

Alors que le concept-car Renault Scénic de 1991 ci-dessus fête cette année ses 35 ans, Renault a profité de sa conférence Futuready du 10 mars dernier pour lever le voile sur une nouvelle génération de monospace 5 places pour 2038 avec son concept-car R-Space lab. Il est le descendant direct du concept-car R-Space de 2011 qui avait donné naissance à la 4e génération du Scénic en 2016. LIGNES/auto profite de cette occasion pour faire le grand écart entre passé et futur avec ce sujet sur le futur Scénic de 2028 préfiguré par le concept-car.

Ce dernier pourra être 100% électrique (750 km d’autonomie) ou électrique aidé par un range-extender capable de recharger ses batteries en roulant, proposant alors 1400 km d’autonomie. Une autre configuration 100% électrique pourra bénéficier de deux moteurs pour devenir un véhicule à quatre roues motrices. Mais saviez-vous que le concept-car de 1991 était déjà un engin à 4 roues motrices ? LIGNES/auto vous gâte dans ce sujet avec toutes les Scénic quatre roues motrices qui ont été étudiées – sans suite – lors de la genèse de la deuxième génération du monospace français, ci-dessous, qui apparaîtra en 2004. Des archives au futur : bienvenue à cet anniversaire fêté « à la manière » de LIGNES/auto !

Renault annonce son plan pour ses futurs produits qui, sur le segment B+ et D (de Symbioz et Scénic à Rafale) s’appuieront sur une plateforme dénommée RGEV Medium 2.0 ci-dessous. Celle-ci n’aura plus grand chose à voir avec celle sur laquelle repose – entre-autre – l’actuelle Renault Scénic 100% électrique. La nouvelle imposera l’architecture de recharge 800 volts et sera déclinée en trois versions : 100% électrique (750 km d’autonomie), quatre roues motrices (100% électrique) et électrique avec prolongateur d’autonomie ci-dessous.

Avec ce terme, il faut comprendre : dotée d’un moteur thermique uniquement utilisé pour la recharge de la batterie, sans liaison avec les roues, et permettant ainsi d’allonger l’autonomie à 1400 km. Dans ce cas, un seul moteur électrique (toujours en mode propulsion) logé à l’arrière et un petit moteur thermique à l’avant. Renault précise par ailleurs que la chaîne de traction actuelle E-Tech pour les modèles du segment inférieur sera pérenne au-delà de 2030. Ci-dessous, la version sportive 4 roues motrices qui pourra accepter jusqu’à 500 ch d’après nos confrères de l’Automobile Magazine, contre 250 ch en version deux roues motrices de base.

Mais abordons les vraies avancées dans ce qui nous intéresse particulièrement : le concept de base du R-Space Lab : c’est un monospace compact, et il est évidemment une représentation de ce que pourrait être le prochain Scénic, même si le constructeur ne le confirme pas. Première constatation, les efforts réalisés dans le compactage du pack batterie semblent porter leurs fruits avec un pack moins épais, permettant d’abaisser très sensiblement le plancher et donc, la voiture en elle-même qui ne mesure que 1,50 m de haut contre 1,64 m pour la première génération de Scénic.

Aujourd’hui, le bac de batteries logé dans le plancher est de plus en plus optimisé. On avait pour habitude de trouver des valeurs de 10 à 13 cm d’épaisseur chez les constructeurs les moins performants. On est aujourd’hui sur la voie de pack de 8 à 9 cm. Plus on abaisse cette cote, plus le designer récupère de la liberté de style. Deuxième atout du concept R-Space Lab, une habitabilité et une modularité très travaillée. On trouve au rang deux, trois assises d’une même largeur, ce qui n’était pas le cas sur les premiers Scénic. Le siège passager intègre les airbags latéral et frontal, permettant de libérer de l’espace dans la planche de bord.

On retrouve ainsi l’esprit novateur de Renault en matière d’agencement intérieur. Comme le dit le constructeur, on pourrait se diriger vers une génération 2 de la voiture à vivre. Les batteries logées sous le plancher devraient cependant interdire la présence de coffres de rangement sous les pieds des passagers comme sur le Scénic de première génération. En revanche, la nouvelle plateforme est étudiée pour toutes les silhouettes imaginables, et le futur Scénic devrait largement en bénéficier avec une baie de pare-brise avancée au maximum. Ci-dessous, la silhouette du R-Space Lab comparée à celle de l’actuelle Renault Scénic : en vert, le Scénic actuel, en jaune le concept-car R-Space Lab.

Ce n’est finalement qu’un retour aux sources de la forme monovolume qui a été privilégiée par les constructeurs sur leurs modèles monospaces. Cette recherche vers le monocorps est, dixit un grand patron de design “ une tendance de modernité. Regardez les Toyota Prius ou encore les Mercedes berlines EQ. Le designer aura toujours une volonté d’aller vers des pare-brise avancés.” Ceux de Renault, aujourd’hui dirigés par Alexandre Malval (ex-Citroën et Mercedes) l’ont bien compris.

