Le long cheminement de la Renault 5 (1972) à la Supercinq (1984)

Commercialisée depuis 2024, la Renault 5 E-TECH 100% électrique est une pépite commerciale pour Renault. La question que les amateurs de design et de nouveautés se posent concerne son renouvellement. Et je n’ose imaginer le brainstorming pour décider du concept de cette future deuxième génération de R5 E-TECH.

C’est un contexte propice pour que nous ressortions quelques archives de celle que l’on peut considérer comme la grand-mère de la R5 E-TECH : la remplaçante de la première génération de Renault 5 (1972) qui fut commercialisée en 1984 sous le nom de Supercinq. On espère aujourd’hui qu’avec les outils dont disposent les services de prospective, le délai de gestation de cette future Renault 5 E-Tech sera plus court que celui de la Supercinq, comme on va le découvrir !

NOTE : toutes les images créditées “numérisation à partir d’une photo authentique” sont à retrouver en fin de post dans leur version originale.

Il est toujours délicat de s’attaquer au renouvellement d’un modèle qui connait un large succès commercial. C’était le cas pour le renouvellement de la première génération de Renault 5. Le contexte de l’époque était en outre perturbé par le gigantesque programme VBG, ci-dessous, dont la volonté était de donner naissance à une petite voiture bien plus moderne que la R5. Les fidèles de lignesauto.fr savent que ce programme a dérivé en de multiples silhouettes, tantôt pour une petite R2, tantôt pour remplacer la… 4L ! Bref, pendant ce temps-là, les travaux de remplacement d’une R5 en plein succès pouvaient attendre.

C’est pourtant un projet dérivé du programme VBG qui va servir de fondations au renouvellement de la R5 de 1972. Il est connu officiellement sous le nom de 140 et prend racine peu après le milieu de la décennie 1970. Il concrétisera les difficultés terribles à vouloir renouveler un modèle presque iconique : comment opérer ?

Tout changer, comme le programme VBG ci-dessus le voulait pour une petite voiture novatrice, ou refaire la même à l’image du processus de renouvellement des premières générations de Golf ? Gaston Juchet, alors responsable du design Renault (Robert Opron avait la charge de diriger le design du groupe Renault) nous expliquait en 1994 que « l’objectif pour le remplacement de la Renault 5 n’était pas du tout de faire la même… »

En juin 1978, les toutes premières maquettes échelle1/1 sont confrontées. Comme à son habitude, Gaston Juchet travaille avec son équipe qu’il dirige. Sa maquette nommée « G » ci-dessus reprend les feux arrière verticaux de la R5. Elle adopte par ailleurs les protections latérales de grandes dimensions testées sur les différentes maquettes du programme VBG. Rien ne se perd. Le styliste Mignon propose ci-dessous une maquette aux voies élargies et de larges feux arrière habillent un hayon à l’ouverture minimale.

Un an avant son départ pour prendre la direction du studio de « stile Bertone » Marc Deschamps propose ci-dessous une maquette avec une protection périphérique constituée de larges boucliers. Ces maquettes ne séduisent pas encore la direction. L’idée d’un grand changement pour passer de la R5 de 1972 à celle qui deviendra Supercinq ne semble pas porter ses fruits.

Sept mois plus tard, de nouvelles maquettes toujours à l’échelle 1/1 sont présentées pour le choix du thème de style, en 1979. Le grand Marcello Gandini, fraîchement intronisé comme l’un des consultants privilégiés de Renault débarque avec une maquette ci-dessous très… Gandini.

Taillée à la serpe, elle est inspirée de l’un de ses derniers travaux pour Bertone, la Citroën BX (ci-dessus). Les petits clignotants en bout d’ailes sont là pour le rappeler. On a du mal à croire que ce même Gandini remportera finalement le choix du style la Supercinq avec son « galet » ci-dessous, une expression modernisée de la Renault 5.

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Le fidèle atelier italien de Coggiola est également appelé à la rescousse et propose sa propre maquette pour le programme 140, ci-dessous. Coggiola était alors un consultant privilégié pour la réalisation de maquettes des projets internes à Renault, notamment pour la fabrication de la maquette de la Renault 14 du designer Robert Broyer. La proposition de Coggiole pour la Supercinq sera, comme d’autres, recalée.

Car Renault a bien compris que la Renault 5 est encore trop forte pour en changer radicalement le design, comme le soulignait Gaston Juchet peu après la commercialisation du modèle : « tout ce que l’on proposait dans les tests clientèles était moins bien noté que la R5. Celle-ci était tellement forte qu’elle balayait toutes les propositions, même les meilleures ! » Gaston Juchet propose pourtant en 1979 une variante de sa maquette G de 1978, ci-dessous, très moderne.

C’est finalement la dernière maquette de Gandini qui remporte la mise avec une incohérence qui ne nuira pas à son succès : si le style rappelait celui de la R5 d’origine, son soubassement était tout à fait différent avec une plateforme moderne à moteur transversal. Une première chez Renault si l’on excepte la Renault 14 issue d’une architecture Peugeot, suite aux accords signés entre les deux constructeurs en 1966. On devine ci-dessous les maquettes de la Supercinq de Gandini en présence de la direction avec Bernard Hanon et Juchet.

La Supercinq de 1984 fut la seule descendante de la R5 originale puisque la Clio de 1990 changera tout. Il faudra attendre 2000 pour qu’un petit prototype orange nommé ECHO et signé par l’équipe de François Leboine (aujourd’hui directeur du design Fiat) ravive l’ADN de la Renault 5 de 1972. Et devienne la R5 E-TECH, sur le remplacement de laquelle, on imagine que les designers de l’avance de phase doivent aujourd’hui travailler…

BONUS : L’INCONNUE DE GANDINI

Parfois, nos archives révèlent des projets qui n’ont pas vu le jour. C’est le cas de cette voiture ci-dessous proposée à Renault par le consultant italien Marcello Gandini. Nous sommes tout à fait dans les années 1980 avec le thème esthétique de la Supercinq dessinée par l’italien…

Mais le format est nettement plus généreux. Nous ne savons pas pour quel projet Gandini travaillait alors… Pour une méga Supercinq ? Pour la future Renault 11 ? Si des anciens de Renault lisent ce post et ont la réponse, nous sommes à l’écoute !

Voici ci-dessous es documents authentiques qui ont été numérisés pour une plus grande homogénéité du sujet.

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