

Les concept-cars français dévoilés au Mondial de l’Auto ont tous puisé leur force dans l’histoire de leur constructeur respectif : Citroën 2CV berline et fourgonnette, Renault Espace, Alpine A310, DS3, Peugeot 205 Turbo 16, Renault 8 Gordini ou encore Peugeot RCZ. Aujourd’hui, nous revenons sur ce dernier concept RCZ Vision de Peugeot pour évoquer les liens avec le coupé iconique de la marque, né en 2009. Et pas avec n’importe qui, puisque nous avons rencontré son designer, à l’époque responsable du style Peugeot. La parole est à Jérôme Gallix.

Jérôme a la chance d’être en plutôt bonne forme… Nous disons simplement par là qu’il est sans doute l’un des rares designers à voir, de son vivant, un revival sur la base d’un de ses travaux ! Et il nous dit d’emblée « que je vais peut-être faire preuve d’un trop grand amour propre, mais je me sens terriblement flatté que Peugeot ait choisi le RCZ pour un revival. »

Pour autant, Jérôme ne se contente pas de faire état du nom, voire du design de ce concept. Il ajoute « qu’en plus, je suis heureux qu’on retrouve à bord de ce concept RCZ Vision la nouvelle génération du i-cockpit. Mes équipes et moi sommes à l’origine de ce concept apparu sur la première génération de 208 en 2012 (l’une des études ci-dessous). C’est un des rares travaux que j’ai eu le temps d’infuser chez Peugeot avant mon départ en 2009. »

Il constate finalement que « ce concept, l’air de rien, c’est un peu le concentré de ce que j’ai pu faire avec les équipes dans la seconde moitié des années 2000*. Et tant d’années après, voir que tout ce travail est encore vivace dans l’esprit des créatifs de la marque aujourd’hui, je trouve ça très flatteur. »
*On ajoutera la première génération de Peugeot 3008, avant-gardiste…

Ce fameux i-Cockpit, parfois décrié, est effectivement né en collaboration avec le design Peugeot lorsque Jérôme en était le responsable. « Oui, et à l’époque il existait beaucoup de réticence pour ce concept, car c’était quand même un sacré chamboule tout ! Quand je suis parti, la décision n’était pas totalement prise quant à son industrialisation. C’est Pierre Rémond qui avait ça sous sa coupe, et avec son équipe on a fait pas mal de prototypes et ça a fini par déboucher sur la première génération de i-cockpit avec la première 208, après mon départ. »

Peugeot et Jérôme Gallix, c’est une longue histoire qu’il a vécue en deux temps : d’abord pour implanter la numérisation au design, sous l’ère Gérard Welter puis, lors de son second passage au design Peugeot, pour prendre la succession de Gérard. « Personnellement, j’ai toujours eu le Lion gravé dans le cœur depuis que je suis né. Je suis donc très reconnaissant à la marque de m’avoir donné l’opportunité d’en être le responsable du design et d’avoir pu concevoir une voiture – le coupé RCZ de 2009 ci-dessous – qui visiblement fait désormais partie des légendes de Peugeot. Sur mon lit de mort, je m’en souviendrais encore » dit-il avec un large sourire !

Et le concept RCZ Vision, qu’en pense-t-il vraiment ? « Je n’aime pas trop parler de style… Je ne suis pas un décorateur, donc je n’ai pas envie de parler de son style en tant que tel. Ce qui compte le plus pour moi, c’est que le premier acte que la voiture doit accomplir pour être une digne évocatrice de la RCZ, c’est d’être produite en série telle qu’elle a été dévoilée au salon. »

Pour Jérôme Gallix, il n’y a alors que deux solutions : « soit ils la produisent telle qu’elle est aujourd’hui, et là je dis chapeau bas. Soit c’est une énième promesse non tenue et ce serait pour le coup l’inverse de l’esprit de RCZ ! »

Qu’entend-il exactement par-là ? « Quand on a fait le prototype RCZ en 2009, on s’est retenu de dessiner quelque chose de beaucoup plus spectaculaire, justement parce qu’on voulait que tous les arguments contre une production en série puissent être balayés. Avec Jean-Christophe Bolle-Reddat dans la cellule concept-car, on s’est quand même fait pas mal de nœuds au cerveau pour rester dans le couloir très étroit de « l’encore possible ! » Et du coup ça a rajouté à la difficulté de l’exercice. On ne voulait pas faire un objet de décorateur ! »

Alors, faut-il produire le RCZ Vision ? Mais le marché du coupé est-il porteur en 2026 ? « J’ai du mal à répondre à cette question. Je pense que les constructeurs européens ont l’obligation de concevoir quelque chose de nouveau et fort s’ils ne veulent pas disparaître. Et même s’il n’y a pas de marché, si vous voulez exister, il faut un discours neuf, pas encore entendu, sinon vous êtes perdus dans la masse. »

Jérôme fait une remarque inattendue concernant le concept-car RCZ du Mondial. « De mon point de vue, ce concept Peugeot dévie un peu de l’esprit du RCZ, parce qu’il est trop grand et n’en respecte pas l’architecture 2 places et deux autres de dépannage. On semble plus être dans l’esprit d’un coupé 406, voire d’un 407. Et du coup pour moi, ce n’est plus la même voiture. » Alors pour ceux qui ont la référence, on dira que le Zorro du design pourrait signer aujourd’hui de son épée, « un Z qui veut dire trop groooos, trop grooos…» (vous allez avoir la musique en tête pour toute la journée)

