Grâce au reportage de Prime Vidéo, LIGNES/auto décrypte le design de la 2CV

Vous n’avez pas l’envie, pas le temps, pas les moyens de regarder Prime Vidéo ? LIGNES/auto décrypte pour vous la partie design de l’excellent reportage sur la genèse de la 2CV diffusé par la chaîne (https://www.primevideo.com) afin de comprendre qu’il n’a pas été facile de réinventer l’icône Citroën près de 80 ans après sa présentation.

LIGNES/auto a été invité à découvrir en détails le concept-car de Paris avant son exposition au Mondial et il reste une question pour l’heure sans réponse officielle : sur quelle plateforme la voiture de série de 2028 sera-t-elle assemblée ? Deux solutions existent : celle de la plateforme Stellantis Smart (ëC3, C3…) ou celle de la future petite Leapmotor qui succèdera à la T03, ci-dessous dans sa version actuelle.

Cette question de plateforme est capitale. Même si LIGNES/auto est un site dédié au design, il faut bien imaginer que la 2CV de 2028, en cours d’études d’industrialisation, verra son design adoubé ou modifié en fonction de la plateforme choisie. S’il s’agit de celle de la prochaine génération de Leapmotor T03, cette étude permettrait vraisemblablement d’atteindre plus facilement l’objectif d’un prix de vente aux alentours des 15.000 €. Pour visualiser ce possible choix, nous avons superposé la Leapmotor T03 actuelle (traits rouges) et la maquette de la 2CV (traits verts) ci-dessous.

C’est donc une opération “faisible” comme disent les Italiens. Des Italiens qui sont les premiers concernés puisque la 2CV sera produite dans l’usine de Pomigliano d’Arco. Ce site industriel a été désigné en mai 2026 comme l’usine pilote du programme E-Car de Stellantis.. Un autre indice pourrait confirmer le choix de la plateforme Leapmotor : la toute première maquette de la 2CV révélée dans ce reportage “la légende revient” (écrivez bien ce titre si vous faites la recherche dans Prime Video…) est bien plus généreuse en taille que le modèle du salon. Ceci s’expliquerait peut-être par le choix de la plateforme Stellantis Smart, plus volumineuse, pour cette première maquette.

Pierre Leclercq, le responsable du design de la marque, nous expliquait voici peu que le studio de design Citroën ne travaillait pas seulement sur les programmes actés par le pan produit mais se tenait prêt, avec des maquettes physiques ou numériques, à répondre à tous les projets possibles et imaginables. Ce fut donc le cas avec la 2CV déjà prête lorsque le nouveau patron Xavier Chardon débarque. Mais cette maquette imposait une voiture longue et large que le patron de Citroën ne valide pas dans le documentaire de Prime Video, avec cette réflexion : “elle ne procure pas d’émotion.” Voici la maquette en question ci-dessus. Les photos des deux premières maquettes sont toutes extraites de ce reportage vidéo.

Vient alors le temps de la deuxième maquette, ci-dessus, qui adopte un format bien plus compact qui va être conservé tout au long du programme. Cette proposition, toujours peinte de couleur bleue, ne va toujours pas séduire la direction, mais le concept adapté à ce nouveau gabarit est acté. Le choix de la plateforme Leapmotor plus petite est-il alors retenu ? Mystère…

Ci-dessus, on note les différences de gabarit entre les deux premières maquettes bleues présentées (et refusées) à Xavier Chardon. En 1, l’empattement est considérablement réduit. En 2, le dessin de la tombée de pavillon doit être revu car le côté de caisse est désormais réduit au-dessus de la roue arrière. En 3, le pavillon revient plus loin au-dessus du poste de conduite. En 4, les poignées de portes sont désormais remplacées par des sangles taillées dans des ceintures de sécurité, ci-dessous. En 5, le nœud au niveau de la traverse de pare-brise est totalement différent permettant à la partie entre le capot et l’aile avant de singer davantage celle de la 2CV originale. En 6, on note la réduction sensible du porte-à-faux. Est-ce grâce à la nouvelle plateforme ?

