Archives. Le coupé Peugeot J20, le plus beau de Gérard Welter ?

Avec un stand Peugeot à Retromobile 2026 envahi de multiples GTI, dont le prochain opus e-208 GTI ci-dessous, le constructeur sochalien confirme vouloir réinvestir un territoire légitime et injustement abandonné. L’essence même de la dynamique et de la sportivité de la marque ne date pourtant pas de ces seules années GTI. Avec ses coupés et cabriolets du milieu des années 1950 aux années 1980, dont certains dotés de V6, Peugeot a naguère toujours répondu présent sur ce marché.

Aujourd’hui, en hommage à Gérard Welter, l’ancien patron du style de la marque disparu le 31 janvier 2018, voici huit ans, nous dévoilons les coulisses d’un coupé fabuleux qui n’a hélas pas vu le jour : le J20. Ce véhicule très élancé est considéré comme la silhouette dynamique et sportive du tentaculaire programme J de Peugeot. Ce dernier nait en 1969 avec la volonté de remplacer la 404. Il doit théoriquement déboucher sur la commercialisation de la silhouette berline J18 en 1974, le break J21 devait suivre dans la foulée.

La berline du programme J est à droite. Au fond, la maquette d’une potentielle 104 Coupé et entre les deux, la Peugeot 304.

Notre confrère Gilles Colboc, sans doute le mieux informé sur ce projet, en a rédigé l’histoire dans notre ouvrage « Concept-cars et prototypes d’études Peugeot » aux Éditions BJB. Nous détaillons aujourd’hui avec ces documents – dont certains inédits – le coupé J20 qui était à l’origine intégré dans ce gigantesque programme, et annoncé pour 1975. Le programme J fut finalement abandonné et remplacé par la 305 en 1977, basée non pas sur les plateformes inédites du projet J (traction et propulsion), mais plus sobrement sur celle de la 304, éprouvée et fiable.

Moment de calme sur la terrasse du studio de style Peugeot à la Garenne : bientôt la direction va venir jucher ces trois maquettes du coupé J20.

Gérard Welter, resté fidèle plus de 40 ans au style Peugeot, a d’entrée de jeu choisi cette plateforme pour concevoir son coupé. Ou plutôt, ses coupés car le jour de la présentation de ses maquettes (ci-dessus), trois thèmes sont abordés. Sur ces trois propositions, Gérard Welter pousse l’idée d’un grand coupé rival des Ford Capri et Renault 15-17, comme le suggère d’ailleurs une note officielle de Dominique Savey sur l’avancée du programme destinée aux responsables de la marque.

Quelle élégance ce coupé Welter ! Bien avant la sublime Lancia Gamma Coupé dessinée par Pininfarina, le designer sculpte un coupé tout aussi dynamique, mais de taille plus raisonnable.

Le produit « hésite encore entre deux orientations envisagées pour le Coupé J » explique cette note extraite des archives de Gilles Colboc : « soit un petit coupé de 4 m de longueur, genre coupé 304 avec hayon et banquette rabattable, moteur de 7 ou 8 CV. Soit un grand coupé de 4,25 m à 4,30 m de longueur, genre Capri, ou R15-R17 avec plusieurs moteurs : XL5, XR, ZB-ZC. » La note précise que le grand coupé « peut apporter des volumes de ventes élevés ». Elle ajoute que la Ford Capri réalise des scores de 300 000 unités produites par an et que Renault « prévoit pour la R15-R17 qui est sensiblement plus chère, jusqu’à 85 000 véhicules par an. »

Gérard Welter dira que ce coupé était très moderne pour l’époque. Notez les pare-chocs proches de boucliers et le travail simple et à la fois travaillé des flancs.

De toute évidence, Gérard Welter a choisi son camp : ce sera le grand coupé de 4,25 à 4,30 de long ci-dessus. C’est la maquette complète (extérieur et intérieur) de couleur gris-bleuté sur nos documents, alors que le petit coupé est celle de teinte rouge. La proposition blanche étant visiblement une proposition intermédiaire.

Il y a déjà dans cette face avant les thèmes de la future grande 604.

Basée sur la plateforme de la 304, le coupé Welter est une traction avant, mais rien n’est alors figé puisque la même note s’inquiète de la réussite d’un tel coupé. Elle précise que son succès dépendrait « de plusieurs cylindrées et puissances différentes, notamment pour imposer une certaine image au modèle. Au cas où il ne pourrait pas être équipé du moteur Douvrin (le moteur commun à Peugeot et Renault conçu à la suite des accords entre les deux constructeurs signés en 1966), sa diffusion risquerait d’être limitée. »

La séance de présentation est animée par Paul Bouvot. La direction du produit mais aussi de la marque est présente. La maquette inter-exter du coupé Welter plait !

