L’ARCHIVE DU MOMENT

QUAND RENAULT INVENTAIT LA PANDA AVANT GIUGIARO !

ENGLISH AT THE END OF THIS POST

En 1975, le tout récent patron du style Renault – Robert Opron qui était jusqu’alors patron du style… Citroën – s’est plongé avec délectation dans un programme d’envergure de la Régie : le VBG, pour Véhicule Bas de Gamme. Chez Renault, on considère que la R5 née en 1972, n’a pas le modernisme d’une citadine des années 1980. Reposant sur la plateforme de la vieillissante Renault 4, on ne lui prédit pas vraiment l’avenir qu’elle aura finalement. Il lui faut de l’aide…

Pour l’épauler “par le bas”, le programme VBG lance mille et une pistes révolutionnaires pour un véhicule plus compact : habitacle modulable, nouveau moteur trois cylindres, plateforme inédite, style osé… Bref, c’est à lui seul une caverne d’Ali Baba. Si l’on dit qu’abondance de bien ne nuit pas, chez Renault, c’est tout l’inverse qui se passera puisque ce sympathique projet moderne et avant-gardiste n’aboutira pas. En tous cas, pas dans sa forme du milieu des années 1970…

En 1975 donc, le 23 juillet pour être tout à fait précis, Robert Opron se retrouve en concurrence avec celui qui dirigeait avant lui le style Renault : Gaston Juchet. Ce jour-là, deux maquettes sont présentées à la direction. Celle d’Opron surprend. Tout le bas de caisse est en matériaux composites supportant les petits chocs. Le panneau arrière est flanqué d’une vitre verticale offrant un aspect très géométrique du côté de caisse.

Le plan de forme est très avancé comme on peut le voir en exclusivité ci-dessus. Les dimensions sont restreintes si on les compare à celles de la Renault 5 : avec ses 3,14 m, la R2 est bien loin des 3,52 m de la R5 ! C’est évidemment pour cette raison que la presse commence à évoquer la “future Renault 2”, même si cette maquette de Robert Opron n’a jamais passé le cap du prototype roulant.

L’arrière (ci-dessus) est légèrement incliné et le hayon n’est pas en tôle. La vitre fait office de couvercle de malle comme sur la Citroën AX qui arrivera 10 ans plus tard ou encore les actuelles 108/C1/Aygo… La structure de caisse semble être un assemblage d’un soubassement composite recevant la partie habitacle. Un énorme coup de gouge ceinture l’ensemble de la voiture. Robert Opron a retenu les poignées de portières minimalistes de la R5 mais avec une encoche là-encore très géométrique.

Robert Opron (photographié ci-dessus par Automobiles classiques lorsqu’il réalisait une copie d’une maquette de son concept-car Simca Fulgur) a quitté le style Citroën en 1974 alors qu’au sein même du bureau d’études de Vélizy, les programmes de mini-Citroën faisaient partie des réflexions du constructeur. 

Ci-dessous, on comprend le langage formel des flancs de la R2 : si l’ensemble est très géométrique, les flancs sont quant à eux galbés selon un rayon d’1,60 m.

Les feux arrière verticaux sont inspirés du concept de ceux de la Renault 5 née trois ans auparavant et seront finalement retenus par… Marcello Gandini sur la Supercinq, dix ans plus tard. Si le dessin ci-dessus ne le laisse pas forcément paraître, la photo de la maquette est criante de vérité : on croirait, voir une Supercinq de 1984 !

Renault cherche donc un concept pour sa mini-citadine capable de prêter main-forte à la R5. Les innovations stylistiques autant que techniques fusent de partout ! Un nouveau rendez-vous est donné au designer pour 1976, avec des maquettes encore plus abouties…

Et pendant ce temps-là, Giugiaro n’a pas encore dessiné la Panda !
Alors que les deux premières maquettes du projet VBG (Véhicule bas de gamme) ont été réalisées à l’échelle 1 selon les propositions de Robert Opron et de Gaston Juchet, de l’autre côté des Alpes, Giorgetto Giugiaro (ci-dessous) a allumé la mèche de sa fulgurante réussite en dessinant la VW Golf, dévoilée en 1974. Une réussite qui surprend l’intéressé. 1974 : c’est tout juste un an avant le projet de Renault 2.

Il est alors au travail sur plusieurs projets pour VW et Alfa Romeo lorsque Fiat le contacte en urgence pour concevoir une petite Fiat “à l’esprit… Renault 4” me confiera-t-il lors d’un entretien mémorable. C’est au mois de juillet 1976, un an tout juste après la maquette de Robert Opron, qu’il se lance dans le dessin de la petite Fiat. C’était pendant ses congés. En moins de trois mois, la Panda nait d’un trait de génie. Nous sommes à la rentrée 1976, et malgré les changements à la tête de Fiat, la Panda de Giugiaro est poussée jusqu’à l’industrialisation avec le succès que l’on sait.

