La longue interview – Axel Breun : Alpine, hier, aujourd’hui et demain.

Axel Breun dessine des Renault depuis 1987, et plus particulièrement, des… Alpine ! De designer à responsable du design des concept-cars, en passant par responsable du design Renault-Sport, qui mieux que lui pouvait nous parler des Alpine d’hier, d’aujourd’hui, et de celles qu’il aimerait pour demain ?

Alpine n’est pas mort. L’A110 continuera d’être produite au moins deux ans. Et de son côté, le nouveau patron Luca de Meo a intégré cette marque au cœur des quatre entités du futur de Renault : Dacia, Renault et une nouvelle marque pour les véhicules de mobilités du futur. Jean-Dominique Senard, avait annoncé le vendredi 29 mai qu’il existe au sein du site de Dieppe, “une incroyable compétence“. Il va donc falloir revaloriser l’usine. “Alpine est une marque magnifique, mais continuer ainsi ne serait pas une situation sereine“.

L’A110 devrait rester au moins deux ans à Dieppe. Pour la suite, il faut attendre le discours de Luca de Meo prévu début janvier 2021. On peut imaginer une recherche pour rendre perenne la marque Alpine (sur un autre site ?), sans doute avec un véhicule reposant sur la plateforme Nissan EV, puisque Renault a annoncé vouloir “moins de diversité” et un passage de 13 à 4 plateformes d’ici à 2026 pour l’Alliance.

Pour “comprendre” Alpine et plus particulièrement l’aspect produit-design qui nous intéresse plus particulièrement, nous avons interviewé Axel Breun, auteur du concept-car A110-50 (ci-dessous) anniversaire, mais aussi acteur de tous les projets de renaissance de la Berlinette, que ce soit comme designer ou comme manager.

Axel Breun a été embauché chez Volkswagen par Patrick le Quément. Lorsque ce dernier quitte VW pour Renault en 1987, Axel le suit et est, depuis, resté fidèle à Renault, que ce soit avec Le Quément ou, à partir de 2009, avec Laurens van den Acker.
LIGNES/auto : Donc, Alpine, ça vous parle !
Axel Breun : “Comme tous les jeunes allemands, la Coccinelle a été ma première voiture, mais dès l’âge de 20 ans, je me suis offert une A110 ! Je n’ai pas fait de compétition avec mais j’ai quand même réussi à l’abimer un peu ! Par la suite, j’ai eu l’occasion de conduire une A310 V6, car j’adorais son design. Mais j’ai trouvé le moteur un peu mou. J’avais imaginé une sportive comme la Berlinette, mais c’était finalement une Grand Tourisme trop confortable pour moi. Mais aujourd’hui, à mon âge, je pense que je l’adorerais !”

Axel Breun a suivi Le Quément chez Renault avec la ferme intention de donner naissance à la Berlinette des années 2000. Il a été l’un des trois designers sur le projet W71 de la fin des années 1980. Après le W71 abandonné, le Z11 (ci-dessous) prend la suite avec l’espérance d’une présentation à Genève en 2001. Axel est encore de la partie, mais c’est le projet de Nicolas Dortindeguey qui est retenu. Le concept-car est prêt pour Genève 2001, mais Louis Schweitzer le bloque au dernier moment.

Quatre ans après, en 2005, Axel Breun est également sur le projet d’un petit SUV 2+2 places à moteur central arrière pour Renault-Sport. Ce projet W16 n’a pas plus de succès, malgré un joli dessin du designer Antony Villain qui enfantera, dix ans plus tard, la nouvelle berline de 2017. Enfin ! Mais avant cette renaissance, il y eut encore un essai supervisé par Axel : celui d’une Berlinette sur la base de la Nissan Z (détail ci-dessous). Avec moteur avant, donc… Bref, Alpine et Axel Breun, c’est une histoire passion.

Usine Alpine à Dieppe avant l’arrivée de l’A310.

LIGNES/auto : l’usine de Dieppe en sursis, ça vous peine ?
Axel Breun : “Au lieu de parler d’un sursis, je parlerais plutôt d’un atout ! Au delà d’une gamme accessible et abordable avec Dacia parfaitement intégrée dans notre portfolio, c’est Alpine, avec ses produits et son ADN, qui représente une partie de l’avenir de l’automobile à développer. A savoir, la recherche vers la légèreté, mais aussi vers une vraie aérodynamique – le contraire d’un SUV – et surtout, l’attractivité et la diversité. Dès lors, il faut miser sur le long terme pour une garantie de rentabilité. Encore plus dans cette période de l’après Covid-19, car les gens vont dépenser moins dans les voyages au long cours et plus dans d’autres plaisirs, je pense notamment aux cabriolets compacts… électriques ou hybrides.”

