INTERVIEW : Xavier Peugeot, directeur du produit Citroën

Nommé directeur du produit Citroën en 2014, Xavier Peugeot a vécu la “renaissance” de la marque française, après que cette dernière a perdu sa “ligne DS”, une branche fleurie et profitable qui s’est transformée en marque à part entière cette année-là. Porter le nom de Peugeot lorsqu’on est à la tête du produit Citroën, voilà qui, en 1976, aurait été inconcevable. La passion de cet homme pour la marque est pourtant bien palpable et c’est rue Linois, lors de ce WE un peu particulier où Citroën a offert un musée à ciel ouvert (http://lignesauto.fr/?p=10741) que nous l’avons brièvement rencontré.

LIGNES/auto : 2040 doit théoriquement signer la mort des moteurs thermiques. Serez-vous prêts ou est-ce une décision totalement ubuesque ?
Xavier Peugeot : “Je vais d’abord répondre que c’est une question qui concerne l’ensemble du groupe PSA. Nous allons procéder par étapes. Ce qui est évident et la première chose que nous avons vue, c’est que les objectifs de CO2ont été sévérisés (*) et qu’il existe d’autres échéances qui se trouvent bien avant celle que vous avez mentionnée et qui sont déjà de jolis challenges ! Carlos Tavares nous a donné une mission, c’est de faire en sorte que le groupe PSA n’ait pas de pénalités financières par rapport à ses échéances. Nous sommes en train de nous organiser pour cela et nous sommes en ligne avec nos objectifs.”


Le C5 Aircross adoptera une chaine de traction hybride rechargeable et sera commercialisé l’an prochain. Il sera accompagné d’un inédit véhicule 100% électrique.

Concrètement, ça se passe comment ?
X.P. : “Ca passe par l’électrification de 100 % de notre gamme à l’horizon 2025. Nous y serons avec dès l’année prochaine un nouveau modèle 100% électrique et un modèle plug-in hybride.”


Présenté en 2016, voici plus de deux ans maintenant, le concept-car CXperience annonce le thème esthétique de la future grande berline Citroën.

La marque DS présentera sa grande berline en fin d’année, avant la grande berline de Citroën… Êtes-vous chagriné ou au contraire serein ?
X.P. : ” Je vais vous dire une chose : je suis extrêmement serein ! Depuis 5 ans nous déployons une feuille de route que nous avons annoncée et nous faisons ce qui a été annoncé. C’est vrai qu’il y a eu quelques inquiétudes lors de la création de la marque DS en 2014 parce qu’on s’est dit, finalement, que va devenir Citroën dans ce contexte. Mais cette décision de Carlos Tavares de faire de DS une marque à part entière a été une opportunité pour Citroën de se replonger dans son ADN, de redéfinir une feuille de route et de redéfinir une cohérence dans son histoire. Nous avons l’ambition d’être un constructeur du cœur de marché avec des ambitions de plus en plus internationales. Cette ambition est donc d’offrir des voitures de différentes tailles qui correspondent aux attentes des clients, et il n’y a aucune difficulté ou ambiguïté à être un constructeur de grande diffusion qui propose une offre de grande berline à côté d’une marque comme la marque DS qui fera une proposition de cet ordre. Tout simplement parce que nous ne parlons au pas au même client, nous ne sommes pas dans les mêmes tranches de prix, nous n’offrons pas exactement les mêmes prestations.”

Une « voiture » classique de 3,40 m a-t-elle encore sa place dans le contexte actuel sachant que l’usine qui produit la C1 va devenir un site 100% Toyota…
X.P. “Tout d’abord nous continuons avec C1 qui fonctionne très bien. En parallèle, nous avons la fameuse ‘Core Model Strategy’ (**) avec un certain nombre de silhouettes développées en partenariat au sein du groupe et que nous déployons progressivement. C’est une opportunité pour nous sur le segment des petites citadines de se connecter à l’évolution des attentes clients.  Nous voyons qu’en termes de prix bas, de réponse de mobilité, de compacité électrique et de voitures urbaines, il y a encore beaucoup de choses à faire. C’est dans nos réflexions actuelles. Et le fait que nous ayons présenté un concept-car comme Ami One, qui reste un objet unique et qui le restera, n’est pas un hasard. Ca prouve bien que nous sommes au cœur de ces réflexions et que nous continuerons à proposer d’une façon ou d’une autre, une réponse urbaine en ligne avec ses nouvelles attentes. Laissez-nous un peu de temps !”

