Elle a 50 ans : destin et dessins majeurs de la Citroën CX

Au milieu des années 1960, deux programmes prennent corps au sein des bureaux d’études et de style Citroën. Deux projets qui concernent la DS. Le premier consiste à redonner du souffle à la berline de 1955, en peaufinant pour elle des motorisations modernes et puissantes. On songe également à un rafraîchissement esthétique qui, étonnamment, concerne plutôt l’arrière de la voiture, alors que c’est finalement la proue qui sera profondément modifiée en 1967, pour le millésime 1968, avec ses fameux phares tournants.

Dessin d’un restylage de la DS réalisé par Jacques Charreton et daté de 1965. C’est la poupe qui est modifiée et non la proue comme elle le sera au final. Voir le sujet complet sur ces DS inédites ici : https://lignesauto.fr/?p=17600

Le second à des ambitions plus lointaines et imagine ce que devra être la grande berline Citroën des années 1970-1980. C’est le projet « L ». Si Pierre Bercot laisse toute liberté aux créatifs emmenés par Robert Orpon, patron du style Citroën depuis 1964, la direction de la marque, avec Raymond Ravenel et Claude Alain Sarre en particulier, semble bien plus réservée.

C’est au moment de l’étude de la SM que le style s’est offert de nouveaux locaux à Vélizy. Le projet “L” de la future CX y est développé avec la technique du plâtre, très en vogue à l’époque.

Le « L » devrait être, d’après ces deux hommes, une sage berline trois volumes avec coffre, afin de capter une clientèle plus vaste que celle de la DS. Dès 1969, les premiers projets sont esquissés. Les fidèles d’Opron se comptent pratiquement sur les doigts d’une main. Il y a bien sûr Henri Dargent qui fut responsable du style sous les ordres de Bertoni en 1957. Jacques Charreton, Régis Gromik ainsi que Jean Giret, sculpteur aux mains d’or, complètent l’équipe avec Michel Harmand, l’homme de l’art.

Le styliste Henri Dargent travaille dès 1969 sur le projet “L” (CX) – un an avant l’arrivée des SM et GS – avec une silhouette tricorps et une vraie malle.

S’y ajoute pendant les congés (!) l’américain Henry de Ségur Lauve qui est un pigiste de luxe. Il le restera jusqu’à l’arrivée de Peugeot en 1974. Tous se mettent à l’œuvre et Robert Opron, pour qu’on lui fiche la paix en haut lieu, décide de satisfaire les deux camps en lançant simultanément un projet classique, et un autre avec l’ADN novateur de la marque. C’est une partie de ces premiers projets uniquement réalisés sous forme de dessin que nous vous proposons de redécouvrir aujourd’hui. Avec tout d’abord les visions d’une tri-corps classique, telle que l’imaginent Henri Dargent et Michel Harmand.

Michel Harmand tente de concilier les deux options voulues pour les débuts du programme de la CX : une tricorps et une bicorps, dans cette inédite silhouette au porte-à-faux avant démesuré.

Et dire que la CX aurait pu être cette classique et ancestrale berline ! Ce sont ensuite les recherches d’une berline bicorps capable de répondre à la fois aux désirs de classicisme de Raymond Ravenel autant qu’à la demande d’originalité venant de Pierre Bercot.

Ci-dessus et ci-dessous, deux des nombreux dessins du designer Henry de Ségur Lauve qui œuvrait pour le style Citroën à la demande du grand patron Bercot.

Ce sont surtout ces étranges silhouettes, un rien américaines, proposées par Henry de Ségur Lauve. A l’époque, il n’y a pas de service d’analyse de la clientèle ou de la concurrence. Robert Opron n’en a cure et travaille à l’instinct, même si ses GS (1970) et CX (1974) ressembleront beaucoup aux concepts Pininfarina BLMC de 1967 et 1968…

Un ouvrage sur le designer Henry de Ségur Lauve est disponible ici : https://citrovisie.nl/fr/products/desegurlauve

Henri Dargent de son côté propose quelques dessins de versions bicorps dont l’une, ci-dessous, commence à bâtir les fondamentaux de l’architecture stylistique de la future CX. Les deux esquisses datent du mois de mai 1970 et le styliste précise que le moteur est “positionné en travers”.

