Nouvelle Peugeot 408 : son style décrypté. Interview de Pierre-Paul Mattei.

Vous allez découvrir dans ses moindres détails le style de la nouvelle Peugeot 408. Ce nouveau modèle est une offre inédite dans la gamme. Il ne s’agit pas, comme on l’imaginait, d’un 3008 coupé, mais selon Peugeot, d’un « fastback ». Cette silhouette fait partie du programme P5 lancé au deuxième semestre 2018.

Ce programme prévoyait dès son lancement une berline P51 (308), un break P52 (308 SW) et la P54 (408). Pierre Paul Mattei (Directeur conception projet) précise que « nous étions tout au long du programme P5 en co-conception, c’est à dire que lorsqu’on a dessiné le projecteur de la 308 ou ses feux arrière, on s’est assuré qu’ils conviennent au style de la 408. On a établi une sorte de ping-pong entre les équipes créatives tout au long du développement de ces trois silhouettes. »

Avant tout, replaçons cette nouveauté dans son contexte (ci-dessous) où l’on voit très nettement que la 408 est bien plus basse qu’un 3008 et se rapproche – en longueur – de la 508. Pour mieux positionner cette nouvelle 408, il suffit de prendre en compte son appellation, comme le précise Pierre-Paul Mattei : « le double zéro a été éliminé d’entrée de jeu, car il est lié à la silhouette SUV. Au contraire d’un SUV, la position de conduite de la 408 est plutôt proche de celle d’une berline sportive ! En plus, à la conduite, on n’est pas du tout dans l’univers du SUV. »

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Pour comprendre le design de la 408, il faut d’abord évoquer son soubassement (voir sujet dédié : http://lignesauto.fr/?p=25403). Cette nouvelle Peugeot repose sur la plateforme EMP2 V3 inaugurée par la DS4, puis utilisée par les 308 berline et break, les Opel Astra avec ces deux silhouettes et par Citroën pour sa grande berline C5X. Sur cette « étagère » où sont disponibles plusieurs tailles de roues et dimensionnements techniques, Peugeot a choisi pour sa 408 le plus long empattement disponible, celui de la C5X (2,79 m) et a également emprunté les grandes roues de 72 cm, celles qui ont été refusées à la 308 berline et au break. En revanche, ce dernier bénéficie d’un empattement intermédiaire : 2,73 m contre 2,67 m à la berline 308.

Ce Meccano® permet plusieurs gabarits de voitures et plusieurs personnalités avec, par exemple, les grandes roues sur une DS4 qui repose sur l’empattement court. La 408 est malgré sa taille (4,69 m), considérée comme un véhicule du segment « C » (308, Mégane, Golf…). Peugeot explique « que la 408 se positionne en haut de gamme des berlines du segment C. » Le constructeur, comme Citroën avec sa C5X, a fait le choix d’un second rang généreux (la voiture sera également produite en Chine, dont les clients sont friands d’une belle habitabilité, au printemps 2023) et d’un grand volume de coffre.

Les proportions évoquées par le manifeste de 2015 (voir le sujet dédié : http://lignesauto.fr/?p=25427) sont totalement repensées avec un pavillon qui reste plat jusqu’en arrière des places du second rang, et un porte-à-faux de près d’un mètre qui profite au volume de coffre. Avec ces contraintes, le designer Kevin Goncalves – à qui l’on doit la silhouette du break 308 SW et celle de la 208) et l’équipe suivie par Pierre-Paul Mattei et Matthias Hossann, ont dû abuser de subterfuges plutôt efficaces pour gommer visuellement ce porte-à-faux arrière.

Pierre-Paul Mattei précise que « la construction de l’arrière avec son bouclier est quelque chose qu’on ne peut pas imaginé sur une silhouette classique. Si on en est venu à cette solution, c’est qu’un design classique ne fonctionnait pas sur cette voiture. Il y a beaucoup de porte-à-faux, et la malle est 10 à 15 cm plus haute qu’une malle normale. On se retrouvait donc avec une masse à gérer qui n’a absolument rien à voir avec une berline classique. Il a fallu qu’on amène des découpages de style en rupture pour la masquer est la rendre séduisante et dynamique. Au final, toute la partie arrière est en forme de flèche. »

En 1 la découpe de l’enjoliveur noir en arrière de la porte est très inclinée et aiguisée. En 2 la teinte couleur caisse du bouclier plonge sur le passage de roue et en partie supérieure, rejoint la ligne évoquée sur le côté de caisse. En 3, la découpe de couleur noire et la forme “sharp” participent à l’effet de flèche dynamique.
Sur cette comparaison avec un autre modèle au grand porte-à-faux arrière, on note que le travail effectué sur la 408 donne plus de dynamisme, comparé à celui effectué par BMW sur le iX. Sur ce dernier, les lignes étirent visuellement ce porte-à-faux.

A l’avant (ci-dessous), le design a dû prendre en compte des voies plus larges que sur la berline 308. Pour autant, la baie de pare-brise étant identique, il a fallu aller « chercher » les ailes élargies avec une sculpture de l’aile avant très différente de celle de la berline 308.

