Une 2CV, mais aussi le retour de DS ! Le nouveau Citroën décrypté en six questions.

Le jeudi 21 mai, Stellantis annonce que la marque DS Automobiles sera « pilotée » par Citroën. La gamme DS opérant donc son retour dans celle de Citroën. On verra plus loin les conséquences qui seront à prendre en compte à la suite de ce retour de la fille chez sa mère, après dix ans de vie autonome. Le lendemain, vendredi 22 mai, Citroën confirme le retour de la 2CV en 2028 à un tarif inférieur à 15.000 €. DS et 2CV à 24 heures d’intervalle, voilà Citroën qui reprend ses belles couleurs des années 1950, celle d’une gamme emmenée par ces deux icônes.

C’était lorsque Pierre Bercot, patron de l’époque ci-dessous, n’hésitait pas à écrire dans son livre que « c’était suffisant et qu’une voiture moyenne (entre 2CV et DS, NDA) ne correspondait qu’à une facile vulgarisation. Pourquoi tous les constructeurs devraient fabriquer la même voiture alors que, par exemple, Citroën est incapable de fournir la demande des deux types (2CV et DS, NDA) que nous avons choisis et où nous avons encore la voie libre… »

75 ans plus tard, et en seulement deux jours, l’actualité de la marque a pris un petit goût historique. Mais bien évidemment, le contexte est à des années lumières de celui des années 1950. Car Citroën n’agit plus seule depuis belle lurette : PSA en 1974-1976 avec Peugeot, Stellantis en 2021 avec… 13 marques cousines et néanmoins concurrentes. Depuis le 21 mai et la restructuration de la galaxie Stellantis actée par Antonio Filosa, tentons de comprendre où se situe désormais la marque au double-chevron dans cette galaxie.

Nous n’apportons pas de réponses officielles, car l’annonce est récente pour l’ensemble des marques de Stellantis, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. Mais la donne a réellement changé et il y aura désormais un ‘avant 21 mai’, et un ‘après’. Reste à savoir si la marque française profitera de cette nouvelle architecture du groupe. Les réponses apportées s’appuient sur des informations factuelles. Elles permettent de décrire la nouvelle vie d’une des plus passionnantes marques européennes de Stellantis.

QUESTION #1
Où se situe désormais Citroën après la restructuration de la galaxie Stellantis du 21 mai 2026 ?

Soyons francs : pas au meilleur endroit ! Mais il y a une logique imparable qui explique le nouvel “organigramme” des marques de la galaxie. Antonio Filosa, qui a succédé à Carlos Tavares en 2025, a décidé de rompre avec l’égalité des 14 blasons du groupe qui n’était que virtuelle. Jusqu’alors, les marques entraient dans des boîtes très conventionnelles, comme celle du pôle Premium, avec Alfa-Romeo, DS Automobiles et Lancia, où dans celle du mainstream, avec Citroën et Fiat, alors que Peugeot visait une montée en gamme. Opel prenait place entre les deux marques françaises. Désormais, l’importance des marques est établie en fonction de leur géographie d’action et de leur poids commercial : Peugeot, Jeep, RAM et Fiat sont les quatre piliers du groupe.

Stellantis s’appuie sur ces quatre marques mondiales qui présentent le plus fort potentiel en termes de volume et de rentabilité. Peugeot parce qu’il repart à la reconquête de la Chine associé à Dongfeng*, Fiat parce qu’elle est présente en Amérique Latine. Citroën est désormais rangée dans le tiroir du dessous, comme une marque dite régionale. Elle y côtoie Chrysler, Dodge, Alfa-Romeo et Opel. Pourtant Citroën est également présente en Amérique Latine (ci-dessous la Citroën Basalt). Alors, pourquoi Fiat ? Las, les chiffres parlent d’eux-mêmes : Fiat écrase la marque française en volumes. D’ailleurs, Fiat se place tout bonnement devant TOUTES ses cousines de la galaxie Stellantis avec un peu plus de 1,2 million de modèles vendus en 2024. Principalement… en Amérique Latine.
*Stellantis ouvre une nouvelle ère de coopération au sein de la coentreprise DPCA, basée en Chine, afin de produire deux modèles Peugeot et deux modèles Jeep destinés aux marchés chinois et à d’autres régions

Citroën ne fera donc pas partie de ce quatuor qui bénéficiera de 70 % des investissements dans les marques et les produits de Stellantis. “Les cinq marques régionales Chrysler, Dodge, Citroën, Opel et Alfa Romeo – bénéficieront des mêmes technologies et accentueront leur différenciation afin de mieux répondre aux attentes de leurs clients.” Une chose est certaine, le carry-over qui consiste à reprendre de nombreux éléments de structure, mécanique et autres, a encore de beaux jours devant lui.