Sans avoir eu connaissance du projet de Robert Opron, Giorgetto Giugiaro va pourtant concevoir une voiture sur le même concept. C’est une voiture de ville, plutôt compacte avec ses 3,24 m. C’est quand même 10 cm de plus que la mini Renault 2 ! Son empattement est plus généreux que celui de la R2 avec une longueur de 2,15 m contre 2,07 m à la Renault. Mais son esprit “command-car” n’est pas très éloigné de celui de la R2 aux bas de caisse indéformables.

Cette comparaison des profils et dimensions des deux petites Renault et Fiat permet de mieux comprendre que Robert Opron et Giorgetto Giugiaro travaillaient sur un concept semblable tout en apportant des solutions radicalement différentes. Et pourtant, les deux produits ont du génie ! La Panda de Giugiaro est certes moins conceptuelle que la Renault d’Opron, mais on se l’approprie plus aisément car rien ne choque dans son dessin.

Techniquement, la petite R2 de Robert Opron repose sur un soubassement inédit avec un petit moteur essence à trois cylindres et des trains roulants spécifiques. Le porte-à-faux avant (ci-dessus) est de seulement 53 cm, soit un tout petit centimètre de moins que celui de la future Panda de 1980. L’originalité de la R2 de Robert Opron, outre son bas de caisse composite, vient de la forme de la vitre du panneau latéral. Elle a la forme d’un hublot vertical mais elle suit le galbe du côté de caisse.

Alors que Giugiaro remet son projet de Panda à Fiat à l’automne 1976, Robert Opron va réaliser une deuxième maquette de R2 (voir plus bas) avec toujours autant d’innovation. Et certainement toujours autant de doutes du côté de la direction générale de la Régie de l’époque…
La Panda quant à elle sera commercialisée en 1980. Mais de Renault 2, point. Le programme VBG en ce début des années 1980 est parti dans toutes les directions, du renouvellement de la R4 plus généreux en taille que la R2 à une mini-citadine qui deviendra après de longues pérégrinations, la Twingo. 12 ans après la Panda !

La Fiat, bien plus simple que la R2 très cérébrale, a connu un franc succès. Qu’en aurait-il été de la Renault si elle avait plongé immédiatement dans une industrialisation capable de la mettre sur le marché un ou deux ans avant la Panda ? On ne le saura jamais…

BONUS : LES R2 D’OPRON

Ci-dessous, juillet 1975
C’est la fameuse maquette qui fait l’objet de ce ‘post’. Elle est ici dans une configuration “semi-pleine” avec une planche de bord représentée que dans sa partie supérieure. La calandre reçoit des ouvertures taillées dans la masse, annonçant le style de la Rodeo 5 de 1981 produite par Teilhol. Cette calandre n’était pas sans évoquer également celle d’une Jeep, procurant au style de la petite Renault d’Opron un caractère rassurant et une solidité à l’épreuve de la jungle urbaine pour laquelle elle était conçue !

Ci-dessous, octobre 1976
Le projet VBG (R2) perdure en 1976. Pour le choix du thème du style, trois maquettes sont proposées en octobre 1976 alors que de son côté, Giugiaro a finalisé la Panda…
Robert Opron reste force de proposition et sa maquette née un an après la R2 ci-dessus, va à nouveau se caractériser par une innovation au niveau du vitrage. Cette fois, ce n’est plus la vitre latérale arrière qui surprend par sa forme, mais la vitre conducteur en forme de cercle scindé en deux avec une partie ouvrante pivotant sur la partie fixe. C’est le concept modernisé et plus pratique des glaces coulissantes de la R4.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est LOGOArchives_BD-1024x367.jpg.

ENGLISH VERSION :

WHEN RENAULT INVENTED THE PANDA BEFORE GIUGIARO!

In 1975, the very recent boss of the Renault style – Robert Opron, who was until then boss of the Renault style… Citroën – plunged with delight into a major programme of the Régie: the VBG, for “Véhicule Bas de Gamme”. At Renault, the R5, born in 1972, is not considered to have the modernism of a city car of the 1980s. Based on the platform of the aging Renault 4, it is not really predicted what its future will be. She needs help…

To support it “from the bottom”, the VBG program launches a thousand and one revolutionary tracks for a more compact vehicle: modular interior, new three-cylinder engine, new platform, daring style? In short, it’s a cavern of Ali Baba’s alone. While it is said that an abundance of good doesn’t harm, at Renault, the opposite is true, as this nice modern and avant-garde project will not succeed. In any case, not in its mid-1970s form…

So in 1975, on July 23rd to be precise, Robert Opron found himself in competition with the man who had directed the Renault style before him: Gaston Juchet. That day, two models were presented to the management. Opron’s one is surprising. The entire lower body is made of composite materials that can withstand small shocks. The rear panel is flanked by a vertical window offering a very geometrical aspect on the body side.

The design is very advanced as can be seen exclusively above. The dimensions are small compared to those of the Renault 5: with its 3.14 m, the R2 is a long way from the 3.52 m of the R5! This is obviously why the press is starting to talk about the “future Renault 2“, even if this model by Robert Opron never made it past the rolling prototype stage.

