La Citroën C5X rend hommage à Robert Opron, un an après sa disparition, en défiant la CX

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est LOGOActus_BD-1024x367.jpg.
Robert Opron au premier plan avec Gaston Juchet. Opron est arrivé chez Renault en 1975, juste après avoir dessiné la Citroën CX…

Robert Opron nous a quitté le 29 mars 2021. Ironie de l’histoire, ce douloureux anniversaire coïncide avec le lancement de la berline C5X, une Citroën qui reprend dans son appellation, deux lettres mythiques qui nous rapprochent de la dernière création de Robert Opron pour Citroën : la CX, présentée en 1974. Une occasion rêvée de comparer les deux grandes routières Citroën commercialisées à 48 ans d’intervalle : l’une au millénaire dernier, l’autre voici quelques jours…

Ci-dessous, on remarque qu’en près d’un demi-siècle, ces deux voitures ont toujours quatre roues, une lunette arrière inclinée, trois vitre latérales et le double-chevron tatoué sur leur corps et dans leur âme. Pour autant, leur trouver des points communs en matière de style est délicat. Vos enfants se ressemblent peut-être, mais à 48 ans, ils ne ressembleront plus beaucoup à leurs photos d’enfance. Essayons quand même cet exercice périlleux et sans prétention.

Les photos de la CX de ce reportage sont de la maison française de ventes aux enchères Artcurial https://www.artcurial.com/

En 2016, Citroën redonne l’espoir de voir apparaître une nouvelle routière avec le concept-car CXperience. Son designer Grégory Blanchet, aujourd’hui chez Mercedes, fait immédiatement référence à la CX de 1974.

Ci-dessous, au pare-brise assez vertical de la CX, la C5X oppose un montant “A” incliné mais une proue volumineuse, avec une face très verticale. Les homologations ont imposé cette architecture. Si le capot de l’une et l’autre descend jusqu’au logo plus généreux sur la C5X, le dessin de la façade est bien différent : composé d’un large soft-nose sur la dernière née, et dessinée avec seulement un pare-chocs, deux optiques et une petite calandre sur la CX. Ce ne sont plus de frêles baguettes qui protègent les flancs, comme sur la CX, mais de solide arches plastiques qui enveloppent les passages de roues sur la C5X.

Les plus observateurs remarqueront sur la CX que le pli du capot au dessus des optiques qui rejoint le pli de l’extrémité de la calandre, représentait déjà le “V” ouvert de la nouvelle signature lumineuse de la C5X !

Ci-dessus, le flan de la CX est “troussé” d’un seul mouvement, dans lequel la ligne de carre se scinde en deux éléments qui se séparent à mi chemin. La C5X, plus complexe, ne reprend pas le passage de roue caractéristique des Citroën des années 1970. Le capot presque plat de la CX fait opposition à un capot modelé sur la C5X. Les grandes roues avant de cette dernière remplissent les ailes bien plus que ne le font celles de la CX !

Ci-dessus, c’est le designer Frédéric Angibaud qui a conçu le design de la C5 X sous la responsabilité d’Alexandre Malval et finalisé le projet sous celle de Pierre Leclercq. La clay (argile synthétique) est utilisée ici, alors qu’à l’époque de l’étude de la CX (projet L), le matériau était du plâtre, voir ci-dessous dans l’atelier alors récemment créé au cœur du bureau d’études de Vélizy, après le déménagement de ce dernier de la rue du Théâtre à Paris à la fin des années 1960.

Ci-dessous, la “masse” de la carrosserie et le rapport tôle/vitrage a évolué entre les deux voitures. En revanche, le thème des trois glaces latérales est conservé. La sécurité fait déborder les feux de la C5X très largement sur les flancs. Pierre Leclercq explique aussi qu’ils permettent d’élargir visuellement la voiture vue d’arrière. L’empattement de la CX est plus long que celui de la C5X, alors que cette dernière est plus longue. Les proportions sont donc plus “Citroën” sur la CX de 1974 que sur la nouvelle C5 X…

Ci-dessus, ce tableau resitue toutes les descendantes de la C5X. Il n’y a eu que 7 berlines capables de coiffer la gamme Citroën depuis 1934, soit en 88 ans et donc, une voiture inédite tous les 12 ans et demi en moyenne… La C5X a la longueur d’une DS de 1955 mais son empattement est 34 cm moins grand. Étonnant au vu de l’habitabilité des deux grandes berlines… Depuis la XM avec ses enjoliveurs affleurant et sa ligne en coin, aucune grande Citroën n’a pu faire mieux en Cx (0,28) pas même la C5X malgré ses imposant aileron et becquet. Toutes les grandes Citroën ont existé en version break ou assimilé (Commerciale pour la Traction) sauf deux : la C6 qui n’a existé qu’en berline et la nouvelle C5X qui profite de son concept de « break dynamique » pour se contenter d’une seule silhouette.