Thierry Métroz, directeur du design de DS Automobile, dévoile les modifications apportées à la nouvelle plateforme du Peugeot 3008 pour s’adapter au style dynamique de la DS N°8.

Un designer Stellantis qui a aujourd’hui quitté le groupe me confiait que “le périmètre de différenciation était assez restreint et ça devenait compliqué. Mais c’est la même chose pour tous les grands groupes multimarque, à commencer par Volkswagen. On est peut-être allé trop loin sur certaines silhouettes. Au départ, on avait un carry-over classique et logique défini par la plateforme. Ensuite, on a inclus les contraintes des points durs techniques de structure, le pare-brise, les vitres latérales, les portes avant… Le problème était que la contrainte économique était telle qu’il fallait en passer par là.”

QUESTION #2
Le retour de la 2CV avec la E-Car de 2028 est-elle une excellente nouvelle pour Citroën ?

Oui, évidemment puisque Citroën va retrouver le chemin de ce qu’on appelle encore aujourd’hui le segment A, celui des petites voitures. Comme tous les constructeurs du Vieux continent, Citroën a bénéficié des nouvelles directives européennes pour des voitures électriques plus simples et moins coûteuses à produire : ce sont les M1E, entre les quadricycles et les automobiles. L’ironie de l’histoire en Europe, c’est que le groupe PSA (avant de devenir Stellantis), fait partie des tueurs du segment A. En 2009, Citroën présente le concept DS Inside de la future DS3 personnalisable, et très Premium. Et donc plus chère et rentable. Mais elle ne remplace pas le modèle précédent, la petite C2, accessible et urbaine sympathique. Puis PSA a laissé tomber ses Citroën C1 et Peugeot 107/108 produites en commun avec Toyota.

Terrible lorsqu’on voit que Renault a quant à lui persévéré avec sa Twingo. Le champ libre était ainsi laissé à la concurrence. Voilà comment Citroën, après l’arrêt de la C1, s’est trouvé démuni d’un modèle d’accès à la gamme. Le rattrapage a été très tardif avec la récente C3 et sa définition e-C3 à faible autonomie. Le projet E-Car sera donc le bienvenu. Et ce que l’on retient du premier communiqué officialisant la 2CV, c’est cette phrase : “fidèle à l’ADN de Citroën, l’ambition est claire : imaginer l’icône de demain tout en restant fidèle au cahier des charges initial du TPV qui a donné naissance à la 2 CV.” Et nous espérons qu’il s’agit de la “vraie” TPV, celle qui a donné naissance à la 2CV de 1939 ci-dessous et n’a jamais été produite en l’état, mais qui poussait la réflexion de l’allègement et du coût maitrisé de manière paroxysmique. Des lucioles avaient même un temps été testées pour servir d’éclairage !

Pour l’heure, aucune information sur la plateforme (ci-dessous) sur laquelle va reposer la 2CV de 2028. Cette plateforme E-Car ne serait pas encore figée, ce que nous peinons à croire. Les rumeurs évoquent celle de Leapmotor. Une logique imparable, mais non confirmée pour l’instant. D’autant que la Citroën sera produite en Italie dans l’usine emblématique de la Panda. Et que cette Panda dispose d’une plateforme peu coûteuse et capable de muter en plateforme 100% EV ! Chiche ?

QUESTION #3
Citroën est-elle plus que jamais concurrente de Fiat avec sa future E-Car 2CV ?

Citroën ne sera évidemment pas seule à disposer de “sa” E-Car. Si la française peut compter sur un design réinterprétant l’esprit de la 2CV, elle ne sera pas disponible avant 2028. Mais vous en aurez un premier aperçu au Mondial de l’Automobile de Paris en octobre. L’illustration ci-dessus est dérivée de la capture d’écran de la vidéo de présentation (furtive) de la 2CV par Citroën. Cette 2CV arrivera-t-elle avant sa rivale E-Car Fiat Panda ?

