LE CENTENAIRE CITROËN

Chaque semaine, découvrez un pan de l’histoire Citroën à l’occasion de la célébration de son centenaire : 1919 – 2019.
ATTENTION, ces sujets seront éphémères (et surtout pas chronologiques !) et seront remplacés chaque semaine par le nouveau venu.
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1:9-LE CENTENAIRE CITROËN VU PAR LIGNES

9_17-LE CENTENAIRE CITROËN VU PAR LIGNES

 

EPISODE 19 : Robert Opron, le successeur…

Peu connu du grand public et pourtant l’une des stars du style automobile des années 1960 et 1970, Robert Opron est pour beaucoup le papa de la SM qui fêtera ses 50 ans l’année prochaine. Limiter son aura à cette seule déesse du Grand Tourisme serait rédiger un raccourci inacceptable pour décrire le talent de cet homme. Opron, c’est d’abord une arrivée au sein du centre de design Simca à la fin des années 1950. C’est alors le seul bureau de style fonctionnant avec une rigueur importée des États-Unis et qui sera copiée par bien d’autres constructeurs par la suite. Il acquiert ici ses premiers galons de styliste automobile et signe notamment le concept-car Simca Fulgur ci-dessous.

C’est ensuite une embauche étonnante de la part de Citroën, en 1962, comme il le raconte : « Je suis allé chez Citroën après avoir lu une petite annonce libellée avec une sorte de mystère cher à la maison. Elle disait ceci à quelques mots près : important groupe industriel recherche créateur de formes ayant démontré ses aptitudes à la création. Écrire au journal qui transmettra. Évidemment j’ai écrit avec quelques copains et on s’est tous retrouvés au quai André Citroën. C’était une fin de matinée, je m’en souviens très bien, nous avons présenté nos dossiers et le chef du personnel tenait à ce que je voie Flaminio Bertoni (ci-dessous) le jour même. Il était à la Ferté Vidame et j’ai donc eu un rendez-vous pour le milieu d’après-midi. Je me suis présenté un peu en avance au gardien de la rue du Théâtre. C’était un environnement noir et crasseux, il y avait un petit gourbi derrière, un local avec une petite table bancale et deux chaises… C’est la vérité ! On m’a demandé d’attendre là… »

Ces longues minutes d’attente, Robert Opron ne le sait pas encore, mais elles vont changer sa vie. Vers 16 heures, une voiture arrive et Robert Opron en voit sortir un type trempé de sueur, en short (!) c’était Bertoni. « Il m’a demandé ce que je venais faire ici. Je lui ai expliqué que j’avais répondu à une annonce et heureusement, il semblait au courant. Il m’a demandé ce que je savais faire. Alors j’ai ouvert mon dossier avec les dessins. Il les a regardés avec sa canne et m’a dit qu’ils ne valaient rien du tout. Il a alors donné un violent coup de canne sur le dossier et tous les dessins se sont éparpillés au sol ! Je n’étais pas du tout d’accord avec ces manières et je le lui ai dit. Il s’est mis à ramasser mes dessins et en souriant, il m’a dit que je l’intéressais ! Mais je n’ai pas hésité à lui répondre que lui ne l’intéressait pas et je suis parti ! » Quelques semaines plus tard, dans sa boîte à lettres, Robert Opron reçoit un contrat de travail et une lettre d’embauche avec effet immédiat ! Flaminio Bertoni l’avait adoubé !

A la mort de Bertoni en 1964, Robert Opron prend sa succession à la tête du style Citroën. Bien défendu par Pierre Bercot, le grand patron d’alors, Robert Opron impose son break Ami 6, l’Ami 8 mais aussi et surtout les GS, SM (ci-dessus) et CX (ci-dessous), cette dernière restant à jamais la dernière Citroën née et conçue… chez Citroën avant la création du groupe PSA.

Opron se dirige ensuite vers Renault où il prend en charge le style et va bouleverser l’organisation de ce service. Au sein de l’ex-Régie Renault, Opron va pousser ses équipes à enfanter des jalons du style automobile, comme l’Espace en 1984, la Renault 25 ou encore le coupé Fuego si caractéristique. Chez Renault, il s’appuiera également sur la collaboration de Marcello Gandini, auteur de la Supercinq de 1984 (ci-dessous avec Gaston Juchet et Robert Opron) ou encore Giorgetto Giugiaro qui dessinera la Renault 19.

