

À force de râler après un carry-over (réutilisation d’éléments d’architecture, de structure et d’équipements entre différents modèles d’un même groupe) de plus en plus présent, prégnant et castrateur, nous sommes ravis de découvrir la nouvelle petite Dacia Spring. Pour ceux qui aurait loupé un épisode, le groupe Renault profite intelligemment de la plateforme de la nouvelle Twingo pour en faire bénéficier Dacia.

Cette nouvelle Dacia est le nouveau véhicule d’entrée de gamme. Une stratégie commune aux grands groupes automobiles. Logique, mais ce carry-over est ici subtilement traité. La Spring puisque c’est d’elle dont il s’agit, était jusqu’alors un modèle à l’origine destiné à la Chine mais qui a finalement été introduit en Europe par Ghosn. Aujourd’hui, cette Spring change du tout au tout. Elle reste évidemment 100% électrique (250 km d’autonomie) mais, grâce à son nouveau soubassement hérité de la Twingo, elle gagne en gabarit (7 cm de plus en longueur) et surtout, adopte un design de command-car sympathique et intégré à une gamme où les SUV sont nombreux.

On ne s’intéressera ici qu’au fameux carry-over, car contrairement aux photos publiées dans ce post, il est massif et parfaitement bien traité par les équipes d’ingénierie et de design. Rappelons que l’équipe de designers Dacia est menée par David Durand ci-dessus, grand designer ex-Renault puis Dacia, qui a avalé quelques couleuvres lorsque Luca de Meo est arrivé à la tête du groupe Renault en 2020.

La direction du design Dacia est alors passée successivement entre les mains d’Alejandro Mesonero-Romanos ci-dessus (novembre 2020-mai 2021), puis celles de Miles Nürnberger (juin 2021-Mai 2022) et enfin, ce qui semblait tellement évident à la base, de celles de David Durand.

Cette parenthèse fermée, on peut noter que l’équipe de design, renforcée par quelques recrues de la concurrence, a trouvé sur son bureau un beau matin un paquet de projets : Bigster à finaliser, les restylages de l’existant, le petit concept Hipster, ci-dessus, le design de la Dacia du Dakar (Sandriders), le projet surprenant du crossover Striker ci-dessous, et, last but not least, la nouvelle Spring !

En quoi la réutilisation de la plateforme de la Twingo est ici particulièrement bien traitée ? Le premier point évident réside dans le choix d’une architecture design avec capot plat à l’avant, afin de renforcer le thème de style commun à la gamme Dacia. Or, il ne vous aura pas échappé que la Twingo est un monovolume sans rupture entre le pare-brise et le capot moteur. De profil, ci-dessous, on devine ces deux architectures différentes. Le côté de caisse de la Dacia est différent, comme les ailes avant et le capot, mais la structure des portières reste identique ainsi que le vitrage.

Ce choix de rupture impose évidemment des investissements supérieurs à un choix plus classique (outillages pour les ailes, le capot, le côté de caisse…) mais c’est aussi ce que réalise Stellantis par exemple entre une DS N°7 et une Lancia Gamma, mais avec la rupture architecturale entre Twingo et Spring, l’effet est bluffant.

Dacia a poussé la différenciation avec sa cousine Twingo en offrant à sa Spring un bandeau supérieur de planche de bord différent. Sans doute que l’annonce très prématurée d’un modèle Dacia, dérivé de la Renault lors du lancement des études de cette dernière, a permis aux équipes d’intégrer cette future rivale pour dessiner et concevoir des éléments de planche de bord facilement modifiables.

Les investissements intelligemment placés ont permis cette différenciation radicale. Et pour un marché d’entrée de gamme où les marges sont forcément réduites, cette stratégie est à saluer, de même que le travail des designers pour parvenir à leur fin en conservant l’identité marquante de Dacia. D’autres marques concurrentes et positionnées à un niveau supérieur n’ont pas forcément aussi bien réussi le passage obligé de ce fameux carry-over.

Si la nouvelle Spring a des atouts, il faut y ajouter sa production : elle sera cette fois produite en Europe, en Slovénie au côté de la Twingo. Pas de malus de ce côté-là. Elle sera même éligible aux aides à l’achat dédiées aux voitures électriques mises en place dans de nombreux pays de l’Union Européenne. Mais il est nécessaire également de donner un coup de griffe : le nuancier misérable proposé par Dacia pour sa nouvelle Spring…

Quatre teintes seulement, deux de moins que la Twingo… Et là où il y a de la joie dans le nuancier de Renault, il y a un peu de peine dans celui de Dacia. Le constructeur tente de faire passer le message que « fidèle à sa philosophie de simplicité, la palette se concentre sur quatre teintes : Agave, Gris Schiste, Noir Etoilé et Blanc Glacier. » Sur la Renault Twingo, produite dans la même usine, le choix est vivifiant. Il aurait été facile de récupérer une teinte ou deux de la star au Losange. Mais là, la Twingo aurait gonflé les muscles pour marquer son territoire. Le carry-over a quand même ses limites !
LES DIMENSIONS DES DEUX PUCES RENAULT ET DACIA DU SEGMENT A


Bonus : une des astuces du styliste…
Pour joindre la forme circulaire de la vitre arrière de la Twingo et celle, plus acérée, du panneau de tôle de la Spring, le jonc noir a été modifié afin de conserver les vitres de la Twingo tout en affichant un design différent sur le côté de caisse. Simple, efficace et pas coûteux ! Très Dacia, donc…