Pour tenter de répondre à ces incertitudes, Peugeot propose d’envisager « un coupé J à propulsion classique aux roues arrière car cette formule présenterait plusieurs avantages : tous les organes mécaniques existent déjà, la gamme de cylindrées possible va de 1.6 à 2.0 litres et la concurrence de ce coupé vis-à-vis des berlines du programme serait probablement plus faible qu’avec un coupé traction avant. » Et de conclure que « la gamme J pour laquelle le choix entre traction avant et propulsion classique est particulièrement difficile, comporterait ainsi les deux formules mais avec des carrosseries distinctes. » On comprend que ce programme J ne semble pas vraiment maîtrisé en ce début des années 1970.

A quelques détails près, on parierait sur un modèle de série ! L’intérieur est travaillé jusque dans le dessin des sièges et des panneaux de portières.

Et côté design ? Pininfarina est très présent, bien sûr, mais principalement sur les dérivés berlines du projet J. Et comme nous l’a révélé Gérard Welter lors de la rédaction de notre ouvrage sur sa double vie ‘’design Peugeot – équipe WM au Mans’’, monsieur Boschetti alors responsable des études « m’a embauché, mais si je le respectais beaucoup, il n’est pas faux d’écrire que ce n’est pas quelqu’un qui a été un véritable allié pour soutenir notre style face aux Italiens. » Gérard Welter a la chance de présenter ses coupés devant Forichon qui est devenu le patron des études à la place de Boschetti.

Le style Peugeot a dessiné un solide volant à trois branches, très moderne. La planche de bord est simple, avec une coiffe très inclinée et un bloc d’instrumentation complet.

Paul Bouvot est alors le responsable du style Peugeot. Gérard Welter dira que « Paul a toujours voulu composer avec son envie de voir les propositions de son équipe remporter les suffrages de la Direction de Peugeot, et un vrai respect des Farina. Pour lui, ils étaient les meilleurs carrossiers italiens. Cette ambiguïté va le hanter jusqu’à la fin. Lorsqu’il quitte Peugeot en me laissant son poste, c’est une personne usée intellectuellement par cette ambiguïté. »

Paul Bouvot se tient à droite de la maquette centrale avec un document roulé dans sa main gauche. Welter est à l’arrière droit de cette même maquette.

Sur le document noir et blanc ci-dessus, on devine au volant de la maquette du coupé J de Gérard Welter le patron, François Gautier. En gabardine blanche de dos, avec un chapeau sur la tête, Marcel Dangauthier, le directeur des études Peugeot en 1956 puis conseiller scientifique de PSA, avant sa retraite en 1977, l’année où est présentée la 305. Et puisqu’il est question de rendre hommage à Gérard Welter à travers ce projet qui semblait à l’époque très abouti, rappelons ces paroles à propose de sa création. « Un coupé, ça nous permet de rêver. La direction générale l’a décortiqué et apprécié mais le projet J a été stoppé et a entraîné sa mort. La 305 est sortie et nous avons arrêté toutes les dispersions. »

La berline J devait succéder à la 404 sans négliger le potentiel renouvellement de la 304 née en 1969.

Quant à la berline au cœur de ce grand programme J, Gérard Welter nous dit que « c’est un style Pininfarina qui avait été retenu avec un dessin très nouveau et décalé par rapport à ce que nous faisions. Bien sûr, au style Peugeot nous avons travaillé sur ce projet mais c’était l’époque où Francis Rougé arrive au pouvoir et en a eu assez de cette étude interminable ! »  Francis Rougé à l’origine avec François Beullac des accords avec Renault décède subitement en 1976, avant l’arrivée de la 305.

Gérard Welter nous dit un dernier mot sur son coupé. « Nous l’avons réalisé d’entrée de jeu sur la base technique de la 304. Mais il aurait tout à fait pu s’intégrer à la famille J si elle avait vu le jour. Le style de ce coupé est très travaillé, il a des flancs sculptés en forme de bouteille de Coca, une calandre dotée de projecteurs proches de ceux de la 504 coupé (et de la future 604…) et des prises d’air très simples. C’est très moderne pour l’époque, un petit gabarit qui est malheureusement resté à l’état de maquette. » Des regrets ? Pas pour la marque qui a produit plus de 1 310 000 berlines Peugeot 305 qui succéda au programme J…

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