
Voici le sujet que tout le monde attendait avec impatience : le duel entre deux designers italiens de légende, Giorgetto Giugiaro et Walter de Silva. Un duel sur des projets automobiles fabuleux ? Non, pas de chance, le rédacteur en chef avait faim. Donc au menu ce jour : des pâtes. « Des pâtes, des pâtes, oui mais des… » Non, pas des Panzani, mais des Marille de Voiello et des Papiri de Barilla, toutes deux crées respectivement par Giorgetto Giugiaro en 1983 et Walter de Silva en 2011. Pour une poignée d’euros, vous pouvez inviter deux géants du design automobile dans votre assiette. Pourquoi s’en priver ?

Il est assez savoureux de rappeler que Walter de Silva a créé son propre studio de conception pour divers objets ou aliments (!) selon un modèle que Giugiaro a défloré dès les années 1970/80 (voir ici le nouveau site de Giorgetto & Fabrizio Giugiaro designers : https://www.giorgettofabriziogiugiaro.it/). Tous les deux ont ainsi dessiné des appareils photos, des pâtes ou des meubles… Giugiaro y a ajouté des pneus alors que Walter de Silva a dessiné des chaussures. Côté alimentaire, tout commence en 1983 chez Ital Design, ou plus exactement chez Giugiaro Design qui œuvre pour une multitude d’entreprises hors automobile.

Lorsque le fabricant alimentaire italien Voiello demande au designer italien de créer un nouveau format de pâte, Giugiaro n’hésite pas une seconde, laissant travailler ses équipes de design automobile sur les projets de futurs produits notamment les Renault 21 et 19, de 1986 et 1988. Giorgetto Giugiaro se met à sa table… à dessin, pour concevoir quatre projets de pâtes, dont un seul est retenu pour être mis en production sous le nom de Marille. L’italien précise alors que leur forme a été conçue pour que leurs rainures accueillent goulûment les sauces accompagnant le met, sans pour autant que ces dernières ramollissent la pâte.

Le dessin de Giugiaro est alors considéré comme « un chef-d’œuvre d’ingénierie culinaire. » Le design pensé dans ses derniers détails a pourtant généré un petit souci : la pâte Marille présente une cuisson inégale de ses différentes sections. Un problème sans doute inhérent aux joints présents entre les sections qui la composent et qui ne cuisent pas aussi vite que le reste de la pâte. La Marille était trop belle. Ces pâtes ont donc disparu des rayons alimentaires.

Il a fallu attendre presque quarante ans pour retrouver dans ces mêmes rayons des pâtes à nouveau signées d’une grande griffe italienne : Walter de Silva, ci-dessus image de sa création sur son site. Moins médiatisé que Giugiaro, ce grand designer est bien connu dans l’univers automobile. Il a notamment dessiné une Bugatti, comme Giugiaro et vous pouvez la (re)découvrir en bonus en bas de ce post. Il commence sa carrière chez Fiat en 1972, quatre ans après la naissance du bureau d’études et de style de Giugiaro qui deviendra rapidement Ital Design.

Walter de Silva ci-dessus passera ensuite par la case « émotion » chez Alfa-Romeo où il crée notamment la 156 en 1997 et la 166 en 1998. Il franchit ensuite la frontière allemande et arrive dans le groupe Volkswagen où il fait ses armes pour la marque Seat, puis dirige le design Audi où il signe notamment la sublime Audi A5. Il dirige la totalité du design des marques du groupe Volkswagen de 2007 à 2015. Deux ans plus tard, il se lance en freelance dans le dessin de chaussures haut de gamme.

Vous pouvez aujourd’hui accéder à son propre site https://walterdesilva.com pour découvrir quelques-unes de ses créations récentes (ci-dessous, dessin de la Bugatti). Parmi elles, les pâtes Papiri. Contrairement à celle de Giugiaro, la Papiri « Collezione Barilla » est conçue sans joint, mais comme deux spirales rainurées, avec elles aussi une surface rugueuse et le tout ressemble plutôt à un petit rouleau vertical qui cuit de la même manière sur toutes ses surfaces.

Disponibles uniquement en collection, dans des paquets de 450 gr, ces pâtes sont aujourd’hui toujours accessibles sur le site. C’est ce que m’a répondu le robot IA de Barilla, même si je ne les ai pas retrouvées dans le menu dédié aux collections…


BONUS #01 : la Bugatti Veyron de Walter de Silva

Exposée en juillet 2025 au cœur de l’Autostadt de Volkswagen, la Bugatti 18/3 Veyron concept dessinée par Walter de Silva est restée secrète pendant 20 ans. Pourquoi l’évoquer ici ? Parce qu’elle met en relation une fois encore les deux designers italiens Giugiaro et De Silva. Quand le président de Volkswagen, Ferdinand Piëch, acquiert en 1998 la marque Bugatti, il met immédiatement au travail son grand ami Giorgetto Giugiaro. Ce dernier ne traîne pas puisque la Bugatti EB118 est révélée au Salon de Paris en cette même année 1998, suivie en mars 1999 au salon de Genève d’une berline EB 218 qui sera très proche d’une industrialisation. Giorgetto Giugiaro nous confiait en 2009 avoir encore quelques éléments de la carrosserie de cette longue berline dans son ex-studio de design Ital Design.

En octobre 1999, à l’aube de l’an 2000, une nouvelle variante – Bugatti EB18/4 Veyron – est révélée. Elle ressemble aux travaux de Giugiaro mais elle est signée Jozef Kaban, designer de l’équipe alors dirigée chez Volkswagen par Harmut Warkus. Cette même année, Walter de Silva a franchi les portes du groupe Allemand et propose sa propre vision de la Bugatti Veyron, reconnaissable à ses optiques rondes et sa longue nervure centrale courant de la cellule avant au capot moteur, rappelant ainsi celle de la Bugatti Atlantic. On note cependant un format plus compact que celui de la variante Giugiaro ou Kaban. Au final, la Bugatti Veyron de 2005 sera celle dévoilée au salon de Tokyo en 1999 et la proposition de De Silva restera secrète jusqu’en… 2025.

BONUS #02 : le film promotionnel de Barilla
BONUS #03: l’interview de Walter de Silva, alors patron du design du groupe VW