Mais une Alpine construite ailleurs qu’à Dieppe, est-ce imaginable ?
A.B. : “Construire ailleurs qu’à Dieppe, c’est imaginable mais franchement, je suis convaincu que le site peut jouer un rôle “d’usine pilote”, avec toute son expérience déjà acquise dans la construction d’une voiture légère. Ajoutons-y notre savoir faire dans l’hybride et l’électrique, et vous avez un joli cocktail !”

Je vous donne une baguette magique : vous faites quoi de l’usine de Dieppe ?
A.B. : “Je développerais Dieppe et sa région comme un vrai “parc d’expérience” pour nos clients, avec piste d’essais “course”, “off-road”… J’invite le Marketing de Renault à regarder ce que Porsche est en train de réaliser à Hockenheim, en Allemagne avec des structures capables d’accueillir des rendez-vous de clubs, un peu comme en Angleterre, des événements et des essais de la gamme. Porsche est conscient, comme d’autres constructeurs allemands que les limitations de vitesses finiront par arriver en Allemagne.”

Porsche a semble-t-il été très intéressé par la Berlinette !
A.B. “Oui, bien sûr, et pas seulement les experts de la concurrence qui considère l’A110 comme un véritable bijou. Mes collègues designers chez Porsche savent aussi que c’est une belle direction à prendre pour concevoir la sportive de demain. Ils rêvent eux aussi d’une petite compacte sportive.”

L’Allemagne est un pays de vitesse, de passion et d’une certaine culture automobile. Imaginable en France ?
A.B. : “L’industrie automobile française n’a jamais compris le levier culturel de l’automobile. Regardez l’exemple des musées automobiles qui sont très développés en Allemagne, et quasi inexistants en France, à mon grand regret. En Allemagne, l’intérêt pour l’automobile passe par l’éducation, avec notamment des visites des écoles primaires à Munich, Stuttgart ou Zuffenhausen par exemple.” Musée Porsche ci-dessous

Vous étiez responsable du design concept-car lorsque le concept Captur a été révélé en 2011. C’était une vraie Alpine coupé SUV !
A.B. : “Ah! le concept Captur ! Bien entendu, dans notre programme de concept-cars, la fameuse marguerite de Laurens van den Acker, nous rêvions d’une petite Alpine SUV: athlétique, sportive, légère… Nous avons mis ces ingrédients dans notre concept-car Captur de Genève 2011! C’était déjà le cas pour le premier concept-car de l’ère van den Acker, DeZir. Mais notre management était plutôt hostile à nos envies, et il nous était impossible de présenter DeZir ou Captur avec un logo Alpine. C’était trop tôt. Alors j’ai pu corriger le tir sur le concept-car A110-50 et sur DeZir, mais franchement, le concept Captur a gardé les gènes d’une Alpine : regardez bien la partie lunette-toit-custode et ses découpages, typiques de la marque !”

Qui a signé le style de la “vraie-fausse” Alpine Captur ?
A.B. : “Captur a été dessiné par un jeune et talentueux designer, Julio Lozano qui est aujourd’hui chez Audi. C’est dommage parce que contrairement à ce disent souvent les managers, je ne crois pas que tout le monde est remplaçable !”

Il y aurait deux possibilités pour l’avenir de la Berlinette : être produite ailleurs, ou disparaître en 2022-2023 pour laisser place à un SUV coupé électrique. Vous la verriez comment la gamme Alpine de demain ?
A.B. : “D’abord, une gamme plus internationale grâce aux atouts de l’Alliance. Avec, côté sport, une vraie voiture pour les 24H du Mans à la place de notre engagement peu compréhensible en F1 (la présence de Renault en F1 a été confirmée le vendredi 29 mai par la direction de Renault, NDA). Ensuite, ce serait suicidaire d’ignorer la mode des SUV… donc, oui pour un petit SUV Alpine hybride, type Captur. Mais pas seul ! Il faudrait absolument une Alpine A110 cabriolet, longtemps demandée par le design et désirée par de nombreux pays, notamment l’Allemagne. Il faut penser “plaisir” et moins “performance”, une orientation pas toujours comprise chez les passionnés que j’adore au demeurant !”

Renault le vendredi 29 mai a laissé planer beaucoup de zones d’ombre concernant le plan produit. La marque attend son nouveau directeur, Luca de Meo (ci-dessus) en juillet. Son arrivée est une bonne nouvelle ?
A.B. : ” Luca de Meo est un amoureux de l’automobile. Je reste optimiste car cela me fait penser à l’arrivée au design de Laurens van den Acker qui a permis des changements. Et puis rien ne dit que Luca de Meo ne remettra pas en cause certaines décisions couchées aujourd’hui sur le papier. Cela peut être une bonne nouvelle pour Alpine !”

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