

Croyez-vous aux miracles ?
Non, pas toujours, car notre vie serait sans doute différente s’ils existaient.
Pourtant, Citroën y croit, et sa vie sera sans doute transformée en 2028…
Car, oui, un miracle a eu lieu : Citroën a osé pousser les portes de son immense patrimoine. À perte de vue, des modèles historiques dont certains, iconiques. Et de cette caverne d’Ali Baba, les 40 voleurs – pardon, designers – ont sorti la 2CV. Poussiéreuse mais courageuse, elle s’est mise en valeur et a motivé la marque tout entière pour la ressusciter…

Rembobinons le film… Elles sont au nombre de deux. Deux voitures iconiques, ci-dessus, qui ont remis la France sur roues après la Seconde Guerre mondiale. La Renault 4CV tout d’abord, dès le premier salon de l’après conflit en 1946. Puis la Citroën 2CV, deux ans plus tard. Quelles incroyables histoires pour ces deux modèles techniquement et conceptuellement aux antipodes l’un de l’autre, mais qui ont motorisé les campagnes qui ne l’étaient pas encore.

Les deux constructeurs ont depuis à peine effleuré l’idée de s’appuyer sur ces modèles pour enfanter un revival crédible. Pas même lorsque J.Mays dessina la New Beetle de Volkswagen en 1998. Pas plus lorsque MINI réinventa son propre mythe. Bien sûr, il y eut la Renault Fiftie ci-dessous, sous la forme d’un concept-car en 1996 pour célébrer les 50 ans de la 4CV. Mais sa plateforme de Spider Renault lui fermait les portes d’une éventuelle production en série. Il y a eu aussi la Citroën C3 de 2002, sorte de berline bulle aux faux airs de Deuche annoncée par le concept-car C3 Lumière ci-dessus. Mais rien qui ne permettait d’afficher clairement une volonté de s’appuyer avec légitimité et fierté sur ces deux modèles iconiques.

Chez Renault, il a fallu attendre 2020 et l’arrivée de Luca de Meo pour que ce dernier adoube une maquette toute prête dans les locaux du design : la Renault 5 électrique. Chez Citroën, il aura fallu les efforts du nouveau patron – Xavier Chardon – mais aussi et surtout la volonté de John Elkann*, président du conseil d’administration de Stellantis, pour qu’enfin le design se décide à nettoyer ses rétroviseurs pour y découvrir que le passé n’est pas poussiéreux, mais lumineux. Et enfanter la 2CV Concept ci-dessous, en attendant la version de série en 2028…
*John Elkann, président du conseil d’administration du groupe mondial Stellantis est le petit-fils de Giovanni Agnelli II – ou Gianni Agnelli -. Ce dernier a tenté de manger tout cru Citroën avec les accords signés en 1968 entre Fiat et le constructeur français, avant de lâcher l’affaire face à la résistance du gouvernement français de l’époque. C’est un sacré clin d’œil de l’histoire qui prend une belle dimension avec le retour de la 2CV !
VIDÉO DE PRÉSENTATION DE LA 2CV

Ainsi, dans deux ans, si tout va bien, vous pourrez de nouveau acheter une Deuche. Et pas trop coûteuse puisqu’elle est annoncée à un prix proche des 15 000 €. Mais évidemment, une 2CV 100% électrique, sans doute dotée d’une batterie de petite taille, prévue pour une autonomie urbaine, et un équipement spartiate mais pas austère. Car du concept 2CV de 2026 à la série de 2028, il faudra compter tous ses sous, comme le firent les Auvergnats de Michelin lorsqu’ils créèrent les 2CV de 1939 et de 1948.

Petit aparté puisqu’on évoque Michelin : le concept Citroën repose sur des pneus de la marque clermontoise. Après une flopée de concept-cars reposant avec efficacité sur des pneumatiques GoodYear, voici enfin le retour de la marque Clermontoise au Bibendum sur une Citroën. Un symbole aussi fort que le mythe 2CV en lui-même lorsqu’on connait l’histoire de Citroën, racheté par Michelin en 1934, un an avant la mort du fondateur André Citroën…

Alors, pourquoi autant de temps pour avoir créé cette 2CV revival ? Antoine Gaillot-Devron, responsable de l’avance de phase et des concept-cars nous explique que « depuis longtemps on explorait le thème de la 2CV avec des gabarits différents, et nous n’étions pas encore convaincus. » L’arrivée de Xavier Chardon à la tête de Citroën a changé la donne. « Quand il est arrivé, on a plutôt orienté nos recherches en s’inspirant de la TPV de 1939. Ce qui nous a intéressé avec elle, c’est la radicalité que ses concepteurs ont mis dans l’étude de conception. Chaque fois ils ont pensé chacune des pièces de manière plus simple, plus légère et plus abordable. C’est une philosophie Citroën qu’on a conservée tout au cours de l’étude de la 2CV Concept. »