Oui, à priori, puisque la Fiat est annoncée pour 2030. Pourtant, le communiqué sur la réorganisation des marques avec les quatre piliers RAM, Jeep, Peugeot et Fiat précise que ces dernières deviennent obligatoirement des “lanceurs” (technologie, concepts, etc.) Mais il semble que cet impératif soit réservé aux projets mondiaux de Stellantis…

Auquel cas, la Citroën 2CV qui a une ambition exclusivement européenne, devrait être la première à apparaitre sur le marché. Quant à la Panda, la vision futuriste dévoilée par Fiat, ci-dessus, sera plus généreuse en taille que cette illustration, avec le gabarit de la réglementation M1E. Cette dernière autorise des véhicules d’une longueur maximale de 4,20 m, soit plus long qu’une C3 actuelle ! Les E-Car restent donc de vraies voitures sans limite de poids. Mais pour elles, pas question d’hybridation, même légère car elles doivent être 100% électriques et assemblées en Europe.

QUESTION #4
Citroën va “piloter” la marque DS Automobiles. Ça veut dire quoi ?

Pour Citroën, la restructuration de Stellantis ne concerne pas seulement le projet de la future E-Car. A l’autre extrémité de la gamme, il va de nouveau être question de DS ! Et c’est là une demi-surprise qui peut être considérée comme… pesante. Mettez-vous quelques secondes à la place de Xavier Chardon, le boss actuel de la marque Citroën, lorsqu’il a compris qu’il allait piloter DS-Automobiles. Un cadeau empoisonné ou au contraire une aubaine ? Xavier Chardon a jusqu’alors tout fait – et bien fait – pour repositionner la marque, avec l’ensemble de ses équipes produit, commerce, marketing, design, sur des valeurs clés, “dans le positionnement de Citroën en tant que leader de la mobilité électrique accessible, offrant une plus grande liberté de mouvement et plus de valeur ajoutée à un prix abordable, tout en conservant une identité et une personnalité fortes.

Et voilà que depuis ce 21 mai 2026, Xavier Chardon doit « piloter » une marque qui représente tout l’inverse : le premium, voire une sorte d’exclusivité et une débauche – le terme n’est pas péjoratif ici – de luxe à la française. Les deux marques sont-elles miscibles ? Elles seront bien obligées selon la volonté du grand patron de Stellantis. Doivent-elles conserver deux logos distincts, contrairement à ce que nous osons sur la vue ci-dessus de la DS N°4 ? Citroën pourrait bien connaître à nouveau les nœuds de neurones qu’elle a connus lorsqu’il s’est agi de savoir où implanter le logo DS, et celui de Citroën, sur les premières DS (3,4 et 5). Et ce, jusqu’au concept-car DS Numéro 9 de 2012 ci-dessous, dernière Citroën de la lignes DS à embarquer les deux logos avant que la ligne DS devienne une marque en 2014.

Le patron de style Citroën de l’époque (Thierry Métroz qui deviendra patron du design de DS Automobiles), avait réalisé deux calandres pour ce prototype : une 100% DS et une autre 100% Citroën qui ont toutes deux pris le chemin de la Chine où la Citroën fut dévoilée en 2012. Question : que va devenir l’équipe de designers de DS Automobiles ? Va-t-elle migrer chez Citroën ? Et son patron, Thierry Métroz, va-t-il suivre le mouvement ou emprunter le chemin de son pote de plus de trente ans, Jean-Pierre Ploué qui a quitté le groupe à l’automne dernier pour une retraite active ? Et quid de Xavier Peugeot, patron de la marque DS Automobiles et de toutes ses équipes et commerciaux qui ont eu le bonheur de commercialiser des produits dans des lieux dédiés et très cocons ?

Ces questions sont pour l’heure sans réponse, mais la réorganisation devrait aller vite. DS Automobiles est “pilotée” par Citroën. Ce sera le même scénario pour Abarth et Lancia, pilotées toutes deux par Fiat. Si Citroën, marque dite “régionale”, est déjà rétrogradée dans la hiérarchie sous son N+1 Peugeot (c’est une image, je ne tiens pas relancer le duel Peugeot/Citroën du milieu des années 1976 chez PSA…), qu’en sera-t-il de DS Automobiles dont le plan FaSTLAne 2030 n’a même pas évoquer le plan produit !?

Il est minuit. En quoi va se transformer DS Automobiles désormais ?

QUESTION #5
Citroën va-t-il bénéficier du raccourcissement du temps d’études d’un nouveau projet voulu par la nouvelle organisation ?

Voilà une très bonne nouvelle annoncée lors de la conférence du 21 mai : Stellantis, grâce à sa nouvelle plateforme STLA One, grâce aux nouveaux outils (IA) et à ses partenariats, ambitionne de réduire les délais de conception de ses véhicules de 44 mois environ à deux ans. Attention de prendre ce chiffre avec des pincettes, car tout dépend du moment où vous donnez le top départ d’un programme : est-ce en avance de phase (voir ici : https://lignesauto.fr/?p=43693) ou lorsque tout est figé côté technologie et design ?

