LES “POSTS” DU JOUR

LES VACNACES EN MODE “NOSTALGIE POSITIVE” !

Apparus en France en 1936, deux ans après la présentation de la Citroën “7” (la fameuse Traction), les congés payés sont aujourd’hui une évidence et attendus de toutes et tous… Juillet ou août, le flux incessant des automobiles et vacanciers font les grands titres des chaînes infos qui rabâchent chaque année les mêmes évidences. Oui, ça bouchonne le samedi et moins le dimanche. C’est comme la neige en hiver : c’est froid…
LIGNES/auto vous propose une petite virée vacancière pour vous mettre dans l’ambiance mais à la mode Vintage.
Belles vacances à vous toutes et tous. LIGNES/auto bosse un peu pendant ce temps-là et surtout prépare un très beau sujet à lire à la rentrée sur une nouveauté du Mondial…

Avec sa Renault 4 présentée en 1961, le patron de la Régie Pierre Dreyfus s’est attiré les foudres (et une volonté de procès avortée) de Pierre Bercot, son homologue de chez Citroën. Ce dernier reprochait à la Régie d’avoir copié les innovations de sa 2 CV. Les R3 et R4 connurent un début de carrière flamboyant et leur production coûta de plus en plus dans un lieu de plus en plus vieillissant : l’usine de l’île Seguin. Pas vraiment rentable financièrement mais très porteuse au niveau de l’image de marque, la R4 m’a transporté dès mon adolescence alors que la petite Renault avait déjà largement passé ses dix ans. Elle aurait pu innover davantage encore si l’architecture avec moteur transversal avait été retenue… Elle n’avait peur de rien, pas même de cette plage où les voitures étaient autorisées. Aujourd’hui, les voitures sont de gros 4×4 qu’on laisse garés bien loin de ces étendues de sable. Ouf !

 

Or donc, la R4 est une copie de 2 CV ? Non, une 2 CV reste une 2 CV et n’a jamais été copiée. Elle aussi coûtait cher à produire avec des solutions techniques qui se sont avérées complexes à industrialiser alors que la 2 CV, née en 1948, continuait d’être produite jusqu’à la fin des années 1980 ! Oui, on pouvait effectivement déposer les sièges pour pique-niquer mais on le faisait finalement rarement. Elle nous secouait comme des cabris et j’avais toujours peur que la tige du levier de vitesse ne sorte de la misérable planche de bord à chaque fois que mon oncle tirait dessus pour passer la 2. Peur qu’il arrachât le moteur avec. Et la pêche, je détestais la pêche. L’odeur du brochet ajoutée à celle du tabac et au dandinement de la 2 CV, me faisait rendre bien plus qu’à bord de la grande sœur DS. Mais je n’en voulais ni à Bertoni, ni aux ingénieurs spécialistes de la suspension complexe de cette 2 CV car je ne savais pas encore que ces maîtres dans leur domaine allaient plus tard peupler ma vie professionnelle…

 

Ah, la 4 CV, celle qui remit la France en marche. Je ne l’ai pas connue mais mon père en avait une et avec elle, il fit trois tonneaux avec ma mère et deux de mes frères à bord. Je n’étais pas né et sur ce coup-là, ça m’arrangeait. Je ne sais pas comment ils s’en sont sortis mais cette motte de beurre, c’était du costaud. On rentrait toute une fratrie à l’époque à son bord. Comment ? Mystère… Cette France qui venait de vaincre, cette France assoiffée d’une nouvelle liberté fit de cet engin l’amie de son quotidien. Les entrailles de la 4 CV permirent même d’enfanter de sacrées machines de compétition. Même le circuit du Mans accueillit mam’selle Renault !

 

À chaque départ, la même question du conducteur : est-ce que tout va rentrer ? Partant du principe que les valises contiennent surtout du “on ne sait jamais, ça peut servir”, le volume devint au fil des ans de plus en plus généreux. Avec sa R16, Pierre Dreyfus – encore lui – a cette fois pris Citroën à contre-pied. À la DS hyper-technologique, pensée pour des ingénieurs, Renault allait répliquer dix ans plus tard avec une R16 astucieuse, pensée pour accompagner cette nouvelle génération de conducteurs qui roulaient en semaine et bricolaient le week-end. Gaston Juchet, alors jeune designer à la Régie, accompagné de son fidèle ingénieur Claude Prost-Dame, prirent des risques : traction mais aussi cinquième porte et profil bicorps, sans malle arrière. À bord, la modularité était complexe mais elle couchait sur le papier les prémices de ce qui allait faire la force des futures “voitures à vivre” de la Régie. À partir de cette année-là (1965) l’univers automobile allait s’engager sur une nouvelle architecture qui nous paraît aujourd’hui incontournable.

 

Dans les années 1960, lorsqu’à treize vous habitiez une contrée assez éloignée des grandes villes, les vacances offraient mille et une opportunités de franchir le Rubicon vers un univers inconnu : séduire maladroitement et rougir à l’arrière d’une Ami6. Enfoncé dans une banquette arrière bigarrée, maintenant d’une main ferme la poignée de portière singeant celle d’une DS, malmené par le roulis de tonton conducteur du dimanche, ce n’était pas aisé. Assis derrière tonton, j’attendais les virages à droite qui, grâce au roulis prononcé, faisait automatiquement se rapprocher ma petite Paquita… Nougaro aurait dit que l’Ami6 “me mit en présence de  l’été, et l’été était là, assis au milieu de la banquette, sous la jupette jaune brunissait l’or des jambes, et le blanc de ses yeux brillait comme du lait, il fait chaud cet été, l’été était muet, alors on est sortis…” Je ne me souviens pas avoir fait un clin d’œil à l’Ami6…

