
Alexandre Malval s’exprime sur son retour chez Renault, via le canal « futuREady » de Renault Group. En voici la retranscription partielle agrémentée des commentaires de LIGNES/auto et d’extraits d’interviews effectués par notre site durant la carrière de ce designer trop méconnu.

« Lorsque je suis revenu chez Renault au début de l’année, j’ai retrouvé une entreprise que je connaissais déjà, mais qui avait subi une profonde transformation en raison de sa dimension internationale, ainsi qu’une équipe animée par une formidable envie de créer et d’innover. J’ai été frappé par cette volonté collective d’explorer de nouvelles idées, par cette soif de créativité et par ce fort sens de l’humanité qui dépasse largement le cadre du design. »

Alexandre évoque ses débuts de designer, chez Renault, en 1993. C’est notamment grâce au grand designer Michel Harmand (1934 – 2004) qu’il a pu découvrir cet univers. « Pendant mon service militaire, j’ai donné des cours dans l’École Supérieure de design industriel de Paris avec lui. Il a été pour moi un personnage clé dans mon parcours. Je le connais depuis que je suis enfant, car mes parents étaient dans la même promotion que lui à l’école des Arts Décoratifs. Ils ont demandé à Michel Harmand quelle formation je devais suivre. Grâce à ses conseils, j’ai étudié à l’école des Arts Appliqués à Paris, celle où sont également passés Jean-Pierre Ploué et Thierry Métroz. Et Michel Harmand m’a conseillé un stage chez Renault où j’ai rencontré Jacques Nocher (ci-dessous). »

Alexandre Malval revient sa passion. « Je suis passionné par le design au sens large. J’apprécie les projets qui ont un objectif clair, qui sont cohérents et bien conçus, et qui impliquent de jouer avec les proportions et les volumes, avec une obsession pour l’innovation et la modernité. J’aime aussi beaucoup travailler en équipe pour façonner les véhicules de demain. »

Et quand le groupe lui demande « ce qui fait qu’une Renault est une Renault ? » Alexandre se plonge dans une petite année seulement depuis son arrivée chez Renault en janvier dernier pour expliquer que « c’est avant tout ce que nous appelons chez Renault une « voiture à vivre. » Un compagnon du quotidien, que ce soit pour une famille, un couple ou une personne seule. Une voiture qui est un plaisir à conduire chaque jour, pour toutes sortes de raisons en fonction de vos besoins. »

« Cette idée est profondément ancrée dans l’histoire de Renault, une marque qui doit parler à tout le monde et rester populaire. La marque a toujours cherché à trouver des solutions intelligentes pour répondre aux besoins des gens, en mettant l’accent sur le confort, la simplicité, la fonctionnalité et ces petites attentions qui font d’une voiture un plaisir à conduire. » Et pour appuyer ses dires, Alexandre nous explique que « la modernité fait également partie intégrante de l’ADN de Renault. La marque s’est toujours engagée à repousser les limites, à innover et à rester à la pointe du progrès. » Quatre piliers stratégiques permettent de définir un manifeste global du design Renault de demain.

Les Renault conçues par l’équipe de Malval, qui devra adouber les quelques produits signés par Gilles Vidal avant son départ, seront d’abord « conçues pour être aimées et donc être des voitures séduisantes et expressives. » Ensuite, Alexandre évoque « la technologie au service de l’humain. »

Concernant la technologie, le troisième pilier évoque évidemment l’électrification des Renault de demain. Mais elles seront avant-tout « électrifiées par la passion. » Enfin, ce qui peut paraître un détail n’en est pas un aux yeux de Malval : imaginer des « espaces conçus avec soin », qui créent des lieux de vie au sein des futures Renault.

« Avec chaque nouveau projet, nous visons à cocher ces quatre cases. Notre travail consiste ensuite à traduire ces principes en un design fort, tant au niveau du style extérieur qu’intérieur, ainsi qu’à travers nos interfaces utilisateur, nos couleurs et nos matériaux, afin d’offrir un maximum de plaisir et d’émotion à nos clients. »

Patrick le Quément, responsable du design Renault pendant 22 ans avait pour habitude d’évoquer un design fort et un concept qui l’est tout autant. Alexandre Malval résume quant à lui la volonté « d’offrir à nos clients une expérience complète et holistique à travers l’architecture de nos véhicules, leur style et leur technologie. C’est ainsi que nous envisageons les Renault de demain. »

Le concept E-Space dévoilé au Mondial de l’Auto de Paris est donc la première pierre posée par l’équipe d’Alexandre, qui a rapatrié dans cette dernière le designer Romain Gauvin, alors chez Dacia et précédemment chez… Citroën. Citroën dont Alexandre, faut-il le rappeler, a été le directeur de design de 2012 à 2018. Ce sont ces fameux « seconds couteux » (qui n’est pas un terme péjoratif dans ce cas, bien au contraire) qui sont les fidèles des leaders, comme l’est aujourd’hui Sandeep Bhambra chez Stellantis, aux côtés de Gilles Vidal.