Hélas, les projets de Robert Opron d’implanter un centre de style Renault aux États-Unis, alors que Renault détient encore AMC American Motors corporation, n’aboutissent pas. Robert Opron quitte alors Renault pour Fiat puis il implante son propre bureau de design et collabore notamment avec Ligier avant une retraite méritée dans une maison qu’il a dessinée lui-même à Verrière-le-Buisson…

 

 

 

 

EPISODE 18 : Trevor Fiore, le designer météorite

A la fin de l’année 1974, alors que l’actualité Citroën tourne autour de la nouvelle CX récemment présentée au salon de l’automobile de Paris, en interne, on n’imagine pas encore le séisme que le départ du chef du style Robert Opron va créer. Ou plutôt, on feint de l’ignorer. Bref, le style d’une des marques les plus audacieuses au monde se retrouve sans patron, sans ligne directrice et la direction de l’époque ne semble pas trop s’en soucier…

Jean Giret, le fidèle de Robert Opron tentera avec une abnégation de tous les instants de reprendre les commandes sans en avoir le statut. Il proposera avec les équipes du style de nombreux projets dont certains auraient sans doute fait les beaux jours de la marque. Mais il faudra attendre cinq ans, entre 1975 et le départ d’Opron et 1980 avec l’arrivée de Trevor Fiore (ci-dessous) pour que le style Citroën soit enfin dirigé par un patron.

Consultant à temps partiel depuis l’année précédente, Trevor Fiore est officiellement nommé responsable du Style Citroën le 1juillet 1980. Immédiatement, l’homme plutôt discret se met à l’ouvrage pour enfanter deux concept-cars : le premier est la Karin présentée dans ce sujet, l’autre sera la Xenia qui permettra aux designers… du style intérieur de se mettre en avant ! A l’occasion du salon de Paris, alors que la Karin est présentée, Trevor Fiore répond à quelques questions concernant sa création pyramidale dont l’intérieur est dû à l’équipe de Michel Harmand et notamment au styliste Moreau.

« Je crois que l’avenir de l’automobile est dans l’innovation. Ce projet est une excursion dans le futur. C’est un exercice loin des clichés traditionnels, une sculpture comme il nous arrive d’en faire, à blanc en quelque sorte. C’est une démarche qui est aussi une méthode de recherche. Il y a dans Karin des idées applicables à la voiture de série. Je ne dis pas que, dans un proche avenir, vous verrez circuler une voiture de ce type, mais cet exercice a fait prendre conscience à mon équipe qu’il lui était possible de dépasser le stade du court terme. » On peut surtout penser qu’à l’époque, alors que la Citroën BX est gelée et intégralement conçue par le studio de design italien Bertone, les riches idées de l’équipe interne peuvent enfin exploser. Même si ce n’est que dans un concept-car.

J’écris « dans », car c’est bien à bord de la Karin que se manifestent les recherches de planche de bord ultra-ergonomique pensée par l’équipe de Michel Harmand. Trevor Fiore avait ses mots très simples pour évoquer le design intérieur : « il y a des maisons qui sont esthétiquement très belles à l’extérieur et décevantes à l’intérieur. C’est la même chose pour la voiture, si elle est belle à l’extérieur, il faut qu’elle soit belle à l’intérieur, pour que les passagers et le conducteur en soient fiers et qu’ils s’y sentent à l’aise. » Trevor Fiore ne restera que deux ans à la tête du design Citroën, remplacé en 1982 par Carl Olsen. Il prit quelques mois la direction d’un centre de style avancé que le constructeur avait implanté à Sophia Antipolis, tout près de Nice.

Le dossier de presse de la Karin présentait ainsi Trevor Fiore en 1980 : « Trevor Fiore est né en Angleterre en 1937 de mère française et de père britannique d’origine italienne. A la fin de ses études, il vient travailler en France avec Raymond Loewy. Il découvre alors la réalité de l’esthétique industrielle. Il entame une longue collaboration avec des carrossiers italiens, dessine la TVR Trident, l’Elva BMW, la Monteverdi Hai et travaille aussi pour Daf, Aston Martin, AC Bristol et de Tomaso. »

Ci-dessous, une des premières esquisses de la Karin.