Le client de demain ne veut plus posséder sa voiture, mais viser plutôt toutes sortes de locations ?
X.P. : “Absolument, mais pas seulement. Le client attend une voiture compacte, électrique. Mais il veut aussi des réponses intelligentes, une palette de solutions, des prix compétitifs… Finalement des réponses pas si lointaines de celles qu’offre l’Ami One (ci-dessus).”

Un modèle iconique va célébrer ses 50 ans l’an prochain, la SM. Qui de Citroën ou de DS va se charger de commémorer ce cinquantenaire ?
X.P. : “Nous ne faisons pas de révisionnisme ! Autant aujourd’hui il y a deux marques distinctes (Citroën et DS), autant avant 2014 il y a qu’une seule histoire, commune. Nous n’allons pas réécrire cette histoire sous prétexte que nous avons donné deux orientations différentes aux marques. Notre relation avec les clubs et les passionnés est transparente, ce n’est pas une insulte si l’une ou l’autre, voire les deux marques, célèbrent le cinquantenaire de la SM. Franchement, en termes d’icone, la SM en est vraiment une !”

J’entendais par-là, réaliser un concept-car ‘hommage’, pourquoi pas comme e-Legend vis-à-vis du coupé 504 ?
X.P. : “Un concept-car centré sur la SM ? Non, je pense qu’il faut se réinterpréter. 19_19 prépare l’avenir à notre façon. Pas de concept-car, mais marquer l’anniversaire des 50 ans de la SM, oui !”


Le coupé 504 a eu droit aux honneurs d’un concept-car en 2018. Ce ne sera pas le cas de la Citroën SM…

Pierre Leclercq a succédé à Alexandre Malval à la tête du design Citroën. Qu’est-ce qui va changer avec son arrivée ?
X.P. : “Nous avons fait un excellent travail avec Alexandre Malval et j’en profite ici pour lui rendre hommage car c’est un très grand talent qui a apporté beaucoup pendant de nombreuses années et notamment à un moment charnière. Je m’en réjouis et je le salue. L’arrivée de Pierre Leclercq (ci-dessous) fait partie de la vie d’une entreprise, où il y a des renouvellements logiques des hommes et des femmes. Pierre va nous apporter son expérience internationale, sa connaissance d’autres marques. Il est en train de s’immerger dans l’ADN Citroën et nous apportera un renouvellement dont je me réjouis par avance, car là aussi notre collaboration a bien démarré.”

(*) A partir de 2020, les émissions de CO2 des véhicules neufs immatriculés dans l’Union Européenne ne devront pas dépasser une moyenne de 95 g/km de CO2 par voiture, contre 117 g en Chine par exemple. La pénalité sera de 95 € par gramme de dépassement et par véhicule vendu. Ces pénalités pour PSA seraient fortement impactées par ses ventes majoritairement européennes, avec 3,1 millions de véhicules vendus en 2018 en Europe pour un total mondial de 3,9 millions.

(**) “Core Model Strategy”  conduira d’ici 2023 à avoir 80% de la gamme Citroën disposant d’une offre électrifiée, puis 100% en 2025. En janvier dernier, le groupe PSA annonçait notamment un plan produit global avec 34 véhicules construits sur 2 seuls types de plateformes permettant 1 lancement annuel par marque et par région, soit 121 lancements entre 2016 et 2021.

LIGNES/auto, c’est aussi une page Facebook https://www.facebook.com/lignesauto/?modal=admin_todo_tour où vous découvrirez aujourd’hui un étonnant break Citroën C3 !

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