“A portrait of db” : la sculpture automobile en hommage à David Bowie (seconde partie)

Takumi Yamamoto, on l’a vu dans le précédent ‘post’, a voulu rendre un hommage très particulier à David Bowie (1947-2016) en créant une sculpture automobile répondant sobrement au nom de “A portrait of db”.
Ses nombreuses esquisses ont permis de définir les grandes lignes de son projet, mais pour lui faire franchir les frontières de l’objet échelle 1, il a fallu de très nombreux mois de travaux.

Première étape et non des moindres, la conception 3D de l’idée de départ. Donner aux idées de Takumi du volume.
Pour ce faire, le designer japonais s’est associé à un français : Cyrille Ancely (*voir en bas du ‘post’) qui a lui aussi travaillé pour le groupe PSA.

C’est à cette occasion que vous avez rencontré Takumi Yamamoto ?
“Pas tout à fait” nous dit Cyrille, “on s’est croisé quand il bossait sur le projet GTbyCitroën mais on ne s’est pas parlé à ce moment-là et on n’a pas non plus travaillé ensemble. C’est plus tard, en 2016 (*) que nous nous sommes vraiment rencontrés pour évoquer ce projet. Takumi avait besoin de quelqu’un pour le transformer en 3D car il n’avait pas cette compétence-là.”

Vous avez alors découvert la personnalité de Takumi !
” Un créatif pur et dur et même un type qui a du mal à s’arrêter de créer ! J’ai parfois été obligé de le freiner car c’est sans fin avec lui ! Il faut dire qu’il ne cessait de répéter que ce projet était celui de sa vie… Il a commencé à le dessiner réellement deux jours seulement avant la mort de Bowie.”

On a attaqué la 3D de son projet alors que le design n’était pas encore figé. Il y avait évidemment toutes les idées et c’était très intéressant de vivre cette façon de créer. Il y avait d’un côté les grands thèmes du design et de l’autre la concrétisation en 3D.
C’est comme si au final ces deux personnes n’en faisaient qu’une : d’un côté le cerveau et ses idées et de l’autre, les mains du sculpteur !”

Le cerveau et les mains donnent donc naissance à une étonnante “voiture-sculpture”. Comment la définiriez-vous ?
“Des mots pour décrire la voiture ? C’est compliqué car il y en aurait beaucoup ! En fait, ce n’est pas une voiture. C’est la concrétisation de la vue d’un artiste qui rend hommage en s’appuyant sur son domaine d’expression : le design automobile. Pour un peintre, c’est une peinture et pour Takumi, c’est tout naturellement une voiture. On considère que c’est une sculpture automobile plus qu’une voiture.”

Une sculpture à la fois élancée et aux volumes tourmentés…
“Les formes imaginées par Takumi ne peuvent être exécutées qu’en 3D. Elles sont tellement inédites en automobile que la fabrication d’un prototype avec les méthodes classiques aurait demandé un travail gigantesque, notamment au niveau des volumes qui vrillent sur eux même… On a cherché la solution pendant près d’un an. On avait même déniché une société qui disait pouvoir imprimer en 3D la sculpture en une seule pièce.”

“Finalement, c’est la société Marie 3D ( https://www.marie3d.com ) à Sartrouville qui nous a offert la meilleure solution et les meilleures technologies pour le projet de Takumi. Elle dispose d’une imprimante 3D de très grand format (ci-dessous une Massivit 3D de la société éponyme ( https://massivit3d.com/about/ avec Takumi). Marie 3D s’est même transformée en sponsor de l’opération puisqu’elle prend en charge l’assemblage de la maquette et des blocs imprimés en 3D. “

Takumi Yamamoto a évoqué également le nom d’une autre partenaire : Chinatsu Matsumoto. Quel a été son rôle dans le projet « A portrait of db » ?
“Elle est arrivée avec une grande envie, celle d’utiliser sur ce projet le design paramétrique en le poussant à son paroxysme. C’était une volonté de Takumi. En fait, l’idée était de générer des surfaces et des volumes non pas à partir d’un dessin mais à partir d’une… chanson ! Les variations de rythme et des paroles devaient être capables d’inventer ces volumes… Chinatsu est une spécialiste de ces logiciels (CATIA xGenerative de Dassault Systèmes par exemple:  https://www.youtube.com/watch?v=ZtpalVl_-u0 ). On n’a pas encore réussi à trouver comment convertir la musique en un algorithme capable de générer des volumes mais on travaille dessus avec de solides partenaires !”

La voiture présente en outre une particularité (mille particularités en fait…), elle est totalement déstructurée avec deux profils différents. L’un -côté passager- est constitué de volumes élancés qui forment une cape (ci-dessus) se déployant de l’avant en débordant largement à l’arrière, l’autre -côté conducteur- est plus atypique avec des… cristaux ! (ci-dessous)
“La volonté de Takumi était effectivement d’implanter des cristaux sur le flanc gauche. C’était un véritable casse-tête à numériser. Shimada avait commencé à travailler ce thème, on les a même disposés nous-même à un moment mais c’était trop compliqué, pas naturel. Alors on a choisi un algorithme pour les disposer de façon plus aléatoire et plus esthétique.”