Quoiqu’il en soit, Citroën bénéficiera évidemment de cette avancée, d’autant que le responsable du design Citroën, Pierre Leclercq, nous confiait récemment que “nous avons dans nos studios un projet qui a comme objectif d’être le plus rapide du groupe en termes de conception.” Sans doute faisait-il allusion à ce projet de la 2CV programmé pour une commercialisation dans … deux ans ! Raccourcir les délais, comme chez tous les groupes automobiles, permettra à chacune des marques d’améliorer son agilité. Et à Citroën de proposer sans doute quelques surprises. Voyons si cela est possible avec notre dernière question.

QUESTION #6
Quel est le plan produit de Citroën dans sa nouvelle configuration au sein de Stellantis ?

On le devine ci-dessus, la gamme Citroën de 2030 accueillera la 2 CV 100% électrique et sans doute (à confirmer, car non officiel) deux silhouettes du segment C. Le potentiel de vente du duo des C3 et C3 Aircross sera évidemment chouchouté – séries spéciales en vue ? – et l’apparition de la 2 CV à moins de 15.000 €, selon son succès, permettra à la marque de pousser sa C3 vers des versions ou variantes à une rentabilité supérieure à celle d’aujourd’hui.

Vue d’artiste (Madame IA) avec une icône, et un projet désireux de le devenir…

Si Fiat commercialisera bientôt la silhouette Sportback de son Grizzly (ci-dessous au centre) au côté de la variante SUV urbain, Citroën n’aurait toujours pas le droit de commercialiser en Europe sa Basalt (sorte de C3 Sportback elle aussi), vendue dans les pays d’Amérique Latine.

Reste une question de taille : que vont devenir les bonnes idées des concept-cars Oli et Elo (ci-dessous) ? On imagine que Citroën ne passera pas à côté d’un très probable retour du concept des monospaces, notamment avec l’arrivée de pack de batteries plus plat augmentant les possibilités de modularité à bord. Mais Citroën aura-t-il la primeur de ce potentiel monospace compact ?

Si l’on reprend à nouveau les termes exacts des annonces du jeudi 21 mai, il est écrit que les quatre marques multi-régionales (Fiat, Peugeot, Jeep et Ram) seront les premiers lanceurs naturels de tous les nouveaux programmes et technologies à vocation mondiale. Fiat sera-t-il le premier sur ce segment du monospace accessible à tous, ou le terme de “programme mondial” qui ne concerne pas Citroën (marché européen pour ce type de véhicule) permettra-t-il à la marque française d’avancer ses pions comme elle le souhaite ?

En conclusion, nous publions ci-dessous un graphique présenté le jeudi 21 mai lors de la conférence, et extrait de la séquence concernant l’Europe élargie. On y devine les principaux lancements qui sont prévus pour les quatre prochaines années. Le plan produit de Peugeot est le plus fourni car la marque au Lion s’est laissée distancée par Renault et son rapide renouvellement de sa Clio, et le succès de la R5 100% électrique. Le duo 208/2008 arrivera l’an prochain.

Fiat complètera sa gamme avec les deux silhouettes Grizzly issues de la Grande Panda et reposant sur le concept revisité de la C3 Aircross. Opel bénéficiera durant cette période de 4 nouveaux produits. Et encore, la vignette concernant la marque Allemande ne fait pas mention de la E-Car, d’où notre légitime interrogation. Citroën se voit offrir trois créneaux pour des produits issus de la plateforme Smart-car et la E-Car. Trois, pas un de plus… Pour l’instant ?

BONUS : la résurrection de la 2CV enfantée en 2000 par le studio de design Citroën

Alors que Jean-Pierre PLoué vient d’arriver à la tête du design Citroën, l’équipe alors en place, avec notamment Dan Abrasmson, Oleg Son ou Donato Coco, ne ménage pas ses efforts : concept-cars C3 Lumière de 1998, C6 Lignage de 1999… En coulisse, le design n’hésite pas à braver le patron Claude Satinet qui ne veut pas entendre parler de rétro-design, et enfante une 2CV des années 2000. La voici colorisée en jaune poussin, pour la rendre moins austère que son gris original. Elle fut présentée officiellement lors de la célébration du centenaire de Citroën en 2019 à la Ferté Vidame.

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