Pour développer plus avant son argumentation, Jérôme Gallix ajoute que « ce qui me gêne aussi a peut-être été de l’appeler RCZ Vision. Il aurait fallu l’appeler RC Vision. La lettre « Z » du premier RCZ faisait aussi référence à la Peugeot 104 Z, une voiture qui était une 2+2, pas une quatre places. J’en avais parlé à l’époque aux équipes du Produit Peugeot et le Z était vraiment dans cet esprit de petit véhicule. Ce qui n’est plus le cas du concept du Mondial. »

Le designer français reconnaît cependant « que c’est une réaction de pinailleur et qu’il n’y a sans doute sur la planète que dix personnes pour raisonner comme moi. Mais Les lettres ont un sens, comme les mots… En 2008, nous avions présenté un concept-car de coupé quatre portes à moteur central, ci-dessous, nous l’avions appelé RC Hybride-4, pas RCZ Hybride-4… »

De manière plus générale, que pense-t-il de ce Mondial où TOUS les Français s’appuient sur des icônes du passé pour développer leur concept-cars ? « Je pense que c’est bien car j’aime le revival. Mais à l’époque j’étais bien seul contre tous chez Peugeot et ce, dès 2007. J’ai lancé le projet de la 204 revival avec un cabriolet (ci-dessous) et un break. »

« Le problème aujourd’hui, ce n’est pas le fait de présenter un revival, c’est qu’il s’agit au Mondial d’une véritable salve à laquelle on a assisté. Les véhicules iconiques français qui peuvent faire l’objet d’un revival qui a du sens, il n’en reste plus beaucoup. Peut-être la Matra Simca Rancho ? » Rancho, quelle drôle d’idée !? « C’est un véhicule qui dans le contexte actuel aurait beaucoup de sens. Un véhicule « vert », avec de l’espace pour la vie, les loisirs… Ce véhicule n’est pas compris chez Stellantis et pourtant il a un potentiel énorme. Pour le reste des possibles revival français, la source commence à se tarir. »

Et cette réflexion le ramène au concept-car RCZ Vision du Mondial. « Si Peugeot a fait ce retour du RCZ sans aboutir à une commercialisation, ce serait d’autant plus regrettable qu’il aurait grillé une cartouche pour rien. Les opportunités ne se présenteront pas 40 fois ! » Et lui, quel revival le tenterait ? « Eh bien, pour la 204, c’est trop tard ! Je ne pense pas qu’il y en ait d’autre possible chez Peugeot.»

« J’ai eu cette discussion avec Xavier Peugeot à l’époque. Pour moi, un revival prend tout son sens quand le véhicule source est, certes iconique, mais plombé par des solutions techniques qui sont hors d’âge. Par exemple faire un revival de la 205 ne serait pas une bonne idée, car la voiture source était très moderne de conception en termes de technique de carrosserie. Et même encore très actuelle. Il s’agirait alors d’un simple exercice de style, et c’est beaucoup moins intéressant. Refaire un revival de 205, ce serait comme repenser une Golf : vous faites quoi de réellement nouveau ? Rien… »

Avec tout le respect que l’on peut avoir pour le coupé Peugeot RCZ Vision, la Citroën 2CV a tenu la vedette lors de ce Mondial de l’Auto 2026. Qu’en pense l’ex-responsable du design Peugeot ? « Je l’aime bien. En revanche, je n’ai jamais aimé la 2CV d’origine et je n’ai donc pas du tout d’attachement sentimental par rapport à la voiture souche, alors je ne la juge que par ce qu’elle m’inspire, et je la trouve plutôt fun, fraiche, pas alambiquée, pas prétentieuse. » Et à l’opposé du spectre, le concept Renault E-Space ci-dessous a lui aussi fortement séduit les visiteurs du salon parisien. À tel point que Jérôme Gallix me répond clairement que « j’adore ! Et de mon point de vue, c’était lui la star du salon ! »

Les femmes et hommes du concept-car Peugeot RCZ Vision de 2026

On cite peu souvent les noms des “équipiers” d’un patron de design, qui seul, ne saurait pas mener un projet aussi gigantesque que celui d’un concept-car à son terme. Peugeot Design et sa communication n’hésite pas à présenter l’équipe. Le chef d’orchestre est bien évidemment Matthias Hossann. Il est secondé pour le concept-car RCZ Vision de Stefano BOLIS, design manager. Puis l’on peut coter Sébastien CRIQUET, responsable design extérieur Concepts & avance de phase. Guillaume LEMAITRE, responsable design intérieur Concepts & avance de phase. Max ZIEGLER, designer extérieur. William DUFOUR, designer intérieur. Loïc MULLER, designer intérieur. Paul GAWSEWITCH, designer intérieur. Mile LOTH, designer (jantes). Léa COCHET, designer Couleurs Matières et Finitions. Images & vidéos : équipe lab. Imagerie Design Peugeot, Sébastien FLOUTIER.