En 1, la largeur accrue entre la ligne de capot et les ailes est retravaillée en volumes plus généreux par rapport à la berline 308. En 2, les arêtes franches meurent sur un volume galbé pour l’extension d’aile.

Pierre-Paul Mattei
« On ne se rend pas compte qu’avec ce véhicule, on est vraiment avec un objet inusuel, c’est pour ça que parfois on a surexprimé le style. »

Les “oreilles de chat” situées de part et d’autre de l’extrémité arrière du toit ont plusieurs fonctions : aérodynamique, esthétique mais surtout, elles permettent de prolonger l’élévation subtile du pavillon nécessaire à implantation très reculée des charnières du hayon.

Qu’est-ce que la 408 a conservé de la berline 308 issue du même programme ? Son pare-brise, son auvent, ses optiques et ses feux ainsi que toute la technologie et l’étanchéité de « l’entrée de porte avant ». Qu’est-ce donc ? Il s’agit de l’espace offert à la montée à bord, au niveau des portes avant. Les joints, la forme et la découpe de cette entrée et toute l’étude d’étanchéité (longue et fastidieuse à mettre au point) sont identiques sur les 308 et 408. Mais évidemment, sur la 408, la posture est un peu plus haute (grandes roues) et surtout, la tôle extérieure est spécifique.

En revanche, la planche de bord est identique à celle des 308 et 308 SW. Cela étant, Pierre-Paul Mattei précise « qu’elle a d’abord été dessinée pour la 408 car des trois silhouettes (berline 308, break 308 SW et 408) c’est celle de la 408 qui était la plus disruptive et la plus inattendue. Il fallait absolument que sa planche de bord matche avec elle. Ensuite seulement, on a effectué les réglages de style pour que cette planche de bord soit compatible avec la 308, ce qui explique qu’à bord de cette dernière, on a ce design assez aiguisé »

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Jonction bouclier-ailes avant : pourquoi Peugeot ne fait pas du “Mercedes” ?

La jonction parfaite du bouclier et de l’aile avant devrait être continue (en 1) ce qui n’est pas le cas. En 2, on remarque que la ligne de la jonction bouclier/aile est très décalée. La raison ? Réaliser une jonction type “ligne 1” implique un accostage du bouclier et de l’aile en biseau (flèches rouges) bien plus délicat à maîtriser en terme de qualité de montage.

Sur une plateforme modulable, Peugeot a donc conçu trois silhouettes différentes, dont la 408, TRÈS différente. Il convient donc de rappeler que cette voiture ne s’est pas ajoutée en cours de route au programme. « Ce n’aurait pas été possible. Dès l’avance de phase, on a pensé à une communauté technique avec les autres voitures. Cela induit des voitures qui ont des influences les unes sur les autres. » Rajouter la 408 en cours de route aurait donné naissance à un produit nivelé par le bas, en prenant des pièces qui n’étaient pas prévues pour sa morphologie. Pierre-Paul Mattei confirme “qu’on est obligé d’avoir une idée précise des morphologies et de la construction technique des voitures pour définir les communautés et pouvoir lancer le programme, et donc le style. »

Pourtant, la berline 308 est commercialisée un an avant la 408. Ce décalage calendaire est-il lié à une quelconque difficulté ? « Non, ce décalage n’est pas celui qu’on a vécu en style, car on a anticipé le travail sur la 408 justement pour définir ces communautés, et surtout, régler le curseur sur la planche de bord. Il faut bien comprendre que la 408 était un projet plus compliqué par rapport à la berline 308 . Pour cette dernière, on remplaçait une morphologie que l’on maîtrise, pour laquelle on connait les solutions : on voulait une 308 plus haut de gamme et on lui a donnée une morphologie avec un montant de pare-brise reculé, un capot plus long, mais malgré tout, elle reste une berline du segment « C ».

Avec la 408, on inaugure une toute nouvelle silhouette, quelque chose de nouveau en style avec des muscles en galbes sans arête. Le style de la 408 et son langage formel sont spécifiques. On n’a pas vraiment de mot pour décrire cette silhouette ! Ce n’est pas un SUV. elle n’en a pas la hauteur et surtout, pas la position de conduite. Ici, vous êtes dans celle d’une berline de sport, ce qu’on ne peut pas obtenir avec un SUV coupé où l’on est assis plus haut et plus droit. Quant à l’arrière, vous ne verrez jamais de berline avec des ailes qui arrivent si haut sur le flanc !

Le nouveau langage formel de la 408 ne dit pas non aux courbes, malgré l’esprit très aiguisé de son design. La preuve en image, sur la partie haute du flanc :

LES CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES DE LA PEUGEOT 408 : longueur 4,69 m, empattement 2,79 m, largeur 1,85 m, hauteur 1,48 m, coffre de 536 l, Cx de 0,28, motorisation essence PureTech de 130 ch, deux motorisations hybrides rechargeables de 180 et 225 ch. Pas de diesel. Variante 100% électrique disponible après la commercialisation prévue au début de l’année 2023.