Le capot nervuré et les optiques évoquent la 2CV d’origine. Le profil bombé est présent, le pare-brise est plat comme l’encéphalogramme de Toutânkhamon (et donc bien moins coûteux à produire), la capote en toile est bien présente et le hayon arrière est noir pour feindre ladite toile qui, sur les TPV et premières 2CV, n’était pas feinte. La teinte rouge Infra Red, mélange d’orange aux reflets jaunes aurait presque pu s’accommoder des décors de couleur orange « Spot » de la série spéciale de 1976. Mais en blanc du coup !

Avec ses 3,76 m, le concept Citroën est un peu plus compact que la 2CV qui, sur ses dernières versions, affichait 3,83 m. Si le constructeur affirme que « le point de départ n’était pas de refaire une 2CV, mais d’imaginer la petite voiture électrique de demain, pratique et désirable, qui réenchante la mobilité pour les petits trajets du quotidien », tout dans ce concept rappelle l’icône française.

Notons quand même qu’à bord, le concept est mille fois plus joyeux que les intérieurs spartiates, voire austères des premières Deuche. Le concept pétille, là où la 2CV de 1948 offrait tout juste le minimum dans une ambiance franchement terne. « Le monde a changé, mais l’idée reste la même » affirme le constructeur. En ouvrant les portières du concept, on découvre des banquettes habillées d’un motif de type tartan dans des tons jaunes acidulés, motif emblématique de certaines générations, et réinterprété ici.

Car la 2CV de 2026 dispose de deux banquettes, dont une – à l’avant – extractible pour des déjeuners sur l’herbe. On va pouvoir ressortir la vieille chanson de Nougaro « tous les deux on déjeunait sur l’herbe, et moi j’en avais fumé un peu… » en observant les yeux rougis les touches beiges des commandes, de la zone d’instruments et des tubulures de banquette, et même du volant. Des touches qui évoquent la bakélite, ce matériau suranné des années 50/60.

Sur le plancher et aussi sur le cylindre du tableau de bord et les contres portes, un textile texturé inspiré du cannage et de l’univers de la vannerie conforte cette ambiance colorée, joyeuse et décontractée. Souvenir des premiers Berlingo, un panier, cette fois en bois et plastique biosourcé et imprimé en 3D, complète le décor. On réalise que les designers s’en sont donnés à cœur joie et ont ouvert quelques-uns des nombreux catalogues de la 2CV originale. La planche de bord est un simple élément cylindrique sur lequel viennent s’arrimer le volant monobranche, un commodo unique, une commande de boîte à impulsion et un bandeau qui hiérarchise les informations dans le champ de vision de l’heureux conducteur.

Un écran tactile de 8 pouces complète le décor avec des graphismes inspirés de la bande dessinée. Autre clin d’œil, le retour de la radio Radioën, amovible, pour écouter Nougaro – ou Nicki Minaj, c’est selon… – à bord ou en dehors de cette 2CV revival. Il est implanté comme sur les 2CV de 1960 à 1963 (option à l’époque) devant le passager, ci-dessous. Les pédales adoptent le gaufrage d’une tortue pour le frein et celui d’un lapin pour l’accélérateur. C’est plus facétieux que celles de la Volkswagen ID-Polo avec leur signature « play-stop » d’appareils vidéo ou audio.

Les rangements de portes sont quant à eux conçus pour accueillir… des œufs, et rendent ainsi hommage au cahier des charges originel et à l’ingéniosité de la 2CV. Et pour éviter de les casser en roulant, klaxonnez pour prévenir de votre arrivée. Le son est identique à celui des premières Deuche, et le moteur électrique émet le même bruit que le bicylindre thermique au démarrage. Mais j’imagine qu’au volant, les sensations de conduite seront à mille lieux de celles que la 2CV originale procurait.