The rear (above) is slightly sloping and the tailgate is not made of sheet metal. The window is used as a trunk lid as on the Citroën AX which will arrive 10 years later or the current 108/C1/Aygo… The body structure seems to be an assembly of a composite underframe receiving the passenger compartment. The body structure seems to be an assembly of a composite underframe receiving the passenger compartment part. A huge gouge gouges the whole car. Robert Opron has retained the minimalist door handles of the R5 but with a very geometrical notch.

Robert Opron (pictured above by Automobiles classiques when he was making a copy of a model of his concept car Simca Fulgur) left Citroën’s style in 1974 when, at the very heart of Vélizy’s design office, mini-Citroën programs were part of the manufacturer’s thinking.

Below, we understand the formal language of the flanks of the R2: if the whole is very geometrical, the flanks are curved with a radius of 1.60m.

The vertical taillights were inspired by the concept of those on the Renault 5 born three years earlier and were eventually adopted by the Renault Group…. Marcello Gandini on the Supercinq ten years later. Although the above drawing does not necessarily show it, the photo of the model is strikingly true: it looks like a 1984 Supercinq!

Renault is therefore looking for a concept for its mini-city car capable of lending a helping hand to the R5. Styling and technical innovations are everywhere! A new appointment is given to the designer for 1976, with even more accomplished models …

And meanwhile, Giugiaro hasn’t drawn the Panda yet!
While the first two models of the VBG project (Véhicule bas de gamme) were made to scale 1 according to the proposals of Robert Opron and Gaston Juchet, on the other side of the Alps, Giorgetto Giugiaro (below) lit the fuse for his dazzling success by designing the VW Golf, unveiled in 1974. A success that surprised him. 1974: just one year before the Renault 2 project.

He was then working on several projects for VW and Alfa Romeo when Fiat contacted him urgently to design a small Fiat “in mind”… Renault 4” he confided to me in a memorable interview. It was in July 1976, just one year after Robert Opron’s model, that he began designing the little Fiat. It was during his holidays. In less than three months, the Panda was born with a stroke of genius. It was the start of the 1976 season, and despite the changes at the head of Fiat, Giugiaro’s Panda was pushed to the point of industrialization with the success that we know.

Without having been aware of Robert Opron’s project, Giorgetto Giugiaro was nevertheless going to design a car based on the same concept. It is a city car, rather compact with its 3.24 m. It’s still 10 cm longer than the mini Renault 2! Its wheelbase is more generous than that of the R2 with a length of 2.15 m compared to 2.07 m for the Renault. But its “command-car” spirit is not very far from that of the R2 with its undeformable rocker panels.

This comparison of the profiles and dimensions of the two small Renault and Fiat cars makes it easier to understand that Robert Opron and Giorgetto Giugiaro were working on a similar concept while providing radically different solutions. And yet both products have genius! Giugiaro’s Panda is certainly less conceptual than Opron’s Renault, but it’s easier to get to grips with because there’s nothing shocking about its design.

Technically, Robert Opron’s little R2 is based on a new undercarriage with a small three-cylinder petrol engine and special undercarriages. The front overhang (above) is only 53 cm, a tiny centimetre less than that of the future Panda of 1980. The originality of Robert Opron’s R2, apart from its composite underbody, comes from the shape of the side panel glass. It has the shape of a vertical porthole but it follows the curvature of the body side.

While Giugiaro handed over his Panda project to Fiat in the autumn of 1976, Robert Opron was to produce a second model of R2 (see below) with as much innovation as ever. And certainly still as many doubts on the side of the general management of the Régie at the time …
The Panda will be marketed in 1980. But of Renault 2, period. The VBG program at the beginning of the 1980’s went in all directions, from the renewal of the R4 which was more generous in size than the R2 to a mini-city car which would become, after long peregrinations, the Twingo. 12 years after the Panda!

The Fiat, much simpler than the very cerebral R2, has been a great success. What would have happened to the Renault if it had immediately plunged into an industrialization process capable of putting it on the market one or two years before the Panda? We will never know…

BONUS: THE R2 OF OPRON

Below, July 1975
This is the famous model that is the subject of this post. It is here in a “semi-full” configuration with a dashboard represented only in its upper part. The front grill is fitted with openings cut into the mass, announcing the style of the 1981 Rodeo 5 produced by Teilhol. This grille also evoked the style of a Jeep, giving the style of the little Opron Renault a reassuring character and the solidity to stand up to the urban jungle for which it was designed!

Below, October 1976
The VBG (R2) project continued in 1976. For the choice of the theme of the style, three models are proposed in October 1976 while Giugiaro finalized the Panda…
Robert Opron remains force of proposal and his model born one year after the R2 above, will again be characterized by an innovation at the level of the glazing. This time, it is no longer the rear side window that surprises with its shape, but the driver’s window in the shape of a circle split in two with an opening part pivoting on the fixed part. This is the modernised and more practical concept of the R4’s sliding windows.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est LOGOArchives_BD-1024x367.jpg.