On comprend à ce stade de lecture que les innovations du futur monospace compact de la marque sont pour la plupart empruntées aux générations précédentes. C’est logique. On mettra de côté évidemment tout ce qui concerne l’architecture électrique qui a quand même progressé et permis de reconsidérer le concept du monospace. Enfin, les familles vont pouvoir retrouver de vrais monospaces. Mais ce qui peut faire sourire, c’est aussi le retour des quatre roues motrices demain sur cette nouvelle plateforme. Auxquelles on ajoute les roues arrière directrices sur le concept R-Space Lab. Évidemment, les moteurs EV plus compacts, l’absence de transmission qui longe le plancher sont du bonheur pur pour les architectes. Alors il est temps de rappeler que le tout premier Scénic avait lui aussi quatre roues motrices (ci-dessous)

Une fois encore, nous délaisserons la technique pour nous intéresser au style de cette version imaginée pour les amoureux du tout chemin. Si la version RX4 de la première génération de Scénic a bel et bien été produite de 2000 à 2003, celle qui devait prendre sa succession n’a pas vu le jour. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Voici une petite collection de projets du programme J84 4X4 dont les dessins datent de 1999 (le Scénic J84 est arrivé sur le marché en 2003).

Ces dessins ont une saveur particulière. D’abord parce qu’ils sont traités avec des numérisations qui respectent l’original. Ensuite parce qu’ils ont été réalisés par une toute petite équipe de designers Renault qui avaient pris racine dans le tout nouveau centre de design de la marque, externalisé à Barcelone. En janvier 1999 ce studio design de Renault à Barcelone commence ses travaux. En mars, l’équipe très réduite se constitue notamment avec Vincent Pedretti et Florian Thiercelin. Tous deux débarquent en provenance du centre de design de Guyancourt en banlieue parisienne pour une période de “ressourcing”. Ils sont alors sous la responsabilité de Thierry Metroz.

Très vite, l’équipe renforce notamment le secteur concernant la réalisation de maquettes avec l’arrivée d’un second maquettiste Fabrice Desenne. Le premier designer de la FASA (filiale Renault espagnole) signe également en juin. Il s’agit de Ulfert Janssen. Pedretti et Thiercelin s’engagent tous deux sur le programme J84 du futur Scénic. Dans le même temps, le programme W89 de la future Twingo est abordé.

Thierry Métroz peut également compter à partir d’octobre sur un second designer FASA (Teofilo Plazza). Les premiers dessins du J84 sont signés Vincent Pedretti dès le mois d’avril 1999. Ulfert Janssen lance quant à lui ses esquisses pour l’intérieur. En septembre de cette même année, Patrick le Quément fait le voyage jusqu’en Espagne pour une revue des projets, dans lesquels il découvre les premiers travaux de design intérieur de Jérémy Leng. Ce dernier remplace Florian Thiercelin* reparti à Guyancourt. L’équipe de Barcelone est officiellement concurrente de celle de Guyancourt.
* Florian Thiercelin, notamment auteur des concept-cars Initiale Paris et VelSatis est décédé en décembre 2023. A lire ici le témoignage de son épouse Caroline : https://lignesauto.fr/?p=37212

En novembre, une première maquette Clay sur une structure de polystyrène fraisé est lancée. Le style de Vincent Pedretti est retenu pour cette phase importante. On note la rapidité avec laquelle le projet espagnol est mené. Dans le même temps, la version 4×4 du Scénic est mise en chantier avec plusieurs dessins, dont certains publiés aujourd’hui avec une définition numérisée pour une meilleure compréhension des intentions du designer. Il est vrai que le premier Scénic RX4 sur la base de la première génération est dans les tuyaux de la commercialisation. On songe déjà à son renouvellement.

Les propositions de Vincent Pedretti pour la version 4×4 (voir les dessins ci-dessus) sont également retenues pour le passage à une maquette à l’échelle au 2/5e en novembre 1999. Ulfert Janssen quant à lui continue, avec Jérémy Leng de proposer de nouvelles architectures pour la planche de bord du Scénic. Ci-dessous, l’un des dessins d’Ulfert Janssen. Au final, la proposition du Scénic est allée en confrontation avec celle de Guyancourt et sera retenue. En revanche, la version 4×4 sort du plan produit…

Ci-dessus et ci-dessous, l’évolution des planches de bord en presque un quart de siècle. Au-dessus, un dessin de Janssen mis en valeur par une numérisation, et ci-dessous, l’habitacle du concept de 2026 avec son écran Open R panorama s’imposant sur toute la largeur de l’habitacle. Quant au volant, il a été dessiné en tenant compte de la direction “by wire” sans liaison mécanique. Comme celle de la future Peugeot 208 avec son Hypersquare…

Ci-dessous, avant de terminer ce post anniversaire, une petite fiche pour être incollable sur les générations Scénic. Et dire qu’on doit aussi son succès au patron de l’époque, Louis Schweitzer qui a décidé en cours d’étude que le Scénic serait fabriqué en tôle, et non en matériaux composites comme imaginé un moment. Avec des outillages et un ferrage en tôle, le Scénic a pu suivre une montée en cadence extraordinaire. Ce qu’il n’aurait pas pu faire avec des outillages de moulage de composites. Ouf !

En conclusion, l’annonce du retour du concept monospace avant la fin de la décennie est une excellente nouvelle. Pour Renault notamment qui reste pionnier dans cet univers et pas seulement grâce à l’Espace de 1984. Mais aussi et surtout grâce à la petite Twingo de 1993 avec un design monocorps que Citroën avait testé à la fin des années 1970, mais avait finalement abandonné, ci-dessous.

Renault y a cru. Pas forcément toute l’entreprise, mais l’équipe de Patrick le Quément notamment. Et puis l’on doit aussi ce côté pionnier au concept-car Scénic qui a dessiné l’habitacle d’une voiture avant son enveloppe corporelle. Une voiture pour les passagers. Tout simplement. Il était temps. Et il était temps qu’on y revienne ! Ci-dessous, une interprétation totalement libre de ce que pourrait être ce fameux futur Scénic de 2028… Bon voyage.