Antoine Gaillot-Devron, Pierre Icard ci-dessous, le designer du projet retenu, et l’équipe de design explique la difficulté de donner vie à cette nouvelle 2CV, presque 80 ans après la présentation du modèle de série. « La 2CV, c’est un véhicule d’avant-guerre, ce n’est pas comme une Mini ou une Fiat 500, lisses comme un savon ! C’est une architecture avec un corps central et des ailes rapportées. Tout le challenge était de réinterpréter l’architecture de la 2CV dans le monde moderne. »

« On a passé beaucoup de temps lors de nos travaux pour conserver l’âme de la voiture » explique Antoine Gaillot-Devron. « Évidemment, ce sont d’abord des proportions afin de reconnaitre tout de suite une 2CV. C’est une ligne de chute du pavillon, très caractéristique, qui nous a demandé beaucoup de temps pour parfaitement la régler. » Et Pierre Icard ajoute que cette ligne, si elle était mal maîtrisée, « trop ronde ou trop plate, ce n’était plus la 2CV. C’était essentiel de reconnaître la 2CV sous tous les angles. »

Cette chute de pavillon ci-dessous, n’est pas la seule partie compliquée de la voiture à dessiner confirme Pierre Icard : « on a passé également beaucoup de temps à régler les passages de roues, les ailes surtout et la manière dont elles s’intègrent au corps de la voiture. »

La proue est iconique, notamment le regard qui a là encore était finement travaillé. Quant à la poupe,
« elle a très vite trouvé son dessin. Un dessin tellement simple qu’il est évident » s’amuse Antoine. Il ajoute
« qu’on voulait présenter une voiture crédible qui est réaliste, pour l’amener dans la rue dans deux ans. On la considère comme une avance de phase d’une voiture en production plutôt que comme un concept-car. »

Quand cette idée de se pencher enfin sur un projet de 2CV revival est-elle née ? Pierre Icard nous dit que ce concept-car a véritablement été lancé l’année dernière. « C’est en rentrant de congés, en septembre 2025 qu’on a su qu’on allait le faire. On sortait de longs mois on avait exécuté beaucoup de travail sur la renaissance de la 2CV. On s’est beaucoup investi sur les différentes tailles de la voiture. »

La difficulté de ce projet en termes de design, c’est de savoir où l’on place le curseur entre modernité et respect de l’ADN de la berline originale. « Si vous êtes trop proche de la vraie 2CV, les puristes vont trouver ça génial mais les autres vont vous dire que ça fait trop vieux. Et si vous pousser le curseur vers quelque chose de plus futuriste, les passionnés de 2CV ne seront pas satisfaits ! »

La philosophie de simplicité du design se retrouve à l’intérieur. « Ce qui s’en dégage, c’est une certaine joie de vivre, on est heureux lorsqu’on s’assoit à bord. Les matières et les couleurs ont été très travaillées. » L’écran est original, d’abord par sa taille carrée et par son interface. « Pour apporter une touche fraîche dans l’habitacle, nous avons fait appel à Jean-Luc Delvaux. »

Ce dessinateur (ci-dessus) est connu des passionnés de bandes dessinées automobiles, avec son complice Thierry Dubois. Pour la 2CV Concept, il a créé une interface très BD totalement inédite dans l’univers automobile. Tout aussi inédite que les guirlandes lumineuses en périphérie de ciel de toit ci-dessous, inspirées de celles des guinguettes très franchouillardes. Un peu de poésie !

Finalement, on s’est sans doute trompé lorsqu’on pensait que redessiner une 2CV en 2026, c’était très facile. Que nenni ! « Comme la 2CV d’origine est de conception très ancienne, avec des ailes rapportées sur un corps central, cela a été compliqué de retrouver ce langage stylistique avec les contraintes d’aujourd’hui. » Mais tout ceci est de l’histoire ancienne. L’équipe affirme même que « la voiture de 2028 est en cours de développement. On travaille dessus tous les jours. »

Dès lors, pourquoi se contenter de ne travailler QUE sur la berline ? Les multiples dessins d’une 2CV fourgonnette (ci-dessus avec Pierre Icard) seront-ils traduits en véhicule électrique de série, apte à répondre efficacement à l’équation du fameux “dernier kilomètre” des livraisons urbaines ? Chiche ? La 2CV ne peut effectivement pas renaître sans sa silhouette utilitaire. “Allo, Monsieur Xavier Chardon ?!” ….Bip. Bip. Bip….
BONUS #1 : le logo 2CV, un graphisme malin !
Sans doute n’avez-vous pas remarqué le logo 2CV du concept, et c’est une preuve qu’il est très bien exécuté, lisible, graphique, expressif. Oui ? Et alors ? Alors, le ou les graphistes de ce logo – que l’on applaudit des “deux” mains – ont eu l’idée géniale de constituer le nom de “2CV” avec seulement deux chiffres “2”…

