s’adapter à un plan produit, voire à des plateformes qui ont défiguré leur style autant que leur concept.
On pense au roadster Wind qui dû être (re) pensé sur une plateforme de Twingo (ci-dessous) lorsqu’il devint le programme W33…

 

D’autres concepts ont eu plus de bonheur avec notamment le très beau coupé Fluence (ci-dessous) qui a inspiré le coupé Laguna…

Et puis il reste un regret pour tous les amateurs de design : la décision de ne pas produire la Fiftie de 1996 (ci-dessous). Elle aurait pu abandonner la plateforme du Spider Renault pour celle, plus ambitieuse, de la Clio. La Fiftie serait arrivée dans le bon timing pour venir concurrencer les Fiat 500, VW Beetle, Mini et autre revival au succès fulgurant !

Aujourd’hui, alors que le monde a changé et qu’il s’accélère, Laurens van den Acker a l’intelligence de saupoudrer quelques gènes de Renault historiques dans ses travaux.
Il est un revival qui transpire (un peu) dans le style d’une Renault actuelle : la Twingo. Elle a été dessinée avec, comme référence, la Renault 5 Turbo de 1978-1980 (ci-dessous)

(*) voir l’hommage rendu à Gaston Juchet à travers trois épisodes publiés en décembre 2018 sur ce site :

Hommage à Gaston Juchet. Première partie : le « Tantouse club »

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