Les trois optiques de la C5X sont déportées au maximum vers l’extérieur, toujours dans le but d’élargir visuellement la voiture. La protection qui les coiffe est de forme opposée à celle du phare de la CX.

Nous sommes impardonnables : nous avons oublié de demander à Pierre Leclercq si le décor sérigraphié sur la vitre de custode de la C5X (ci-dessous), rappelait volontairement les petites barrettes que l’on trouve sur le montant de custode arrière de la CX… Ne cassons pas nos rêves et restons sur l’idée que ça l’est !

Ci-dessous, Robert Opron et son bras droit Jean Giret ont dû se résoudre à abandonner des innovations comme celle du hayon arrière qu’Opron avait imaginé pour une phase 2. La C5X s’est bien évidemment dotée de ce hayon, ce qui ne fut pas le cas des C5 et C6. Remarquez sur le dessin l’annotation crayonnée pour acheter un… bidon d’huile Total GTS 20-50 ! En quoi roulait monsieur Opron à cette époque ? En SM ?

Ci-dessous, les poignées de portes de la C5X ne sont pas escamotables. Ces dernières sont réservées pour l’instant au pôle “premium”. Celles de la CX étaient graphiquement bien mieux travaillées, avec cet embouti rond qu’on retrouve aussi à bord, notamment pour loger les poignées de lève-vitre.

Ci-dessous, les deux planches de bord ont, faut-il le rappeler, près d’un demi-siècle d’écart. Pourtant (mais est-ce voulu ?) la volonté d’extérioriser les aérateurs latéraux est identique . Le volant de la CX est monobranche, celui de la C5X est à trois branches, dont l’une noir laqué à la base, fait plutôt penser à celle de la SM. Le design intérieur de la CX a été réalisé sous la responsabilité de Michel Harmand, dont Alexandre Malval (ex designer Citroën et auteur du thème du style de la C5X) fut l’élève. Michel Harmand dessina des médaillons de portières très “product design” et novateurs. Hélas, les matériaux en plastique à l’époque n’était pas très valorisant.

On doit aussi et surtout à Michel Harmand le dessin de le lunule qui regroupe toutes les commandes à portée de doigts et rassemble tous les voyants sous les yeux du conducteur. Ces commandes sont aujourd’hui regroupées autour de la colonne de direction ou directement sur le volant. En 48 ans, l’implantation des aérateurs, de la boite à gant, de la console ou encore du levier de vitesses (commande de la BVA sur la C5X) n’a pas réellement évoluée… La révolution des écrans a laissé de côté celle de l’architecture des tableaux de bord…

On a souvent comparé le style de la Citroën CX de 1974 avec celui de la GS de 1970. Deux berlines dessinées sur le même thème, proche de celui des prototypes de salon BMC et BLMC réalisés par Pininfarina en 1967 et 1968. Voici un autre point commun entre la C5X et la CX : la nouvelle grande berline de 2022, reprend le thème esthétique de sa petite sœur C4, comme on peut le deviner ci-dessus : même identité faciale, même thème pour le dessin des optiques principales, même volonté d’un vitrage à trois glaces latérales, même stature rehaussée et… des poignées de portes identiques !

RELISEZ NOTRE SUJET SUR L’EXPOSITION HOMMAGE A ROBERT OPRON A AMIENS ICI : http://lignesauto.fr/?p=23170

Qu’aurait donc pensé Robert Opron de la C5X ? Elle n’aurait sans doute trouvée grâce à ses yeux que par le fait qu’elle diffère des autres routières. Pour le reste, Robert Opron aimait la simplicité des volumes, juste soutenus par une ligne à peine appuyée sur les flancs. Quant à la lunette arrière concave (ci-dessous, dessin d’Opron), elle est absente sur la C5X, alors que Marc Pinson sur la C6 et même Alexandre Malval sur la C5, l’avaient réhabilitée.

Regardez notre vidéo inédite : “Citroën C5X : l’héritière” où il est question de la C5X et de ses aïeules Traction, DS, CX, XM, C5 et C6. C’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=vFtIk2mVdsc&t=24s

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est LOGOActus_BD-1024x367.jpg.