205-208 : Gérard Welter, l’au-delà des mots…

Ah ! la 205. 1983…
Pour toi, Gérard (*), c’est un boulot qui démarre dès le milieu des années 1970. C’est cette 205 qui t’a collé à la peau jusqu’à ta disparition l’an dernier. Pourtant, ce n’était qu’un projet parmi tant d’autres pendant tes plus de quarante années passées au style Peugeot… Mais là où tu es, tu t’en fous un peu désormais.

La 205, alias projet M24, a sauvé le monde. Le tien en tous les cas. Et surtout celui de plusieurs milliers de personnes du groupe PSA de l’époque. La réussite de la 205, ce n’est pas qu’un style, tu l’as toujours reconnu et assumé. Avec Bruno De Guibert mais aussi avec l’aval de Jean Boillot, vous vous êtes poussés mutuellement à imaginer pour cette nouvelle « Peugeot 104 », des moteurs de près de deux litres (!), imposant des voies plus larges. L’éternelle guéguerre entre style et technique a donné naissance à un sacré numéro ! Bon sang, tu en auras usé des ingénieurs et des techniciens. Tu ne te seras pas fait que des amis… Et Jean Boillot qui t’avait confié un soir dans l’atelier « Gérard, si nous ne réussissons pas cette voiture, nous sommes morts. » Pression.

Le boss de la technique, Forichon, t’écoute un peu plus que son prédécesseur. Notamment quand tu veux basculer la roue de secours du compartiment moteur (plateforme de 104) vers l’arrière, sous le plancher de coffre et qui dit à l’assemblée réunie ce jour-là « Gérard a raison ». Alors oui, ça valait le coup de t’écouter. La 205 grâce à tout ça a pu accueillir un diesel salvateur à l’époque et le bloc de la GTI de 1984. Tu te rends compte : Peugeot qui faisait la nique à VW et sa Golf GTI ! Je bossais à AUTOhebdo à l’époque et mon premier mentor (Gilles Dupré) avait la banane lorsqu’il descendait de la bombinette rouge. Je peux te dire que venant de cet expert, ça valait tous les compliments du monde pour toutes les équipes de Peugeot, que ce soit au design où à la technique. Au fait, la moquette rouge, c’était un coup de Paul Bracq ?

Puis vient la présentation de la M24 définitive devant Jean-Paul Parayre et Roland Peugeot. Ce dernier qui te prend à part en te soufflant que « j’aime bien votre voiture Gérard, elle est ronde et sympathique mais la calandre avec une seule fente ça n’ira pas. » Et c’est à ton tour d’écouter. De modifier. De créer cette fameuse calandre à trois barrettes… Je ne suis pas naïf, tu n’étais pas tout seul Gérard, il y avait ta bande, Pottier et tous les autres.

La 205. L’aïeule de la nouvelle 208 de 2019. Tu en aurais pensé quoi Gérard, de la « P21 » de 2019 ? Tu sais, le boss Carlos Tavares a mis le paquet côté investissements pour le développement du style. Tes successeurs ont pu s’appuyer sur un paquet de maquettes de style, d’intérieur, de validation. Tu parles, un programme comme celui-là, il ne faut pas passer à côté !

Toi, tu avais tes gars, du plâtre, du polystyrène et des paluches de staffeur. Les temps changent Gérard, si tu voyais à quelle vitesse ! Le petit concept-car Citroën du prochain salon de Genève s’est même passé de modeleurs physiques pour une maquette Clay qui n’a pas existé. C’est comme les caissières du supermarché, il y a des métiers à l’avenir moins clair que d’autres. Et je ne te parle même pas du mien ! Ce nouveau monde que j’aime autant que j’ai aimé celui d’avant est numérique. Voilà de la 3D, de l’hologramme, de la satellisation dans un autre univers, vers des nouveaux métiers où l’avenir est notre présent. Tu n’étais pas le dernier à les imaginer ces métiers-là. C’est toi qui as poussé pour embaucher Jérôme Gallix. Il a donné une vraie impulsion à ces nouveaux outils au design Peugeot. Il n’est pas le seul, mais il est important de dire que le studio de design Peugeot n’était pas en retard sur ce point, bien au contraire.

Il est parti Jérôme, pour mieux revenir quelques temps plus tard en te disant qu’il réintégrait Peugeot pour prendre ta place au style. La place du chef ! Tu avais bien aimé qu’il te parle franchement. Enfin, c’est ce que tu m’avais dit. Tu l’as bien fait mariner quand même cet ambitieux Jérôme. Cinq ans comme numéro 2 avant de lui donner les clés pour qu’il explose finalement au bout de quelques mois et jette l’éponge. Un coriace comme toi celui-là. On le salue aujourd’hui.

Bon, Gérard, tu en aurais pensé quoi de cette « P21 » ? Elle est issue du sérail interne. C’est une Peugeot, pas une Pininfarina. C’est une évidence désormais, mais ce ne l’a pas toujours été. Tu me disais que ton maître Paul Bouvot – qui t’a précédé à la tête du « style Peugeot »- lorsqu’il a quitté son poste « était une personne usée intellectuellement par l’ambiguïté entre le véritable respect qu’il s’imposait face à la maison Pininfarina et la volonté de faire triompher son équipe de style interne ! Il y a eu des projets Pininfarina retenus et qui ne le méritaient pas forcément. »

La « P21 », Pininfarina (qui bosse pour la Chine et le Vietnam) n’y a pas touché. Et personne d’autre n’y a touché. La 208, comme toutes les Peugeot de la série 200 depuis « ta » 205, est un produit maison. Paul Bouvot et toi-même aviez vaincu le signe italien ! Cette nouvelle 208 est mieux proportionnée et respire le dynamisme. Rien que pour ça, je crois qu’elle t’aurait plu. Bon, tu aurais sans doute virer tous les bidules 3D et mis un levier de vitesses, un vrai. Et sans doute quelques chevaux de plus, hein ? Mais elle t’aurait plu…

(*) Gérard Welter – 1942-2018 – directeur du design Peugeot jusqu’en 2007.

 

 

 

 

 

 

 

 

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