 

La mer. Quand on naît dans le Morvan et qu’on le quitte assez tard, la mer est une découverte qui fascine. Cela paraît tellement puéril de l’écrire près de cinquante ans après. Mais j’ai encore le goût du sel de cette eau océanique et remuante qui m’était alors inconnue. Le Morvan, ce sont des essences d’arbres tellement variées, c’est le soleil dans les sapins autant que la neige du Haut-Folin, c’est la forêt drue autant que les espaces d’une liberté totale, belle et insouciante. La mer, c’est au contraire l’horizon dégagé. Avec le bout du monde, tout là-bas. Ce sentiment étrange d’être au bord d’un infini qui nous revient en parcelles dans le reflux de vagues parfois impressionnantes… Et le “Deuche” qui nous attend à deux pas de là.

 

Les vacances, c’est l’occasion de découvrir les voitures des amis des parents. Il n’existe alors aucune contrainte, pas de limitation de vitesse ni de ceinture de sécurité. Pas de sécurité tout court. On fumait dans les avions, on fraudait dans le métro en montant dans les wagons de première classe, on se fichait pas mal d’une TV en noir et blanc avec deux chaînes mais surtout, on allait vite. Inconscient. À douze ans, on déforme encore son nez sur la vitre conducteur “pour voir à combien ça va”. Et la vitesse fascine, sans même avoir encore lu Françoise Sagan. Alors, lorsque l’aiguille tutoie les 140 km/h puis, dans un dernier effort, chatouille le chiffre magique des 160 km/h, le gamin se prend pour Batman ou Robin, héros de papier. Ou plutôt Guy L’Éclair. On en redemande et l’ami de papa ne craint pas les contrôles car la voie est libre. Totalement libre. Les voitures vont deux fois plus vite que les camions; ça a bien changé… Et puis il y a la DS. Son museau aplati perce l’air dans un mouvement d’ondulations et de chuintements. Elle embrasse la route pour former un duo inséparable. Je regrette juste d’être né après elle. Je connaîtrais une parcelle de cette ferveur qui toucha les visiteurs du salon de Paris 1955 lorsque la fusée Citroën fut dévoilée en découvrant l’incroyable intérêt que suscita en 1992 la Twingo au même salon parisien. Trente-sept ans plus tard. Une éternité.

 

Mes années vacances sont au cœur des trente glorieuses. Mon adolescence coïncidera hélas avec un pétrole toujours plus cher. Je me régalais pourtant sur la place du Champs de Mars à Autun avec Bernard qui vendait des Renault. Je me souviens de son Estafette ( son “barnum”) garée sur cette place les jours de marché. Je me souviens être sans doute le plus grand consommateur de catalogues de la région et d’avoir les yeux écarquillés lors des “Floralies Renault 5”. Bernard y présentait la toute nouvelle R5 LS. Et puis j’étais convié malgré mon tout jeune âge à venir découvrir “à la concession” la toute nouvelle Renault 30. J’ai encore la cylindrée de son moteur gravée dans ma mémoire (2 664 cm3). Pourquoi ces instants-là sont-ils restés ? Puis Bernard rendait visite à mon paternel au cinquième étage du HLM sympa où nous vivions, fratrie de cinq enfants. Il venait lui vendre un break Renault 12. Je faisais ce qu’il fallait pour qu’il choisisse la TS avec ses sièges intégraux. Ce que je regrettais amèrement après avoir roulé des centaines de kilomètres sans rien voir de la route… Et puis, cette place du marché était aussi occupée par la concurrence. Un Type H y vendait les dernières créations de la grande maison Philips qui transportait notre quotidien vers un futur candide mais fascinant.

 

Mais les vacances, ce n’est pas forcément la mer, la montagne ou le silence de l’arrière-pays bercé par le chant des cigales et brûlant des mille feux. Ce peut-être la Capitale ! Je ne suis pas parisien mais j’aime Paris. C’est aussi parce que je n’y habite pas que je sais l’apprécier. Et pas toujours en voiture, évidemment. Les vacances à Paris sont devenues celles des Chinois et autres touristes qui s’émerveillent toujours devant la Dame de Fer. L’Exposition Universelle de 1889 pendant laquelle la Tour Eiffel fut inaugurée est une date importante pour nous, amateurs d’automobiles. C’est à cette occasion qu’Armand Peugeot – venu ici avec sa voiture Serpollet à vapeur – découvrit sur le stand Panhard & Levassor situé dans la galerie des machines l’extraordinaire invention de Gottlieb Daimler : un moteur à explosion fonctionnant avec un drôle de carburant. Peugeot délaissa sa Serpollet fumante pour pactiser avec Daimler. Tous ensembles les Daimler, Peugeot, Panhard & Levassor s’amusèrent à peaufiner une drôle de création : l’automobile.

 

Et puis les vacances, c’est parfois l’occasion de revenir sur ses terres natales. Autun, dans le Morvan. Augustodunum, capitale de la Gaulle avec ses vestiges Romains, comme cette porte d’Arroux sous laquelle j’ai eu le privilège de passer voici plus de vingt ans au volant du concept-car Citroën Xanae (1995). Époque bénie où un constructeur n’hésitait pas à descendre en camion le prototype de salon pour réaliser un reportage complet pour l’auto-journal. Chiche, on remet ça avec le prochain concept Citroën ?
Les vacances restent intimement liées à l’automobile… Alors, bonne route à vous tous !