

En décembre 1964, il y a pratiquement 62 ans, Gaston Juchet – alors directeur du style Renault – esquisse sur un grand plan plusieurs vues d’un projet qu’il annote comme étant le « Super 115 ». Avant de devenir « Super 115 », le projet « 115 » est tout simplement celui de la révolutionnaire Renault 16 (ci-dessus) qui apparaîtra sur le marché en 1965.

Le patron de la Régie Renault est alors Pierre Dreyfus qui, contrairement à son homologue de chez Citroën (Pierre Bercot) veut désormais concevoir des voitures adaptées aux changements sociétaux, et non pas des produits d’ingénieurs, même si ces derniers vont bien évidement participer à cette révolution qu’est le programme 115 de la Renault 16.

Ainsi, c’est une équipe de jeunes stylistes et ingénieurs qui se met au travail. Gaston Juchet (1930-2007) a une trentaine d’années lorsqu’il esquisse la Renault 16. Ces hommes ont pour la plupart des enfants et veulent changer la définition d’un cahier des charges, trop techniques. Oui à la cinquième porte que refuse Pierre Bercot, oui à la traction avant, oui à la modularité intérieure.

Une voiture 1500 qui ne se drape pas dans le costume cintré d’une voiture haut de gamme bourgeoise, mais adopte plusieurs morphologies pour séduire la famille dans toutes les étapes de sa vie. Et d’abord, toutes les étapes de sa semaine : boulot, courses, détente ou travaux du week-end.

En décembre 1964, pour Gaston Juchet, la Renault 16 est presque de l’histoire ancienne, même si la voiture de série n’est pas encore entrée en phase de production. Il prend conscience qu’avec la nouvelle R16, Renault va ratisser plus large qu’avec la Frégate qu’elle remplace.

Mais il reste une place pour une « grande » Renault. 1964, c’est un an avant la commercialisation de la Renault 16, et deux ans avant le lancement du programme Y, le pendant du projet H de Peugeot pour concevoir en commun une berline de très haut de gamme à motorisation V8. Ci-dessous l’une des propositions pour la grande Renault du programme commun entre les deux constructeurs français.

Ce projet fait suite aux accords signés entre les deux constructeurs français en 1966. La « Super 115 » ci-dessous était donc en avance sur les décisions du plan produit de la marque, mais elle est restée à l’état de dessins que nous avons pris la liberté de transformer en illustrations numérisées en respectant l’œuvre originale de Gaston Juchet. Cette grande Renault a peut-être ouvert la voie au projet H lancé en 1966 par l’association Peugeot-Renault…

Ce qu’il faut malheureusement (?) retenir, c’est que ni la « Super 115 » dessinée par Gaston Juchet, ni la grande berline du programme commun entre Renault et Peugeot n’ont vu le jour. Seuls les travaux menés sur le moteur V8, dérivé en V6 ont abouti au V6 Peugeot Renault Volvo (le PRV). Mais les accords auront donné vie à un nouveau moteur 4 cylindres, à la Renault 14 ou encore au développement d’une routière qui, après de nombreux changements, s’est muée en Renault 30 et Renault 20. Ce sont peut-être elles les petites filles de la « Super 115. »

Ci-dessus, l’industrialisation du projet 115 de la Renault 16 débute à Sandouville en 1965, un an après les dessins de la “Super 115” et un an avant le lancement d’un projet de grande Renault mené en commun avec Peugeot. La Renault 16 surprendra par son architecture à cinq portes et son intérieur modulable. Elle concurrencera toutes les “1500” et il faudra attendre 10 ans, en 1975, pour qu’elle soit remplacée par la Renault 30 ,dont on découvre une étude préliminaire de Gaston Juchet, ci-dessous.

