Patrick le Quément parle de la future R5 électrique

Patrick le Quément a quitté la direction du Design Industriel de Renault le 4 novembre 2009, après 22 ans chez le constructeur français. Aujourd’hui toujours au fait de l’actualité automobile, il œuvre, entre autre, au dessin de bateaux pour plusieurs constructeurs. Infatigable, à plus de 75 ans, il reste actif et a bien voulu commenter la renaissance de la R5 pour nous.

Concernant le rétro-design, Patrick le Quément rappelle “qu’il a débuté avec la fameuse Beetle Concept-1 (ci-dessous) de J.Mays, il y a 27 ans, lors du salon de Detroit en 1994.” Le Quément n’a jamais été reconnu comme un grand fan du rétro-design. “C’est vrai que ma tendance a toujours été de regarder vers l’avant.”

“Après mon départ, lorsque le design Renault a travaillé sur la Twingo III avec Daimler, il y a eu cette tentation de faire un rapprochement avec la R5, et plus précisément la version sportive Turbo (ci-dessous). Il y a eu des projets intéressants mais le management de l’époque a choisi de prendre un peu recul par rapport aux signes trop identifiants de la R5, comme les phares notamment.”

Ce rétro-design, Le Quément n’a jamais voulu en entendre parler lorsqu’il était aux commandes de Renault Design Industriel, à l’exception du concept-car Fifitie (lire ici : FIFTIE). Mais “même si je ne vais pas dire que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, dans le contexte actuel, la R5 Prototype dévoilée à l’occasion de Renaulution est une bonne opération.”

“On voit bien que la marque s’était un peu égarée et on arrivait difficilement à capter ce qu’était Renault. Luca de Meo a été clair en exprimant sa volonté de revenir vers des produits forts, qui se remarquent. Ici, avec le concept R5, on fait face à la première des voitures de l’ère de Meo. On ne sait pas encore quelle plateforme sera retenue mais cette information est capitale, car ça peut avoir une grande influence sur les proportions. La Twingo actuelle par exemple a des proportions dictées par la Smart, un package qui correspond bien à ce que Mercedes désirait.”

“Sur cette R5 Prototype, il existe plein de signes rappelant la voiture d’origine, comme la ceinture de caisse avec le montant arrière. C’est très bien dessiné avec le pavillon séparé, comme sur une Mini. Il y a les phares et les feux arrière caractéristiques et aussi pas mal d’appels du pied côté graphisme vers Vasarely. On retrouve ce côté “Op’Art” avec le nouveau losange présent sur la R5″ (ci-dessous)

A gauche, le logo de 1972, l’année de la R5

“La voiture est sympathique, elle exprime une évolution forte dans le langage du style style Renault. Le design est assez marqué avec des carres franches. Les designers ont bien réinterprété la R5, mais plutôt celle de Gandini, la Supercinq de 1984 avec son côté de caisse très simple, avec de belles sections, sans animation. Tout se passe alors à l’avant et à l’arrière où l’on retrouve vraiment la R5.”

“Je dirais quand même que ce concept-car est un peu trop bavard. Il génère trop de messages. Je reste un adepte de la maxime de Battista Pinin Farina qui disait “simplifiiez, simplifiez, et quand vous pensez avoir terminé, enlevez encore une ligne !

“Je suis moins fan de certains détails, mais globalement l’exercice est réussi,. Évidemment, c’est compliqué pour un designer de parler du travail d’un autre designer, car il ne l’aurait pas fait exactement comme ça… Néanmoins je dis bravo, car c’est une voiture qui va faire parler de Renault et les designers ont su lui ajouter une âme, du ressenti. La voiture dégage de l’émotion, ce qui n’est pas toujours les cas avec les autres voitures de la gamme.”

“La R5 Prototype n’a pas le gabarit de l’originale, elle est plutôt grosse mais pas plus qu’une MINI de BMW par rapport à la Mini originelle ! Pour se rapprocher de la R5, on aurait aimé que la voiture soit moins imposante car l’essentiel de la R5 de 1972, c’est qu’elle était une parfaite citadine. Ici, l’objectif a été de reprendre l’expression de la R5, pas son format.”

Concernant les annonces faites pour la marque Alpine qui devient 100% électrique et qui donnera naissance à une remplaçante de la Berlinette par un coupé conçu en commun avec Lotus, Patrick le Quément se souvient très bien de la Berlinette Z11 qui faillit être industrialisée en 2001, voici 20 ans (ci-dessous) en partenariat, déjà, avec Lotus !

“A l’époque, Lotus avait aussi sa part de responsabilité dans l’abandon du projet. On n’était pas arrivé à finaliser un contrat satisfaisant. Clairement, Lotus a toujours des compétences pour concevoir des produits ingénieux dans le contexte de la bataille du poids. Cette association me paraît donc naturelle, dans l’esprit Alpine et Lotus qui restent très proches. Ça ne me choque pas.”

La remplaçante de l’A110 sera 100% électrique

Alpine qui se dirige vers une véritable gamme 100% électrique avec une berline compacte, un crossover et une remplaçante de la Berlinette. Le Quément nous dit que “c’est un peu la revanche de cette marque sur Renault, après avoir été sacrifiée pendant trop longtemps aux côtés d’une montée en puissance de Renault Sport et Renault F1. Alpine est une belle marque. Le retour de l’A110 a été réussi, j’espère que la suite sera au même niveau d’excellence car j’ai un peu peur de la tentation qui peut y avoir de continuer avec le badge Alpine, mais en s’égarant des fondamentaux associés à la marque.”

Le concept-car A110-50, le plus emblématique, géré par Axel Breun.

Et sur le thème de la ruée vers le 100 % électrique, qu’en pense Patrick le Quément ? “Je fais confiance aux ingénieurs et designers pour enfin nous libérer de certaines contraintes qui sont associés aux moteurs thermiques. Je suis toujours surpris quand je vois des voitures 100% électriques arborant d’énormes calandres (ci-dessous, concept BMW iNext). Avec l’électrique, il y a un vrai potentiel pour dénicher de nouvelles architectures et de nouvelles expressions. C’est là où ça va se passer.”

“Mais pour le moment, le design automobile m’a l’air d’être un peu comme le hamster dans sa roue qui cavale, qui cavale, et ne va finalement pas très loin ! Le tout électrique va vraiment changer la donne. Et ça va libérer les designers même si certains, comme chez BMW, doivent se poser de sacrées questions !”

Luca de Meo refait chez Renault le coup de la Fiat 500 de 2007 !
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