L’un des deux chiffres “2” est vertical et représente la puissance fiscale de la première… 2 chevaux. Le second chiffre “2” est positionné à l’horizontale et il est coupé en deux éléments par un chevron Citroën virtuel (voir ci-dessous), afin de former les deux lettres C et V. Ce n’est certes pas de ça dont on parlera au Mondial devant la Citroën 2CV Concept, mais si vous voulez épater votre voisin lors de la visite du stand Citroën, dites-le-lui, ça l’impressionnera. Ou pas…

BONUS #2: un beau livre pour Noël !
Retrouvez aussi la 2CV Concept dans ce livre “CITROËN DESIGN, DE L’ATELIER DE STYLE AUX STUDIOS DE DESIGN, DE 1950 AUX ANNÉES 2020.” Huit décennies de style et de design racontées par celles et ceux qui l’ont vécu… “En quarante ans de journalisme, l’auteur a interviewé les plus grands jusqu’aux plus discrets designers qui ont œuvré pour Citroën, notamment Dan Abramson, Nuccio Bertone, Marc Deschamps, Jean Giret, Michel Harmand, Pierre Leclercq, Alexandre Malval, Thierry Métroz, Carl Olsen, Robert Opron, Sergio Pininfarina, Jean-Pierre Ploué, Gilles Vidal, etc.”

“Ce livre est la synthèse de l’histoire du design Citroën, de l’atelier de style de Bertoni aux studios de design d’aujourd’hui. À travers les paroles de ces grands designers et des anecdotes parfois savoureuses, vous entendrez battre le cœur de cette entreprise historique. Cet ouvrage met en avant une certaine idée des rêves de ces designers qui ont œuvré dans des ambiances joyeuses ou parfois lourdes… À lire comme une traversée intime en compagnie d’audacieux créatifs et d’images parfois inédites.”

Livre de 260 pages, format 280 x 240, Éditions Roger-Régis, bilingue français/anglais, 55 € hors frais de port, auteur : Christophe Bonnaud. Cet ouvrage sera disponible à partir de la mi-novembre chez l’éditeur (01 42 50 41 62) et également à la librairie Passion Automobiles à Paris rue de Rennes, et à la boutique L’Aventure Peugeot Citroën DS. D’autres lieux à préciser d’ici là…
BONUS #3: RADIOËN, la radio Citroën
Tous les regards se portent en 1959 sur le modèle 2CV AZL, avec son couvercle de malle sur la version qui intégrait pour la première fois un équipement étonnant : le Radioën. Il s’agit d’un poste de radio, – un “transistor” – encore encombrant à l’époque, aux deux visages : autoradio lorsqu’on l’installe à bord de la voiture en prenant soin de brancher sur son flanc le fil d’antenne, et radio portative à poser sur le formica de la cuisine le reste du temps.

Cet accessoire, conçu et produit par le fabricant Continental Edison, fonctionne effectivement avec une pile de 9 volts qui lui permet cette double fonction. Apparue en 1959 pour les modèles 1960, l’option Radioën ne fut proposée que pendant trois ans. Comme on le devine sur la photo couleur ci-dessus, l’habillage de ce poste en bois vernis est assez luxueux avec son haut-parleur à la grille très design logée sous le ventre de l’appareil.

Pour avoir la chance d’écouter la radio en 2CV, il fallait donc avoir recours à une antenne extérieure fixée grâce à deux supports sur le flanc droit de la voiture. En cette période, les portes de la 2CV étaient à ouverture dite “suicide” ou “contre le vent.” Si l’idée de l’autoradio était bonne, elle n’était guère efficace à bord, car le petit haut-parleur avait de la peine à rivaliser avec le bruit du flat-twin à refroidissement par air. Mais à bord de la Deuche, l’option en imposait !

Cet appareil de qualité, disponible avec trois coloris de façade et de presque 30 cm de longueur, prenait toute la place dans l’espace de rangement face au passager. Pour l’acquérir, il fallait ajouter 8 % du prix de la 2CV AZL, vendue 4.730 Francs de l’époque, soit environ 380 Francs. Évidemment, pas question de modulation de fréquence, seules les grandes ondes et les petites ondes étaient disponibles.

Pour compléter votre vision du monde du design, relisez l’interview de Jean-Pierre Ploué et notre sujet sur les potentiels changements à la tête du design de certaines marques chez Stellantis :
JEAN-PIERRE PLOUE : https://lignesauto.fr/?p=43522
CHANGEMENTS EN VUE AU DESIGN ? https://lignesauto.fr/?p=45952