Au premier grand rendez-vous avec la direction de Citroën pour choisir le thème de style de la berline qui doit devenir la future DS, Robert Opron dévoile tout d’abord la maquette d’un modèle classique, fort bien équilibré, avec son couvercle de malle bien intégré et une stature un rien prétentieuse. Cette proposition plait à Ravenel. Pas à Bercot. Ce dernier est alors entraîné par Opron derrière un paravent où, sous une bâche, se cache la maquette d’une berline élégante, aérodynamique et… deux volumes.

Dans l’équipe réduite des stylistes autour de Robert Opron, il y avait Jean Giret : c’est l’homme qui traduisait par le volume les dessins du patron, comme ici avec l’une des maquettes du programme “L” exécutée à l’échelle 1/1.

La CX est alors très embryonnaire, mais elle séduit immédiatement le grand patron. Robert Opron est soulagé et amusé de sa feinte. Les travaux pour peaufiner le style de celle qui deviendra la CX quatre ans après, peuvent s’engager…

BONUS N° 1 : ET APRÈS ?

Comme toujours pour une Citroën, le design n’est qu’une partie de la révolution du produit. Pour la CX, l’hydraulique est toujours présente, mais la grande berline offre également une architecture avec un “faux” châssis sur lequel vient reposer la monocoque pour plus de confort et d’insonorisation.

Le salon de Paris 1974 est l’occasion de découvrir les deux versions de la CX : CX 2000 (1 985 cm3, carburateur, 102 ch) et 2200 (2 175 cm3 carburateur, 112 ch). Contrairement à ce qui était prévu lors de la genèse du projet “L”, le moteur Wankel à pistons rotatifs n’est pas au programme. Il était pourtant prévu en deux variantes : un birotor de 995 cm3 de 110 ch (celui de la GS Birotor) et un trirotor de 1.5 l de 160 ch.

Ci-dessus, les essais presse de la CX ont lieu en Laponie alors que dans le même temps, la cadence de production dans l’usine d’Aulnay-sous-Bois augmente : ce site industriel a été pensé et bâti pour la nouvelle reine de la route !

Ci-dessous, l’esprit de la CX va renaître au salon de Genève 1999 avec le concept-car C-Lignage dessiné par Marc Pinson. Ce dernier a été élevé par le maître Michel Harmand et le concept de la berline originelle est respecté. La C6 de série, étroitement dérivée de ce concept-car sera produite à partir de 2005.

La CX n’en finit décidément pas d’inspirer les designers de la marque. En 2016, le concept-car CXpérience (ci-dessous en bonne compagnie) est dévoilé au Mondial de l’Automobile à Paris. On doit son design à Grégory Blanchet et son habitacle à Jérémy Lebonnois.

BONUS N° 2 : QUAND LA CX ÉTAIT (PRESQUE) UNE RENAULT 30 !

En avril 1970, le styliste Jacques Charreton de l’équipe menée par Robert Opron propose ce dessin (ci-dessus) pour le projet “L” de la future CX. C’est un strict bicorps avec arrière plutôt ramassé et éloigné du profil effilé qui sera finalement retenu. Mais cette vue en élévation n’est pas sans évoquer un projet concurrent de chez Renault : le projet 120 étudié en 1968 comme on le devine avec le profil ci-dessous issu des archives de Gaston Juchet, alors patron du style Renault

Ce projet Renault 120 a dérivé vers le projet 127 et a donné naissance à la Renault 30 en 1975, l’année de la commercialisation de la Citroën CX. Il est mené pratiquement en même temps que la grande Citroën comme on peut le deviner avec la date de création du dessin de R30 ci-dessous : février 1971. Gaston Juchet, responsable du design Renault (il sera supervisé en 1975 par… Robert Opron qui quittera Citroën pour ne pas travailler avec les “Peugeot” suite à la naissance du groupe PSA) poursuivra les études du 127 et son projet sera finalement retenu.

Pour tout connaître de l’ère Gaston Juchet au style Renault, de 1960 à 1987, lisez le livre bilingue qui lui est consacré et qui a reçu le “Grand Prix du livre Historique 2023” : https://www.youtube.com/watch?v=y9veCCVXckE

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