ARCHIVES – Battista Pininfarina : ses débuts avec Peugeot

Au moment où les “Automobiles Pininfarina” produisent les premiers exemplaires de la supercar Battista, il nous semble bon de revenir sur ce personnage de Battista et de la société Pininfarina sur une période très française : celle qui concerne les débuts de la collaboration de la firme italienne avec Peugeot. Extrait du trimestriel LIGNES/auto#01

Pour bon nombre d’entre nous, le mariage Pininfarina-Peugeot a donné naissance à son premier enfant en 1955, avec la 403. Pourtant, dès les années 1927-1928, Battista Pinin Farina (en deux mots jusqu’en 1961) qui n’a qu’une trentaine d’années travaille pour Peugeot, comme il le raconte dans son livre Né avec l’automobile (voir bonus).

Nous avions passés des accords avec Isotta Fraschini qui représentait en Italie l’entreprise française, puis je m’étais rendu à Sochaux chez les Peugeot qui étaient également connus comme fabriquant d’outillages et de bicyclettes. La famille était divisée en plusieurs branches dont l’une produisait des phonographes. Armand Peugeot fut le constructeur qui vendit les deux premières automobiles dans le monde, à un Lyonnais et à un Suédois : la vitesse de ces véhicules atteignait les 21 km/h. C’était en 1890. (…) En six ou sept ans, plusieurs milliers de Quadrillettes que nous carrossions pour l’Italie avaient été vendues. Au nom de notre entreprise, j’avais conclu un accord avec Robert Peugeot, qui était le successeur d’Armand à la tête des établissements.

Il me faisait un peu penser à Agnelli en raison de ses qualités de chef et de sa persévérance dans l’action. (…) A Sochaux, plus de cinq cents Italiens travaillaient chez Peugeot et formaient avec les Polonais, la colonie étrangère la plus nombreuse. (…) L’industrie des Peugeot était vigoureuse et paysanne : je notai que, durant leur temps libre, les ouvriers se transformaient en vignerons et en paysans autour de leur petiotes maisons, comme c’est le cas chez nous dans la région de Biella, avec les ouvriers du textile. L’entente entre les usines et les champs était un bon signe d’équilibre naturel. Robert Peugeot me le confirma lorsqu’il soutint, au cours d’une conversation sur les secrets du succès d’une entreprise, que la tradition et le respect des origines ont aussi leur rôle à jouer.

Près de trois décennies plus tard, la grande histoire entre le carrossier italien et la maison Peugeot va prendre corps. ” L’année 1951 fut aussi l’année Peugeot. (…) J’avais rencontré Monsieur Robert, le grand patron qui dans les réunions du conseil laissait parler les autres sans jamais les interrompre, puis prenait des décisions avec une grande économie de paroles ! A cette époque, c’est Jean-Pierre Peugeot qui est aux commandes d’une entreprise en pleine reprise après que la guerre lui a infligé tant de mauvais traitements. (…) Avec lui, nous pensions déjà à un modèle pour succéder à la 203. C’était la 403 qui reprit les lignes de la 203 en les élargissant et dont le dessin fut plus carré. Peugeot excluait toute hardiesse, mais aspirait à un style classique qui n’avait rein d’anachronique : c’était au contraire une manière de faire du neuf dans les structures en non en surface.

LA DERNIÈRE PEUGEOT 403 PRODUITE, PHOTO “L’EST RÉPUBLICAIN”

Nos premières 403 sortirent en 1953. Je travaillais sur ce type, en plusieurs versions jusqu’en 1957, date à laquelle je dus trouver une place dans nos lignes de montage pour les futures coupé et cabriolet. Puis ce fut au tour de la 404 et de la 204. Nous formons désormais avec Peugeot un tandem éprouvé. Je me rappelle les débuts de notre travail en commun. La politique de collaboration au niveau européen que Peugeot voulait développer faisait figure d’avant-garde à une époque où l’isolement et l’incompréhension étaient encore ancrées dans les mentalités. Le fait d’avoir su devancer, courageusement les réalités et les objectifs du Marché commun européen confirme la justesse des choix qui est le premier secret des succès mérités de l’entreprise française.

LE CONCEPT-CAR RIVIERA DE 1971 SUR LA BASE D’UN COUPÉ 504 PININFARINA

Peugeot et Pininfarina furent liés jusque dans les années 2000, lorsque le groupe PSA décida de se passer de toute collaboration de design extérieures et de sous-traitance industrielle. Battista Pininfarina s’éteint le 3 avril 1966 à Lausanne à l’âge de 73 ans.

BONUS : le livre mémoire
Cet ouvrage est sobrement titré « Pininfarina – Né avec l’automobile ». Poignant, il raconte la vie du créateur de la carrozzeria éponyme. Né en 1893 à Turin, décédé en avril 1966, Battista Pininfarina n’aura pas eu le temps de découvrir ce livre que votre bibliothèque se doit d’accueillir, si cela n’est pas encore le cas.  A dénicher sur le net. Éditions Automobilia, mémoires recueillies par Ernesto Caballo. ISBN : 88-7960-051-6.

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