Lors de son passage chez Mercedes, Alexandre expliquait à LIGNES/auto que « sur le plan du métier, les réflexes du designer restent les mêmes, les processus de création sont similaires tout comme l’évolution du métier, ou les nouveaux challenges engendrés par la mutation de notre industrie. Mais la culture allemande de l’automobile par exemple et du design reste différente, le mélange avec des sensibilités étrangères, plus latines dans notre cas, est très intéressant pour nourrir la réflexion sur les produits futurs. » Au sein de Renault, la culture du groupe et d’un constructeur de plus de 130 ans est solide. Prête à accueillir un nouveau langage stylistique.

Alexandre va donc construire une gamme autour du concept E-Space. « Je souhaite construire une famille cohérente de véhicules qui partagent clairement le même ADN, guidée par les codes de notre marque, avec des traits de design et un caractère commun à travers l’Europe et à l’international. Le tout en veillant à ce que chaque modèle dispose d’une liberté suffisante pour développer sa propre personnalité. Chaque véhicule doit se démarquer sur le marché grâce à un design fort et doit être indéniablement une Renault. »

Et le premier élément d’un design fort pour Malval, c’est « qu’il doit être reconnaissable même sans son logo (ci-dessus, celui de l’E-Space concept). Cela commence par la silhouette et les proportions sous tous les angles. Elles confèrent à une voiture son allure et un caractère bien défini. Les surfaces, les détails et les signatures lumineuses viennent ensuite renforcer cette identité. » Pourtant, il fut une époque chez Renault où l’identification d’un modèle par son seul design n’était pas forcément bien perçue : la Twingo était d’abord une Twingo avant d’être une Renault, et certains des dirigeants de Renault de l’époque ont imposé au design qu’on reconnaisse d’abord une Renault. Et donc, une identité commune aux modèles de la gamme. A suivre sur ce sujet…

Et lorsqu’on découvre le concept E-Space, on voit une nouvelle fois que l’héritage de Renault sert de base à un nouveau concept, ci-dessus. Alexandre Malval confirme que « c’est l’une des sources de la créativité. Renault possède un héritage exceptionnel qui s’étend sur près de 130 ans. La Renault 5, la Renault 4, la Renault 8 Gordini, l’Espace et la Twingo… Ces voitures ont marqué leur époque et tissé un lien émotionnel fort avec les clients. Cet héritage est un atout, mais il doit être manié avec précaution. »

On évoquait plus haut l’électrification des Renault de demain. Alexandre Malval est certain qu’elle « ouvre de nouvelles perspectives. Les architectures des véhicules évoluent, et les proportions s’adaptent en conséquence, offrant de nouvelles façons d’utiliser l’espace intérieur ou d’améliorer les proportions du design extérieur, par exemple en réduisant les porte-à-faux. La technologie embarquée élargit également considérablement le champ des possibilités en matière de design, notamment pour l’habitacle : les écrans ont partiellement remplacé les tableaux de bord, et la connectivité ainsi que les nouvelles fonctionnalités sont devenues indispensables, transformant radicalement l’expérience à bord. »

En arrivant à Guyancourt, au centre de design français du groupe Renault, Alexandre a trouvé des outils qu’il connait bien, notamment lorsqu’il a dirigé le centre de design avancé de Mercedes dans le sud de la France de 2018 à 2025. Et parmi ceux-ci, l’intelligence artificielle bien sûr ! « Elle est un puissant catalyseur de notre créativité. À partir d’une esquisse, nous pouvons désormais explorer rapidement différentes options stylistiques, les illustrer dans des environnements hyperréalistes et générer des séquences vidéo. Ce qui prenait autrefois plusieurs jours peut désormais être accompli en quelques minutes seulement. Nous sommes en pleine révolution, et c’est passionnant. »

Certes, mais l’IA a d’autres vertus… Attention toutefois, « l’IA ne remplace en aucun cas le designer. Pour obtenir de bons résultats, il faut toujours un designer créatif doté de l’inspiration nécessaire pour élaborer des « prompts » efficaces qui produisent des résultats convaincants. Il faut également toujours un designer pour évaluer le résultat, le corriger, le modifier et prendre les décisions finales. Face à des centaines de propositions potentielles, nous devons savoir lesquelles sélectionner, en gardant à l’esprit la stratégie, les contraintes techniques et l’univers que nous voulons créer. L’IA nous permet d’accélérer nos processus, mais ne prend pas de décisions à notre place. »

Reste quelques questions que nous nous posons encore, comme connaître les grands thèmes du langage stylistique des Renault de demain. Ou encore savoir si le concept-car R-Space Lab qui suggère un potentiel Scénic (imaginé par LIGNES/auto ci-dessus) a été retenu, ou s’il a été mis à l’écart. Et si Renault pourrait, pourquoi pas, bénéficier de la plateforme aluminium APP d’Alpine pour imaginer une sportive portant fièrement le logo Renault…
