La Bugatti 16 cylindres de Paul Bouvot

Lorsque Paul Bouvot, née en 1922, intègre la maison Peugeot en 1956, la toute récente 403 lancée en même temps que la « bombe » Citroën DS au salon de Paris 1955, est la première berline de la marque de Sochaux à porter la griffe du carrossier Pininfarina.

Autoportrait – 1975.

Le contrat entre le bureau de style italien et Peugeot a été signé en 1951. A l’époque, c’est Henri Thomas qui, chez Peugeot, dirige le bureau de traçage et de style automobile. On lui doit notamment la ligne fuseau. Paul Bouvot prend la succession de Thomas en 1960 et comprend que son combat face à Pininfarina va être compliqué, d’autant que Georges Boschetti, patron des études qui l’a adoubé chez Peugeot, est un amoureux des créations italiennes.

Paul Bouvot dans l’un des prototypes des 24 Heures du Mans conçu par Gérard Welter et Michel Meunier. Photo prise sur la terrasse du style Peugeot à la Garenne.

Bouvot renforce alors sa petite équipe et embauche en 1960 un jeune staffeur au nom de Gérard Welter. Ce dernier n’a alors que 18 ans… Tous deux et leurs équipiers vont peu à peu prendre le contrôle des projets menés conjointement avec Pininfarina. Ce seront tout d’abord les phares ovales de la 204, imposé par Paul Bouvot, puis ceux de forme triangulaire de la 504 adaptés au style Pininfarina.

Sans ses phares ovales voulus par Paul Bouvot, la 204 de 1965 dessinée chez Pininfarina n’aurait pas été la même…

La véritable rupture s’opère en 1983 avec la commercialisation de la 205. Pour autant, Pininfarina continuera de travailler sur les projets Peugeot jusqu’à l’arrivée de Jean-Pierre Ploué qui rompt les liens entre le groupe PSA et les consultants italiens (Bertone, Pininfarina et Giugiaro).

Paul Bouvot laisse les clés du design à Gérard Welter et quitte le constructeur au début des années 1980. Il s’adonne alors à sa passion de la peinture et du dessin. Ses premiers cahiers s’ornent notamment de Traction ci-dessus (son père était agent Citroën) alors que sa passion pour Ferrari sera décuplée par ses nombreuses rencontres professionnelles avec Sergio Pininfarina.

Archives : lignesauto.fr

Et puis il y aura aussi la passion des Bugatti et à ce titre, nous avons choisi d’évoquer aujourd’hui l’une de ses esquisses les plus flamboyantes, ci-dessous. Il s’agit d’une Bugatti dotée de deux moteurs huit cylindres en ligne mis bout à bout sous un capot immense, carrossée d’une ligne dynamique, basse et élégante.

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Techniquement, nous imaginons la complexité de l’architecture mécanique de cet assemblage improbable, mais lorsque Paul Bouvot dessine d’un trait ce coupé 16 cylindres, il fait fi de ce type de contrainte. Mieux, il crée une véritable famille avec ce double huit cylindres en ligne avec un transporteur très futuriste et une monoplace. Il loge également le huit cylindres, seul, dans… une moto ci-dessous.

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Nous avons voulu donner vie à cette Bugatti de l’extrême, pour rendre compte de ce tracé extraordinaire d’élégance et de puissance. Pour ce faire, nous avons utilisé l’intelligence artificielle, non pas comme un outil de création, mais comme un simple outil de mise en valeur de l’existant.

Nous avons commencé par nettoyer l’œuvre originale afin de la transformer en une véritable sculpture roulante. Ces deux étapes magnifient l’idée de l’artiste, sans la dénaturer. Vous pouvez ranger votre pistolet à six coups…

Le résultat est une Bugatti flamboyante et très dynamique par rapport aux chef-d’œuvre de la marque. Elle prend toute sa force dans le respect d’un tracé qui n’aurait pas fait injure aux créations françaises de Jean, le fils (1909-1939) et d’Ettore, le père (1881-1947).

L’émotion de voir ces dessins d’archive, de plonger avec eux dans une époque révolue est immense. Celle de leur donner une nouvelle vie, sans trahir l’esprit artistique de leur auteur, est tout aussi puissante.

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