Ci-dessous, gros plan sur le fameux espace entre le capot moteur et l’aile avant que les designers tentent de raccorder au mieux, alors que sur le modèle original, elle est pratiquement désolidarisée de la carrosserie. Cerclé en jaune, est-ce un élément suggéré de la suspension avant de la plateforme ou un support de la maquette ? Cet aspect du design (jonction aile et capot resserré), semble avoir causé quelques nuits blanches aux designers et architectes !

Rapidement, car le temps presse (un peu plus d’un an entre le début des travaux et la présentation du concept à Paris), une troisième maquette est exécutée par le studio de design Citroën. Cette fois, tous les éléments sont dessinés, tant pour l’extérieur que pour l’intérieur. Pour l’heure, ce dernier n’est visible qu’en numérique et en virtuel grâce aux casques qui vous permettent d’entrer à bord de la future 2CV ! Ci-dessous, Pierre Leclercq et Xavier Chardon sont à bord de la 2CV. Si, si…

Mais avant de présenter la dernière maquette du programme pour la réalisation du concept, il faut retenir ce qui n’a pas fonctionné sur les deux premières. Revenons donc à la toute première maquette que le patron de Citroën découvre à son arrivée et pour laquelle il ne ressent pas l’émotion escomptée. C’est celle ci-dessous qui est assez volumineuse, trop en tous les cas pour le marché finalement visé.

Ci-dessus, en 1, la voiture est très large et massive. Très horizontale également. Rien de 2CV ici, mais une interprétation d’une “C3 à la mode 2CV”. En 2, la baie de pare-brise est tributaire de la plateforme alors choisie et ne semble pas permettre de travailler le fameux triangle qui existe sur la vraie 2CV entre le capot et l’aile avant. En 3, le capot est large sa forme trop rectangulaire ne correspond pas non plus à l’esprit 2CV. En 4, le capot ne remonte pas vers le pare-brise comme sur la TPV. En 5, les optiques, si elles ont trouvé leur thème, n’ont pas encore leur design final. Détaillons maintenant la deuxième maquette, non retenue elle aussi, ci-dessous.

On constate d’énormes changements effectués par le design Citroën sur cette deuxième proposition. La voiture, on l’a vu plus haut, a changé de gabarit. Plus petite et moins large, elle adopte ici en 1 le capot pincé de la 2CV. Les optiques en 2 ont encore changé de forme. Elles sont surtout moins externalisées, plus rapprochées et dans l’esprit de la Deuche. En 3, la plateforme laisse plus de possibilités pour creuser l’espace entre l’aile et le capot. En 4, le capot remonte sur le pare-brise mais il ne dispose pas encore de ses trappes ouvrables de l’intérieur. En 5, le bouclier est plus rond et adopte les fameux clips des Citroën modernes.

Ces deux maquettes ont débouché sur la proposition finale, en jaune ci-dessus. Elles ont aussi permis de s’approcher au plus juste de ce que la direction et sans doute le marché désiraient pour la renaissance de la 2CV. Tout a toujours été sur le fil, et chaque modification d’une ligne, d’un thème de style ou du gabarit faisait basculer le style du bon ou du mauvais côté : on pouvait lire une belle interprétation de la 2CV ou au contraire, ne pas retrouver l’esprit de la Deuche… Voici enfin ci-dessous le concept-car qui découle de ces trois maquettes.

Les nombreux travaux de design menés avec ces trois maquettes prouvent en tous les cas qu’il ne s’agissait pas de l’étude d’un simple concept-car, mais bien d’une avance de phase de la prochaine 2CV de série de 2028. Ce que ne cachent nullement le patron du design Pierre Leclercq ou encore le designer de cette 2CV, Pierre Icard, ci-dessous.

Si vous le pouvez, visionnez le reportage de Prime Vidéo. Et pour tenter d’établir une synthèse de cette gestation difficile et menée dans un timing extrêmement contraint, voici un petit rappel des trois principales étapes, sans même évoquer celle du choix des couleurs et matières qui est une autre histoire parfaitement relayée dans le reportage.

Subscribe US Now