Quel a été le rôle d’Alexandre Larnac (CG Artiste, ci-dessous et ici : https://www.alexandrelarnac.com ) qui a rejoint ce projet ?
“On peut simplifier en disant que le travail de création pur et dur, en 2D et en 3D, a été réalisé par Takumi et moi-même. Ce furent des échanges incessants entre le Japon et la France, parfois des journées de 16 heures… Alors à un moment, on s’est dit avec Takumi que nous aurions besoin de belles images pour promouvoir ce projet. Alex est alors arrivé pour la réalisation de ces images professionnelles et… sublimes ! Comme moi, il est plutôt bénévole sur ce projet car nous sommes avant tout trois passionnés !”

Sachant que le salon est organisé à la fin de ce mois jusqu’au tout début février, êtes-vous en panique au niveau des délais ?
“Non, pas du tout car la maquette est dans les temps, voire en avance d’une semaine ! Le gros du travail restant se porterait plutôt sur les réglages du video mapping : au Festival International de l’Automobile de fin janvier, notre maquette sera peinte en blanc et on projettera des images sur le volume, notamment des dessins de David Bowie réalisés par Takumi. On travaille dur actuellement sur ce vidéo-mapping !”

C’est effectivement au Festival International de l’Automobile que vous pourrez juger de la qualité du travail exécuté par cette micro-équipe de professionnels.
Nous avons été séduits à LIGNES/auto devant cette sculpture qui s’affranchit des règles. Elle nous rappelle, dans le fond et non la forme et en tenant compte des époques bien différentes, le concept-car de Taru Lahti : la Ghia Ford Focus très animale et adepte du beau bio-design (ci-dessous).

Mais comme le conclut Cyrille Ancely, la voiture de Takumi aurait été différente avec un autre consultant en 3D.
C’est ce qui fait la richesse de telles rencontres et la beauté du produit fini…

(*) Cyrille Ancely

Designer transport issu de la filière de Créapole ESDI, sa formation de designer automobile s’est depuis complétée de celle de designer industriel et modeleur 3D avec la maîtrise des logiciels qui vont de pair. “A ma sortie de l’école, j’ai effectivement commencé mes formations dans ce domaine, notamment à Barcelone. Avec ce travail, j’ai acquis les compétences pour ensuite œuvré chez PSA comme « modeleur classe A junior » puis comme « designer style industriel » .

“J’ai beaucoup travaillé en freelance avec le groupe PSA jusqu’en 2012 sur différents projets. Ma responsabilité est passée de styliste industriel pour une partie d’un habitacle à la gestion complète de l’extérieur pour le projet M3 (Peugeot 301/Citroën Élysée). Mais à l’époque, PSA était mon seul client et avec la crise de 2008, il y a eu un premier avertissement ! J’ai compris qu’il était dangereux d’être dépendant d’un seul client. J’ai alors assouvi mon envie de formation sur d’autres logiciels 3D.
J’ai quitté PSA au profit de « Style et Design » où j’ai notamment suivi le projet Fiat Talento véhicule commun entre Renault et Fiat basé sur le Renault Master. J’ai aussi eut l’opportunité de travailler sur des concepts cars pour DCI (design avancé du groupe Renault et Alpine en particulier), ou des clients privés. Cette collaboration m’a permis de travailler dans d’autres domaines des transports pour des clients comme Alstom, Beneteau ou Zodiac Aerospace.

J’ai ensuite découvert de nouveaux horizons en travaillant sur des projets pour Castorama, Decathlon (et plus tard Leroy Merlin NDA) et même sur un projet de vélomobile (vélo très haute vitesse) pour la société CARL ! Le client de ce projet l’était aussi avec Takumi Yamamoto. C’est lui qui nous a mis en relation quand Takumi a mis fin à son contrat avec Sony.” Et la belle histoire du projet “A portrait of db” pouvait dès lors commencer…

-Le designer style industriel réalise un tout autre travail que le designer de création nous explique Cyrille : « si l’on veut décrire rapidement les différents métiers du style, il y a tout d’abord le style créatif exécuté par des designers purs et durs comme Takumi. Ils réalisent des dessins en 2D et parfois, quelques-uns font de la 3D. L’étape suivante met en œuvre les modeleurs 3D qui visualisent en trois dimensions la voiture à partir du dessin, sans contraintes industrielles. Lorsque le style est quasi figé, le projet passe à l’étape du design industriel. Les personnes ne sont alors plus les mêmes, même si le designer suit évidemment le projet. A ce stade, le responsable du design industriel prend le relais et va s’occuper tout à la fois de respecter le design et le rendre ‘industrialisable’. Et ce, jusqu’à la création des outils et moules pour la production. En termes de 3D à ce stade, on livre tout ce qui est ‘visible’, mais on ne s’occupe pas des renforts de pièces, par exemple les renforts internes pour une pièce plastique sont étudiés par le fournisseur lui-même.”

Retrouvez Cyrille Ancely :
-Page fb pro: @ancelydesign –  https://www.facebook.com/ancelydesign/
-Instagram : @aportraitofdb – https://www.instagram.com/cyrilleancely/


A suivre dans la troisième partie de
“A portrait of db” :
les vues 3D de la voiture et la genèse étape par étape.

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