

Commercialisée en 2024, année où elle devient même la voiture présidentielle lors du défilé du 14 juillet, la Renault Rafale a été dévoilée… au Bourget, terre d’origine d’une partie de l’histoire de l’aviation française. La raison ? Son appellation provient d’un avion, le très fameux Rafale Caudron-Renault.

Dans les années 1920, Renault développe des moteurs non seulement pour ses automobiles, mais également pour des trains et des avions. En 1933, passionné par l’aviation, Louis Renault rachète Caudron pour créer la société Caudron-Renault et un an plus tard, le Rafale naît pour des objectifs de compétiteur. A l’occasion du lancement du modèle Rafale en 2024, 90 ans après la naissance de l’avion éponyme, Renault rappelle que “les travaux de Marcel Riffard, ingénieur qui a conçu l’avion Caudron-Renault Rafale, ont également influencé le design de la Nervasport et de l’Étoile filante.”

Rafale est donc une appellation légitime pour un modèle qui vient coiffer l’offre du constructeur français. Mais cette appellation pour une automobile Renault n’est pas nouvelle. Deux projets l’ont adoptée, avec un simple dessin pour l’un, et une concrétisation de deux maquettes échelle 1 pour l’autre.

Commençons par le plus inédit : la Renault Cabriolet Rafale dessinée par Gaston Juchet en 1962. On voit ci-dessus Juchet à gauche en présence du patron de Renault du début des années 1980 : Bernard Hanon. Gaston Juchet, responsable du style Renault jusqu’à l’arrivée de Patrick le Quément en fin d’année 1987, a dessiné notamment trois Renault qui ont fait date : la Renault 16 de 1965, le duo Renault 15/17 de 1971 et la Renault 25 de 1984. Trois modèles emblématiques pour trois décennies différentes. C’est dire le talent de cet homme (1930-2007) qui a su adapter ses créations aux évolutions sociétales pendant plus d’un quart de siècle.

C’est le 1e mai 1962 que le directeur du style Renault signe le second dessin d’un cabriolet issu des études sur la Renault 16. Le dessin du mois de mai, sans doute réalisé dans le petit studio de Gaston Juchet sous les combles de la maison familiale (1e mai, fête du Travail, mais pas pour tous visiblement…) avait été précédé en avril 1962 d’une première esquisse de couleur verte d’un cabriolet Renault 16 sans l’appellation Rafale visible.

Le dessin du mois de mai 1962 porte quant à lui sur sa portière l’inscription “Rafale” de l’avion Caudron-Renault (ci-dessous). Logique à plus d’un titre. Vous comprendrez que ce cabriolet devait permettre à quatre passagers de rouler cheveux au vent. Mais l’autre raison, bien plus personnelle et solide, vient de la passion de Gaston Juchet pour l’aviation.

Pour son étude de cabriolet 2+2 places issue de ses travaux sur la Renault 16 qu’il vient de dessiner, Gaston Juchet utilise l’appellation Rafale que l’on distingue ci-dessus. Ce passionné d’aviation avait toute la légitimité pour opérer ainsi ! Depuis les débuts de sa carrière, avant même de franchir les portes du bureaux de style, Gaston Juchet crée des avions, des architectures modernes, des portraits hyperréalistes et des peintures abstraites, mettant en avant ses talents multiples.

Parmi ses nombreuses toiles, nous avons choisi celle de l’avionneur français Leduc, le prototype 022 avec son architecture hallucinante : le pilote prenait place dans un habitacle intégralement transparent qui, en coulissant, se refermait sur lui dans cette capsule de matériaux composites. Derrière le pilote, un turboréacteur de 2800 ch de poussée qui devait lui permettre de tutoyer la vitesse de Mach-2. Vitesse que l’avion n’atteindra jamais. Le prototype 022-01 de Leduc est exposé au musée de l’Air et de l’Espace au Bourget.

L’avion, c’est une grande passion de Gaston Juchet dès son plus jeune âge, comme le rapporte son fils Jean-Michel : “le week-end nous allions à Civry chez nos grands-parents à un peu plus de 100 km de la banlieue ouest parisienne où nous logions. Civry est proche de la base aérienne 279 Châteaudun (1934-2014) C’est ici que mon père Gaston a dessiné à 14 ans la libération du village en août 1944.” Plus tard, Gaston Juchet va presque naturellement s’orienter vers des études d’ingénieur sur la mécanique d’aviation mais aussi et surtout, sur l’aérodynamisme.

Avec sa formation d’ingénieur aérodynamicien, Gaston Juchet entre à la Régie Renault en 1958, puis au style au début des années 1960. Jean-Michel Juchet se souvient “qu’après le départ de Fernand Picard de la direction des études, Yves Georges et Claude Prost-Dame manifestèrent un intérêt tout particulier pour le style et son développement.” Gaston Juchet débarquait dans un service qu’il a considérablement remanié jusqu’à la fin des années 1980.

Ci-dessous, nous sommes reçus par Jean-Michel Juchet, le fils aîné de Gaston Juchet et frère d’Henry, Laurent et Alain, dans le studio du grand styliste, sous les combles de la maison familiale. Derrière le fauteuil où s’installait le responsable du style Renault lorsqu’il venait travailler dans son petit studio personnel, on note une large présence de peintures et de maquettes d’avion.

Mais Gaston Juchet n’a pas été le seul à faire renaître cette appellation de Rafale pour une automobile Renault. Lors de l’étude du projet X29 qui donnera naissance à la Renault 25 en 1984, le styliste Jean-François Venet (ci-dessous) arrivé au style Renault en 1977 proposa une maquette aérodynamique dénommée Rafale en interne. Cette maquette se retrouvera jusqu’au choix du style en confrontation directe avec celle de… Gaston Juchet.

C’est finalement la proposition de Gaston Juchet qui devint la Renault 25 avec une longue période de changements incessants du cahier des charges, impactant jusqu’aux dimensions de la voiture à quelques mois de son industrialisation ! La maquette de Jean-François Venet ci-dessous ne resta pas lettre morte et influença les nombreuses études aérodynamiques des différents studios de Renault.

